Elle adopte une chienne de 13 ans
Par : Joël Pierre Chevreux
Lorsqu'elle rencontre Chloé dans un refuge de Montpellier, Géraldine ne cherche pas nécessairement à adopter une chienne âgée. Pourtant, quelque chose se produit entre elles. Abandonné après le divorce de ses propriétaires l'animal semble avoir perdu ses repères. Géraldine décide malgré tout de lui ouvrir sa porte. Une histoire parmi tant d'autres qui pose une question dérangeante : pourquoi l'âge réduit il autant les chances d'un animal de retrouver une famille ?
Une rencontre qui n'était pas prévue
Elle ne cherchait pas forcément un chien. Géraldine connaissait déjà la douleur de perdre un animal. Sa golden retriever, adoptée alors qu'elle n'était encore qu'un chiot, était morte à l'âge de 11 ans. Après cette disparition, Géraldine devient bénévole dans un refuge de Montpellier. Peut-être pour rester au contact des animaux. Peut-être aussi pour donner un sens à son chagrin. Puis elle rencontre Chloé. Cette épagneul breton de 13 ans vient d'être abandonnée après le divorce de ses propriétaires. Dans le refuge, elle paraît désorientée, triste, presque effacée. Géraldine la remarque lors d'une opération d'adoption. Elle ne se précipite pas. Elle observe la chienne, réfléchit, puis franchit le pas. Le 11 janvier 2017, Chloé quitte définitivement le refuge. À 13 ans, elle découvre une nouvelle maison.
L'âge, un obstacle invisible à l'adoption
Une adoption différente, mais pas moins importante Adopter un animal âgé ne représente pas tout à fait le même engagement qu'accueillir un chiot. La question de la santé se pose davantage. Les soins vétérinaires peuvent devenir plus fréquents. Les capacités physiques diminuent. Les promenades peuvent se raccourcir. Les besoins changent. Et surtout, l'adoptant sait qu'il disposera probablement de moins d'années avec son compagnon. C'est précisément ce qui peut décourager. Dans les refuges, les chiens et les chats seniors rencontrent souvent davantage de difficultés pour trouver une famille. Leur âge inquiète. Leur état de santé suscite des interrogations. Leur passé peut sembler plus lourd. Pourtant, derrière le mot « senior », il ne faudrait jamais oublier un animal avec une personnalité, des habitudes, des émotions et une capacité intacte à créer un lien. L'âge ne supprime pas le besoin d'aimer. Il ne supprime pas davantage la capacité d'être aimé.
Le regard humain condamne parfois l'animal
Le jeune représente l'avenir, le vieux rappelle le temps qui passe Un jeune chien représente souvent l'avenir. Un chien âgé rappelle davantage le temps qui passe. C'est peut-être là que se situe une partie du problème. Lorsqu'un visiteur traverse un refuge, il cherche souvent un animal qui l'accompagnera pendant de longues années. Il regarde la vivacité, l'apparence, la taille, le comportement. Le vieux chien, lui, peut rester couché dans son box. Il aboie moins. Il saute moins. Il attire moins l'attention. Il risque ainsi de devenir presque invisible. Et pourtant, cette apparente tranquillité peut cacher une formidable capacité d'attachement. Un animal âgé ne demande pas nécessairement davantage d'amour. Il demande parfois simplement davantage de temps. Chloé, elle, avait besoin de retrouver confiance.
Trois semaines pour réapprendre à vivre
Le lien se construit dans la patience Les premiers jours avec Géraldine ne ressemblent pas à une histoire immédiatement idyllique. Chloé doit comprendre qu'elle ne retournera pas au refuge. Elle doit découvrir son nouvel environnement, rencontrer le chat de la maison et retrouver progressivement confiance. Géraldine raconte avoir volontairement retenu ses élans affectueux. Elle lui laisse de l'espace. Elle observe ses réactions. Elle attend. Il ne s'agit pas de forcer la relation, mais de permettre à la chienne de reprendre possession de son existence. Puis, au bout de trois semaines environ, quelque chose change. Le lien se crée. Chloé commence enfin à comprendre qu'elle possède une maison. Ce détail constitue peut-être le cœur de cette histoire. Adopter un animal âgé ne consiste pas seulement à lui offrir une dernière adresse. Il s'agit de lui permettre de redevenir pleinement un animal de famille.
Offrir quelques années peut changer toute une vie
Une présence qui ne se mesure pas uniquement au temps Personne ne peut promettre combien de temps un animal âgé restera auprès de son adoptant. C'est précisément ce qui rend le geste particulier. Adopter un senior revient à accepter une forme d'incertitude. Mais cette incertitude existe également avec un animal plus jeune. La maladie, l'accident ou les bouleversements de la vie ne préviennent jamais. Ce que l'animal âgé offre en revanche immédiatement, c'est une personnalité déjà construite, des habitudes connues et souvent une grande capacité à s'adapter à une vie calme. Il peut apprécier la stabilité, la douceur d'un foyer, la régularité des repas et la présence rassurante d'un humain. Il n'a pas besoin de découvrir le monde entier, mais simplement besoin de retrouver un monde à lui.
Les refuges tentent de répondre à cette urgence
Des dispositifs pour les animaux seniors Face aux difficultés rencontrées par les animaux âgés, certains organismes ont mis en place des dispositifs spécifiques. La Fondation 30 Millions d'Amis a notamment créé, en 2005, l'opération « Doyens », destinée aux animaux de dix ans et plus. Ce dispositif prévoit notamment une prise en charge de certains frais vétérinaires pour les adoptions concernées. Cette année, l'opération a accompagné l'adoption de 1 291 chiens et de 776 chats seniors. Ces chiffres montrent que des familles répondent présentes. Mais ils révèlent également une réalité persistante : l'âge constitue encore un obstacle important à l'adoption. La SPA développe, de son côté, des familles d'accueil définitives pour des chiens, des chats et des équidés présentant notamment un âge avancé, une maladie grave ou un handicap. Ces solutions permettent à certains animaux de quitter le refuge sans être contraints de rejoindre une famille qui ne pourrait pas assumer leurs besoins.
Chloé n'était pas « trop vieille »
Derrière la mention senior, un animal attend Avant Géraldine, Chloé était une chienne abandonnée de 13 ans. Après Géraldine, elle redevenait simplement Chloé. Cette différence paraît minuscule. Elle change pourtant toute une existence. Car derrière les chiffres des refuges, derrière les annonces d'adoption et derrière les cases indiquant « senior », il y a des animaux qui ne savent pas pourquoi leur âge constitue désormais un problème. Ils attendent, regardent, espèrent. Et parfois, une personne s'arrête. Elle ne voit plus seulement un âge. Elle voit un animal.
L'âge ne devrait jamais devenir une condamnation
Les animaux âgés restent trop souvent victimes d'un paradoxe cruel. Ils ont parfois passé une grande partie de leur vie auprès d'une famille. Puis, à la suite d'un divorce, d'un décès, d'un déménagement ou d'un changement de situation, ils se retrouvent en refuge au moment même où ils ont le plus besoin de stabilité. Leur âge devient alors un motif de rejet. Pourtant, adopter un animal senior ne signifie pas nécessairement s'engager dans une relation plus difficile. Cela signifie surtout accepter une relation différente. Un animal âgé peut demander davantage de soins, mais il peut aussi offrir une présence plus calme, une personnalité déjà affirmée et une relation souvent immédiatement lisible. Le véritable obstacle ne réside donc pas toujours dans l'âge de l'animal. Il réside parfois dans le regard que l'être humain porte sur lui. Tant que l'adoption sera pensée uniquement en termes de durée, les animaux âgés resteront désavantagés. Mais si elle se pense aussi en termes de qualité de vie, de réparation et de lien, alors une autre évidence apparaît : quelques années de bonheur peuvent représenter une vie entière de différence pour un animal abandonné.
Elle ne lui a pas évité de vieillir, elle lui a évité de vieillir seule
Il existe mille raisons de préférer un jeune animal. Mais il existe aussi une raison essentielle de regarder les plus âgés : ils ont encore énormément d'amour à donner, même lorsqu'ils n'ont plus énormément de temps devant eux. Géraldine n'a pas empêché Chloé de vieillir. Elle lui a simplement évité de vieillir seule. Et pour un animal abandonné à l'automne de sa vie, cela peut représenter la différence entre finir ses jours dans un box et connaître, enfin, la chaleur d'une maison. Adopter un animal âgé, ce n'est pas choisir le passé. C'est offrir au présent une dernière chance de devenir heureux.
Il ne faut pas toujours des coups pour faire souffrir un animal. Parfois, l'absence de soins, d'eau, de nourriture adaptée ou simplement d'attention suffit à transformer son quotidien en calvaire. L'histoire d'Ultreia, un âne laissé seul dans un pré dans un état préoccupant, rappelle une réalité encore trop souvent oubliée : la négligence constitue elle aussi une forme de maltraitance.


