Ibrahima, mort à 23 ans et déjà récupéré par les extrêmes

À Villiers-le-Bel ( dans le 95 ), Ibrahima est mort d’un événement encore mystérieux. Mais les extrémistes, d’un bord comme de l’autre, n’ont pas attendu pour pointer le bout de leur haine. Une promotion des anti-républicains que la France doit redouter ?

Venons-en aux faits…

Commençons par ce dont on est sûr ; un automobiliste, n’ayant pas son permis de conduire sur lui, subit un contrôle de police après avoir tenté de fuir. D’autres agents des forces de l’ordre viennent renforcer ceux déjà présents. Mais, pendant le contrôle, un motard ( sur une moto déclarée volée ), voulant éviter le barrage, monte sur le trottoir, perd le contrôle de l’engin et percute un poteau métallique. Il est réanimé par les policiers, mais meurt à l’hôpital.
Toutefois, permettez-moi de vous mettre en garde sur une fausse information : Ibrahima portait bel et bien un casque.

…interprétés différemment

Les différents témoins et institutions relaient alors deux versions divergentes. Les premiers indiquent qu’un policier aurait voulu faire signe au motard de ralentir. Celui-ci aurait tenté de s’enfuir, et dans un brusque passage sur le trottoir, aurait achevé sa course dans un poteau. Les autres, au contraire, prétendent que ce même policier aurait été assis au volant d’un camion, et aurait intentionnellement coupé la route au jeune motard. Cette action l’aurait alors forcé à franchir le trottoir et heurter l’obstacle, et la réanimation des policiers n’aurait duré que « deux secondes ».

Récupération à tout va !

Les adeptes des râteliers, d’extrême droite comme d’extrême gauche, ne se sont pas faits prier. La nuit même, les hashtags #VilliersleBel et #JusticePourIbrahima étaient en tendances sur Twitter France. Les premiers ont, bien sûr, donné raison aux forces de l’ordre, en pointant le refus d’Ibrahima de ralentir et de se conformer aux ordres de la police. Les autres comparses ont tout de suite dénoncé une violence policière, établissant le parallèle avec Adama, Théo et d’autres.

Des conclusions hâtives

Notons bien que chacune de ces deux mouvances se sont exprimées avant même que les caméras de surveillance valident la théorie des uns ou des autres. Le complotisme n’effraie pas les plus extrêmes d’entre nous, cela n’est pas une nouveauté. L’on s’interroge toujours sur des points déterminants. Le policier s’étant tourné vers la moto était-il à pied ou en camion ? Dans quel sens se trouvait le camion ? Son conducteur pouvait-il apercevoir le motard ? Que faisait ce dernier sur une moto cross réputée volée ? La mort du jeune homme était-elle intentionnelle, et si oui, comment peut-on en être sûr ? Les témoins ont-ils pu scruter les expressions du policier concerné, si tenté que l’on puisse en tirer des conclusions ?

Extrême gauche contre extrême droite

Dès lors, les média ouvrent la porte à des débats… précisément entre ces extrémistes de gauche et de droite. Ceux-ci rendent, bien sûr, tous ces débats complètement stériles, étant donné le manque d’informations et la loi de la rumeur. Mais cela ne gêne pas, pour le moins du monde, ces membres de groupuscules et partis sulfureux ( d’un côté comme de l’autre ), à qui l’on offre une tribune appétissante.

Le tolérant qui participe au même débat est un double perdant : raciste pour l’indigéniste, avocat d’un délinquant pour l’identitaire. L’on se souvient ici de la citation de Karl Popper :

« Si nous étendons la tolérance illimitée même à ceux qui sont intolérants, si nous ne sommes pas disposés à défendre une société tolérante contre l’impact de l’intolérant, alors le tolérant sera détruit et la tolérance avec lui. »

De la police à la couleur de peau…

Cette surmédiatisation des mouvances les plus anti-républicaines de notre pays constitue une menace sérieuse à long terme. Au-delà du policier, considéré comme criminel, ces faits divers sont, presque toujours, racisés. L’on entend dire que « la police est raciste », qu’il y a un « racisme d’Etat », et derrière ce débat opère un montage doctrinaire opposant des couleurs de peau. Le débatteur est transformé, par ses opposants, en porte-parole de ceux de sa couleur.

Des proches de la Ligue de défense noire africaine ont même appelé au meurtre de blancs. Des sympathisants du Parti des indigènes de la République font publiquement part de leur complaisance envers le rappeur Nick Konrad, pour ses slams « Pendez les blancs » et « Doux pays ». Quat aux radicalisés de l’autre bord, ils n’ont de cesse d’employer le champ lexical de la racaille et de l’immigration. Tiens, un autre débat tombé dans les mains des extrêmes gauche et droite !

Vers une guerre civile ?

Les tensions ainsi constituées disloquent la société dans certains quartiers, où ceux d’une certaine confession préfèrent scolariser leurs enfants dans une autre ville. Chaque événement comparable à celui-ci a sa propre manifestation ( ou émeute ), lors desquelles les actes violents envers des policiers sont parfois préconisés. Des groupuscules identitaires se sont parfois livrés à des affrontements avec les manifestants. L’on redoute très fort le passage généralisé des mots aux actes… !

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