David Lisnard veut libérer l’industrie française, pas la mettre sous tutelle
Par : Cédric Fichet
Fiscalité, bureaucratie, coût de l'énergie, formation et financement des entreprises. Pour le président de Nouvelle Énergie, la réindustrialisation exige avant tout de restaurer la liberté d'entreprendre et la compétitivité de la France. Une vision libérale qui entend rompre avec des décennies de désindustrialisation, mais qui soulève aussi la question des limites du marché et du rôle de l'État.
Le pari de la liberté économique
Comment rendre à la France ses usines, ses emplois industriels et sa capacité à produire ce qu'elle importe aujourd'hui à grands frais ? Pour David Lisnard, maire de Cannes, président de Nouvelle Énergie et candidat déclaré à l'élection présidentielle de 2027, la réponse tient en une orientation politique clairement assumée. Il faut libérer l'industrie des contraintes qui entravent son développement. Lors de la Rencontre des entrepreneurs de France du Medef, le 27 août 2026, il a défendu une ligne sans ambiguïté, résumée par cette formule, « Il faut libérer l'industrie ». Fiscalité, foncier, capital, travail et innovation constituent, selon lui, les principaux leviers d'un redressement productif. Derrière cette déclaration se dessine une critique profonde des politiques économiques françaises. Depuis des décennies, les gouvernements successifs annoncent des plans de relance, des aides à l'investissement, des dispositifs de soutien aux entreprises et des stratégies industrielles. Pourtant, la France demeure confrontée aux conséquences de la désindustrialisation, à une dépendance persistante envers les importations et à un déficit commercial manufacturier. Pour David Lisnard, le problème ne réside pas seulement dans l'insuffisance des investissements. Il tient aussi à un environnement fiscal, réglementaire et administratif qui découragerait la prise de risque et l'accumulation du capital productif. Son ambition consiste donc moins à demander à l'État de choisir les usines de demain qu'à lui faire cesser d'entraver celles que les entrepreneurs souhaitent construire.
La fiscalité, premier frein à la production
Dans son entretien publié le 15 mai 2026 par La Lettre du Made in France, David Lisnard met en cause la pression fiscale pesant sur les entreprises et les investisseurs. Il estime que la taxation du capital productif, les prélèvements sur le travail et l'instabilité des règles découragent l'investissement de long terme. Son raisonnement repose sur une idée simple. Une entreprise industrielle ne se construit pas en quelques mois. Elle exige des capitaux importants, des équipements coûteux, des salariés qualifiés et une visibilité économique suffisante pour amortir les investissements. Si la fiscalité réduit excessivement les rendements attendus, les investisseurs peuvent choisir d'autres pays, tandis que les entreprises françaises hésitent à agrandir leurs capacités de production. Le candidat défend donc une baisse des impôts de production et une fiscalité plus compétitive, afin d'encourager la création d'usines, le développement des PME et la croissance des entreprises de taille intermédiaire. Ces dernières occupent une place particulière dans son analyse. Il souligne l'écart entre la France et l'Allemagne, qui compte davantage d'entreprises de taille intermédiaire, capables de financer leur développement, d'exporter et de maintenir des emplois industriels sur leur territoire. Mais cette orientation appelle une question incontournable. Comment financer les services publics et réduire simultanément la dette si les recettes fiscales diminuent ? Pour David Lisnard, la réponse passe notamment par une réduction des dépenses publiques et une amélioration de l'efficacité de l'État. Reste à démontrer que les économies réalisées compenseraient effectivement les allègements consentis et que les investissements supplémentaires se traduiraient suffisamment vite par de nouvelles recettes, des emplois et une production accrue.
Moins de bureaucratie, davantage d'usines
Autre priorité défendue par David Lisnard, la simplification administrative. Les projets industriels se heurtent parfois à des procédures longues, à des autorisations complexes, à des contraintes foncières et à des réglementations dont l'empilement peut retarder les décisions. Or, dans une économie mondialisée, les investisseurs comparent les délais, les coûts et la stabilité des règles avant de choisir un territoire. Le président de Nouvelle Énergie souhaite donc réduire les obstacles administratifs, faciliter l'accès au foncier industriel et substituer une logique de responsabilité à une application excessive du principe de précaution. Cette orientation ne signifie pas nécessairement supprimer toute réglementation environnementale ou sanitaire. Elle vise, dans sa logique, à éviter que la protection légitime de l'intérêt général ne se transforme en paralysie. Le défi consiste toutefois à distinguer les contraintes inutiles des garanties indispensables. Une usine mal implantée, polluante ou dangereuse peut entraîner des coûts humains, environnementaux et économiques considérables. La simplification ne devrait donc pas signifier l'affaiblissement des contrôles, mais leur meilleure organisation, avec des délais prévisibles, des responsabilités clairement établies et des décisions rendues sans lenteur excessive. Sur ce terrain, la promesse de David Lisnard ne pourra être évaluée qu'à partir de résultats concrets, notamment la durée des procédures, le nombre de projets effectivement réalisés et les emplois créés.
L'énergie et les compétences, les deux conditions oubliées ?
Aucune réindustrialisation durable ne pourra se passer d'une énergie disponible à un coût compétitif. David Lisnard considère que la France a insuffisamment valorisé son avantage nucléaire et que les choix énergétiques des dernières décennies ont fragilisé sa compétitivité. Il défend une stratégie donnant la priorité au nucléaire et à l'hydroélectricité, complétée par des initiatives locales dans les énergies renouvelables. L'enjeu dépasse le montant des factures. Les industries chimiques, métallurgiques, électroniques et de nombreux procédés manufacturiers nécessitent des approvisionnements fiables, parfois continus, dont le coût influence directement les décisions d'implantation. Une énergie abondante, prévisible et décarbonée constitue donc un atout industriel majeur. Mais les capacités de production ne se développent pas instantanément. Elles exigent des investissements, des infrastructures et une planification cohérente sur plusieurs années. Autre difficulté, la formation. Le pays ne pourra pas retrouver des capacités industrielles sans techniciens, soudeurs, mécaniciens, spécialistes de la maintenance et ingénieurs. David Lisnard insiste sur le déclassement éducatif et sur les insuffisances de la formation professionnelle. Il défend une école plus exigeante, davantage tournée vers les savoirs fondamentaux, les sciences et les métiers d'avenir. Cette orientation rejoint un constat largement partagé dans l'industrie, celui d'un décalage entre certaines compétences disponibles et les besoins des entreprises. Encore faut-il rendre ces métiers attractifs, développer l'apprentissage et garantir des perspectives professionnelles solides. La réindustrialisation ne se décrète pas dans un discours présidentiel. Elle se prépare dans les établissements scolaires, les centres de formation, les laboratoires et les ateliers.
Investir dans les industries stratégiques sans fabriquer des champions artificiels
David Lisnard ne prétend pas que la France puisse tout produire sur son territoire. Il propose plutôt de concentrer les efforts sur trois ensembles prioritaires, les secteurs essentiels à la souveraineté nationale, les savoir-faire historiques et les technologies de rupture. La santé, la défense, l'énergie et l'alimentation relèvent du premier groupe. L'aéronautique, le luxe, la pharmacie, l'agroalimentaire et les machines-outils illustrent le deuxième. Les batteries, les biotechnologies, l'hydrogène, l'intelligence artificielle, l'informatique quantique et les semi-conducteurs appartiennent au troisième. Cette approche cherche à éviter une dispersion des moyens publics dans des projets sans débouchés économiques suffisamment solides. Selon sa conception libérale, l'État doit créer les conditions favorables à l'investissement, garantir une stabilité juridique et fiscale, améliorer les infrastructures et rapprocher la recherche des entreprises, sans se substituer aux entrepreneurs ni désigner arbitrairement les futurs gagnants. La question du financement demeure néanmoins essentielle. Les projets industriels nécessitent des capitaux considérables et leur rentabilité peut tarder à apparaître. Le candidat souligne notamment l'insuffisance des financements de long terme et l'absence, en France, de fonds de pension comparables à ceux qui contribuent au financement des entreprises dans plusieurs économies concurrentes. Il souhaite favoriser l'investissement dans le capital productif et renforcer les liens entre universités, laboratoires et industrie. Cette stratégie paraît cohérente, mais elle devra préciser comment financer les technologies risquées, accompagner les entreprises pendant les premières années et éviter que les secteurs stratégiques ne deviennent dépendants de décisions privées exclusivement guidées par la rentabilité immédiate.
Le marché peut-il, à lui seul, reconstruire la puissance industrielle ?
C'est ici que se situe la principale interrogation adressée au projet de David Lisnard. La liberté économique constitue un moteur puissant de l'innovation, de l'investissement et de la création d'emplois. Pourtant, les grandes puissances industrielles combinent généralement l'initiative privée avec des politiques publiques de recherche, des infrastructures performantes, des commandes stratégiques et des mécanismes de protection de leurs intérêts économiques. Les États-Unis soutiennent certains secteurs technologiques par des dispositifs fédéraux, tandis que la Chine organise étroitement ses ambitions industrielles. L'Europe elle-même cherche à renforcer ses capacités dans des domaines sensibles. Dans ce contexte, la France peut-elle se contenter d'alléger ses contraintes et d'attendre que les investissements suivent ? David Lisnard répond que l'État doit surtout créer un environnement favorable, sans se substituer au marché. Mais la souveraineté industrielle exige parfois des choix collectifs dont les bénéfices dépassent la rentabilité immédiate d'une entreprise. Il faudra donc déterminer jusqu'où l'État pourra soutenir la recherche, sécuriser les chaînes d'approvisionnement et accompagner les filières stratégiques sans retomber dans les travers bureaucratiques dénoncés par le candidat. Il faudra également tenir compte de la concurrence internationale, des règles européennes et de la nécessité de protéger les travailleurs comme l'environnement. La liberté d'entreprendre ne dispense pas de définir les conditions d'une concurrence équitable.
Une ambition industrielle à l'épreuve du réel
La vision de David Lisnard repose sur un pari politique identifiable, celui d'une France qui retrouverait sa puissance productive en libérant le travail, le capital, l'innovation et l'entreprise. Elle entend rompre avec une économie trop administrée, une fiscalité jugée dissuasive et une accumulation de normes qui freinerait l'initiative. La démarche possède une cohérence, mais son efficacité dépendra de sa capacité à dépasser les déclarations de principe. Réduire les impôts ne suffit pas si les entreprises ne trouvent ni salariés qualifiés, ni énergie compétitive, ni terrains disponibles, ni débouchés commerciaux. Simplifier les procédures ne garantit pas davantage que les capitaux financeront les usines plutôt que des placements plus rémunérateurs à court terme. Le prochain débat présidentiel devra donc porter sur les moyens, le calendrier et les résultats attendus. Combien d'emplois industriels supplémentaires ? Quelles filières développer en priorité ? Quel coût pour les finances publiques ? Comment mesurer les relocalisations et la réduction des dépendances stratégiques ? David Lisnard propose une rupture libérale avec les politiques industrielles qu'il juge trop administrées. Son objectif mérite un examen sérieux, tout comme ses hypothèses doivent être confrontées aux réalités économiques. Car la France ne retrouvera pas ses usines à coups de slogans, pas plus qu'elle ne reconstruira sa souveraineté par la seule multiplication des subventions. Entre l'État qui prétend tout diriger et le marché auquel on demanderait de tout résoudre, une ligne d'équilibre reste à définir. C'est à cette épreuve, celle des résultats plutôt que des intentions, que se mesurera la crédibilité de son projet de réindustrialisation.
Entre hausse des dépenses contraintes, fiscalité et logement, les Français qui travaillent, paient leurs impôts et tentent de maintenir leur niveau de vie ont parfois le sentiment de reculer malgré leurs efforts.


