DOSSIER : L’union de la gauche entre fantasme et psychose

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En vue des élections départementales et régionales, nombre de progressistes, écologistes et antilibéraux n’ont qu’une idée en tête : l’union de la gauche. Non, vous n’êtes pas replongé cinquante ans en arrière, cet article est bel est bien daté de 2021.

Sur quelles idées ?

En effet, depuis les années 1970, la gauche a parcouru du chemin, à commencer par le « tournant de la rigueur » en 1983. D’abord l’économie : la Communauté Économique Européenne exigeait de la France un certain nombre de réformes et privatisations. Si l’on y ajoute la proximité franco-américaine dans le cadre de la guerre froide, et les convictions économiques de François Mitterrand, bingo : le libéralisme économique et le mondialisme remplacent le travaillisme.

Une deuxième évolution émerge à son tour : l’arrivée d’un schéma de pensée segmentant les populations selon leurs origines, apparence physique, orientation sexuelle ou religion. L’arrivée à gauche des courants de pensée intersectionnel et décolonial, à l’origine d’un grand nombre de crispations récentes.

Résultat : la gauche est aujourd’hui divisée en quatre tendances. Les antilibéraux décoloniaux, les antilibéraux universalistes, les libéraux universalistes et les libéraux décoloniaux. Comment trouver une unité dans tant de divergences, sans jouer les équilibristes (comme le PS) au risque de décevoir tout le monde ?

Un rêve si peu réalisé

Ces divisions, qui ne manquent pas de faire parler d’elles, compliquent sérieusement les possibilités d’union. Aux élections régionales, une seule région, les Hauts-de-France, verra la création d’une liste unique à gauche. Dans toutes les autres régions, cette perspective semble enrayée. Soit les antilibéraux refuseront de faire équipe avec un PS, parfois jugé Macron-compatible, comme en Bourgogne-Franche-Comté. Soit l’opposition entre universalistes et intersectionnels prend le dessus, comme en Île-de-France… Jusqu’à la sortie sulfureuse d’Audrey Pulvar, tête de liste socialiste que le PS envisagerait de remplacer.

Pour ne rien arranger, l’ego, l’appétit et la volonté de « se mesurer » sont moteurs de divisions supplémentaires. Ainsi, à l’exception de la Normandie, EELV fera bande à part dans chaque autre région, quitte à accepter le ralliement d’insoumis ou de communistes.

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L’écologie, vraiment de gauche ?

Mais l’écologie peut aussi susciter les discordes sur le fond. Plusieurs sources d’énergie divisent déjà les écologistes entre eux, notamment le nucléaire et l’éolien. Les partis de gauche ne sont pas en reste, puisque le PCF ou Arnaud Montebourg soutiennent le nucléaire, au contraire des Verts, insoumis et d’un tout récent virage du Parti socialiste. Par ailleurs, l’attachement d’EELV à la gauche plurielle a régulièrement suscité des scissions comme le Mouvement Écologiste Indépendant, la CEI-SER… et la création de nouveaux partis par des personnes venant de la droite, comme le Trèfle et le Mouvement Hommes Animaux Nature.

Aujourd’hui, certains cadres d’EELV souhaitent un retour à la stratégie ni-droite ni-gauche, à l’instar de Yannick Jadot. Cette ligne a permis un rapprochement avec d’autres partis (comme Cap Écologie et Génération Écologie), mais n’est pas majoritaire au sein des Verts. Au point que Yannick Jadot, redoutant sa participation à une primaire écologiste, tente… de réunir les partis de gauche. À croire qu’EELV n’échappe pas à la maxime : « Chassez le naturel, il revient au galop » !

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