Teddy Riner à l’Élysée ? Quand les stars rêvent de politique

15/09/2025

Par : James Régent

L'annonce a d'abord semblé relever de la blague : Teddy Riner, multiple champion olympique de judo, serait tenté par une candidature à la présidentielle de 2027. Une déclaration récente, ambigüe mais sérieuse dans le ton, a suffi pour embraser les réseaux sociaux. Le judoka préféré des Français pourrait-il vraiment viser l'Élysée ? Au-delà de la surprise, cette déclaration s'inscrit dans une tendance de fond : celle des personnalités médiatiques ou sportives qui s'invitent dans le champ politique.

De Dieudonné à Cyril Hanouna, de Michel Onfray à Éric Cantona,

Nombreux sont ceux qui, à un moment, ont envisagé (ou fait semblant d'envisager) une telle aventure. Riner, un colosse… face aux institutions ? L'idée d'une candidature de Teddy Riner peut prêter à sourire, mais elle interroge. L'homme bénéficie d'une immense popularité, d'une image de rigueur et de discipline, d'une stature presque mythique dans le sport français. Ajoutez à cela une parole rare mais souvent consensuelle, et vous obtenez un profil qui, dans une époque lassée des professionnels de la politique, pourrait séduire. Mais la politique est-elle un tatami comme un autre ? Rien n'est moins sûr. D'autant que Riner, dans ses prises de parole, reste évasif : ni oui, ni non, mais un flou volontaire qui entretient l'effet d'annonce. Sincérité ou coup de com' ?

Des précédents nombreux… et souvent avortés

Teddy Riner ne serait pas le premier à passer du statut d'icône publique à celui d'aspirant politique. Ces vingt dernières années, le phénomène est récurrent preuve d'un paysage politique en crise de légitimité, où les figures hors système deviennent des recours possibles. Mais une question reste posée : "Comment ne pas commencer par Coluche ? " Dès 1980, l'humoriste annonçait, sur le ton de la provocation, sa candidature à l'élection présidentielle de 1981. Avec son slogan « Coluche, le seul candidat qui n'a pas de raison de mentir », il avait rapidement dépassé le simple gag médiatique, récoltant des intentions de vote non négligeables. Sa démarche, à la fois satirique et profondément politique, révélait déjà la défiance des Français envers les élites traditionnelles. Si Coluche finit par se retirer, son incursion a marqué durablement les esprits et reste la matrice de toutes les "candidatures surprises" qui suivront.

Une pléiade d'artistes remarquée

Dieudonné, dès 2002, s'était présenté à la présidentielle. S'il n'a jamais rassemblé les 500 parrainages nécessaires, sa tentative marquait déjà cette envie d'incarner une parole "hors cadre". La suite de son parcours, entre radicalisation et provocations, l'a toutefois écarté du jeu politique classique.

En 2010, c'est Éric Cantona qui avait évoqué une candidature à la présidentielle de 2012. L'ancien footballeur voulait alors attirer l'attention sur la crise du logement. Derrière la posture, un vrai message politique, mais la tentative resta symbolique.

En 2021, Jean-Marie Bigard avait lui aussi affirmé envisager de "se lancer", soutenu alors par un étrange enthousiasme médiatique. C'était l'époque des Gilets Jaunes, du rejet de la technocratie, et Bigard incarnait, à sa manière, une colère populaire.

Michel Onfray, philosophe médiatique, a longtemps flirté avec l'idée, sans jamais se déclarer officiellement. À défaut d'une candidature, il a fondé un media et un "contre-parti" d'idées, souvent considéré comme un acteur politique informel.

Cyril Hanouna, enfin, régulièrement évoqué par ses fans (et lui-même, à demi-mot), incarne peut-être le fantasme le plus abouti d'une personnalité de divertissement propulsée dans la sphère politique. Il affirme vouloir "rassembler", jouer un rôle dans la vie publique mais sans candidater. Pour l'instant. Le sondage Ifop d'avril 2025 pour Valeurs Actuelles indiquait jusqu'à 10 % d'intentions de vote pour Cyril Hanouna. Toutefois, seuls 3 % des sondés se disaient « sûrs de voter pour lui ». Les autres ne l'excluaient simplement pas parmi ces tentatives souvent symboliques ou restées à l'état de buzz médiatique, une exception notable existe :

Éric Zemmour, Journaliste et essayiste médiatique, il a réussi là où les autres ont échoué : obtenir les 500 parrainages nécessaires et se présenter officiellement à l'élection présidentielle de 2022. Sa notoriété et son positionnement polémique lui ont permis de mobiliser un électorat réel, illustrant le passage effectif d'une personnalité publique à un candidat politique crédible.

Pourquoi ces figures séduisent-elles ?

Le point commun de toutes ces personnalités, qu'elles soient restées au stade d'hypothèse ou aient concrétisé leur démarche comme Zemmour ? Elles sont connues, reconnues, suivies, écoutées. Dans un contexte où la parole politique traditionnelle est de plus en plus rejetée, les Français semblent accorder davantage de confiance à des figures issues d'autres sphères : culture, sport, media.

Le capital sympathie remplace parfois le programme.

L'authenticité prime sur la compétence perçue.

La visibilité médiatique tient lieu de légitimité.

Mais si les intentions existent, les candidatures réelles sont plus rares. Obtenir 500 parrainages, monter une équipe, proposer un programme cohérent, affronter les débats… La politique ne se résume pas à un bon buzz.

Teddy président ? Une tendance plus qu'un projet

Pour Teddy Riner, l'histoire en reste là pour le moment. Aucune déclaration officielle de candidature, aucun mouvement de fond. Mais sa sortie dit quelque chose de notre époque : le désir de voir d'autres visages, d'autres profils, porter la parole publique. L'idée n'est pas neuve : à travers le monde, la notoriété peut ouvrir les portes du pouvoir. Aux États-Unis, Ronald Reagan, acteur de cinéma, est devenu président en 1981, tandis qu'Arnold Schwarzenegger, star hollywoodienne, a été élu gouverneur de Californie en 2003, jusqu'en 2017. Donald Trump, entrepreneur et personnalité médiatique mondialement connu, a lui remporté deux fois l'élection présidentielle américaine : en 2016, puis en 2024. Il en reste l'exemple internationale récent le plus marquant. En Europe, Beppe Grillo, comique italien, a fondé le Mouvement 5 Étoiles, qui est devenu l'une des forces politiques majeures du pays, remportant près de 25 % des voix aux législatives de 2013. En Ukraine, Volodymyr Zelensky, ancien acteur et producteur de télévision, a été élu président en 2019 avec plus de 73 % des voix au second tour, capitalisant sur son image de personnalité « hors système ». En Afrique, George Weah, ancien Ballon d'Or et footballeur international, a été élu président du Liberia en 2018, après une première tentative en 2005. Enfin, en Asie, Imran Khan, légende du cricket pakistanais, est devenu Premier ministre en 2018, après une carrière sportive et philanthropique très suivie.

La France y résistera-t-elle encore longtemps ?

En réalité, certaines personnalités médiatiques et sportives ont déjà franchi le pas, et pas sans succès. Parmi elles : David Douillet, ancien judoka et médaillé d'or olympique, devenu ministre des Sports (2007‑2009) sous Nicolas Sarkozy puis député des Yvelines de 2009 à 2017. Jean-François Lamour, ancien champion olympique d'escrime, a également été ministre des Sports de 1995 à 1997.

Patrick De Carolis, ancien présentateur de Les Racines et des Ailes et président de France Télévisions (2005‑2010), est devenu maire d'Arles depuis 2020. Henri Sannier, célèbre journaliste sportif de France 3, est quant à lui maire du village d'Eaucourt-sur-Somme depuis 1977. Patrice Drevet, ancien présentateur météo phare de France 2, a été conseiller municipal de Pézenas entre 2008 et 2014.

Ancien journaliste, Jean-Claude Gaudin est devenu l'emblématique maire de Marseille, poste qu'il a occupé pendant plusieurs décennies. Enfin Bernard Tapie, entrepreneur et personnalité médiatique, ministre de la Ville dans les années 1990, député européen et président de l'O.M. Ces deux personnalités marseillaises restent sans conteste les plus marquantes dans la politique française. Ces parcours montrent que la notoriété, qu'elle soit sportive, médiatique ou entrepreneuriale, peut se traduire en succès politique concret, et pas seulement en hypothèses ou en buzz médiatique.

En attendant, Riner n'est sans doute pas candidat…

mais le simple fait que son nom circule dans la France d'aujourd'hui montre à quel point les Français aspirent à voir d'autres visages. Cela traduit à la fois la défiance envers les professionnels de la politique et le constat que la politique semble désormais accessible à toute personnalité reconnue, aussi estimable soit-elle, même sans parcours politique préalable. Éric Zemmour en est l'illustration la plus récente : il a réussi là où beaucoup ont échoué, en obtenant les 500 parrainages et en créant un mouvement militant. C'est une démonstration supplémentaire que la politique n'est plus perçue comme une élite ou un gage de compétence. Si cette ouverture peut favoriser l'émergence de citoyens engagés, reste la question finale : la « baisse du niveau d'exigence » des citoyens vis‑à‑vis de leurs élus ( et surtout de leur président ) est-elle vraiment un signal positif ?

Share