Italie : Conte démissionne, l’écologie n’ira pas mieux

Italie : Conte démissionne, l'écologie n'ira pas mieux

Ce mardi 20 août, le Président du Conseil des Ministres italien Giuseppe Conte a annoncé sa démission, en pointant du doigt la communication de Salvini et sa notoriété écrasante. Dès lors, la politique du prochain gouvernement italien sera soit climatosceptique, soit climatophobe. Et ils n’auront peut-être même pas le choix.

 

Un boulevard pour Salvini…

La rupture est désormais consommée entre la Ligue et le Mouvement 5 Etoiles, et les intentions de vote ont nettement évolué par rapport à 2018. Comme l’ont montré les élections européennes, la Ligue de Matteo Salvini s’est hissée à la première place, avec 28% en mai dernier (38% d’intentions de vote aujourd’hui). Son ancien allié, le M5S, s’est effondré à 17%, derrière le score immobile du Parti démocrate (parti traditionnel de gauche libérale, dont l’ancien leader Matteo Renzi a soutenu la liste Renaissance en France).

Deuxième indicateur précieux pour le parti d’extrême-droite : la popularité de son leader, de près de 60% d’après l’institut de sondages Demos & Pi. La majorité des sièges du Parlement pouvant être obtenue avec 40% des voix, la Ligue bénéficie d’une avance confortable.

 

…Ou peut-être pas !

Seul point noir de cette occasion, et non des moindres : c’est au président de la République qu’il revient de convoquer, ou non, des élections anticipées. Si son choix est négatif, il nomme un nouveau gouvernement, s’assurant d’obtenir une majorité aux deux chambres du Parlement.

Le sus-nommé président, Sergio Matarella, est membre du Parti démocrate. Il a clairement émis le souhait de nommer un gouvernement technique, conforme à la politique de l’Union européenne (libéralisme économique). Afin d’obtenir une majorité au Parlement, l’homologue du Parti socialiste a opté pour un rapprochement avec… le Mouvement 5 Etoiles, antilibéral et écologiste, dont le gouvernement formé avec la Ligue vient d’éclater.

 

L’écologie, grande perdante de cette crise politique

Il n’aura échappé à personne qu’aucune politique écologique ne peut provenir ni de Renzi, ni de Salvini.

Le premier, s’il est nommé au gouvernement, intégrera un gouvernement qui entend respecter les instructions de l’Union européenne. Celles-ci prôneront, comme chaque année, le libre-échange et l’encouragement de la consommation, alors que la première idée de l’écologie est de limiter la dite consommation pour réduire l’émission de déchets. Contradiction.

Quant au deuxième, il se reconnaît dans le conservatisme fiscal. Autrement dit : réduction des impôts, des dépenses et de la dette publique, déréglementation de l’économie, libre-échange et privatisation. La même doctrine économique que tout parti libéral, comme ceux de MM. Renzi et Macron – précisons que nous ne parlons ici que d’économie. Contradiction, identique à la première, d’autant plus qu’une politique écologique impliquerait de contrôler l’économie et non de la déréglementer.

 

Bilan de la tempête : un mort.

Même dans le cadre d’une alliance avec le Parti démocrate, le M5S sortirait de cette crise en grande difficulté. Ouvertement écologiste, il est né du charisme de l’humoriste Beppe Grillo, qui souhaitait en finir avec les partis traditionnels. Les idées écologistes du mouvement s’associaient au souhait d’une politique sociale et opposée au libéralisme économique, raisons pour lesquelles il a fallu deux mois et demi pour voir le parti former un gouvernement avec la Ligue.

Avec le départ de Giuseppe Conte, M. Salvini a réussi son anschluss du label « populiste », et le M5S, malgré lui, se rapproche d’un système qu’il a toujours combattu. Denier coup asséné au mouvement : les déclarations du Parti démocrate, qui aurait de « bons contacts préliminaires » avec les partisans de Luigi di Maio.

Le Mouvement 5 Etoiles n’aurait jamais dû accepter une coalition avec la Ligue, et porte la responsabilité de la mort de l’écologie politique en Italie.