SYLVA : en pensant à la forêt, Joël Pierre Chevreux a aussi pensé à ceux qui n’ont pas de voix
Par : Corinne Rochefort
Lorsqu'une forêt brûle, les images montrent les flammes, les colonnes de fumée, les maisons menacées et les pompiers engagés dans une lutte souvent spectaculaire. Mais derrière les arbres qui disparaissent, il existe la tragédie silencieuse des animaux. Animaux sauvages surpris par l'incendie, animaux blessés, piégés, brûlés ou privés de leur habitat, mais aussi chiens, chats et autres compagnons laissés dans des maisons abandonnées lors d'évacuations précipitées. En imaginant SYLVA, Joël Pierre Chevreux explique avoir pensé aussi à eux.
Dans les flammes, les animaux n'ont pas toujours le temps de fuir
Lorsqu'un incendie se déclare, la forêt devient un piège. Le feu peut progresser rapidement. Le vent change de direction. La fumée envahit les espaces naturels. Les animaux tentent de fuir, mais tous ne possèdent pas la même capacité à échapper aux flammes. Certains courent. D'autres s'envolent. Mais les plus jeunes, les animaux blessés, ceux qui vivent dans des terriers ou ceux qui restent attachés à un territoire peuvent se retrouver directement exposés. Derrière chaque grand incendie, il y a donc une réalité que les images montrent rarement avec cette partie du vivant qui disparaît avec la forêt. Des nids sont détruits, des terriers deviennent inhabitables, des animaux meurent ou subissent de graves blessures. Et ceux qui survivent peuvent ensuite se retrouver dans un environnement bouleversé, sans abri, sans nourriture et sans les repères qui constituaient leur territoire.
La forêt n'est pas seulement un paysage
L'on parle souvent des hectares brûlés. Des chiffres impressionnants, des milliers, parfois des dizaines de milliers d'hectares détruits. Mais un hectare de forêt ne représente pas simplement une surface sur une carte. C'est un espace vivant, un territoire occupé, un refuge, un lieu de reproduction, un espace où vivent des oiseaux, des mammifères, des insectes, des reptiles et une multitude d'autres espèces. Lorsqu'un incendie traverse cet espace, ce n'est pas seulement la végétation qui disparaît.
C'est tout un monde qui peut être brutalement bouleversé.
C'est aussi cette réalité qui a participé à la réflexion de Joël Pierre Chevreux lors de la création du projet SYLVA. « J'ai pensé à ceux qui ne peuvent pas appeler à l'aide » À l'origine de SYLVA, il y a une réflexion sur la prévention des incendies et sur la possibilité de mieux préparer certains territoires avant l'arrivée des flammes. Mais derrière la dimension technique du projet se trouve également une préoccupation plus large. Celle du vivant. « Lorsque nous voyons un incendie, nous pensons immédiatement aux habitants qui doivent être évacués, aux maisons menacées et aux pompiers qui risquent leur vie. Et c'est naturel. Mais j'ai aussi pensé aux animaux de la forêt. À ceux qui ne peuvent pas appeler les secours. À ceux qui ne peuvent pas prendre une route pour fuir. À ceux qui restent là lorsque le feu arrive. » Pour Joël Pierre Chevreux, cette dimension ne constitue pas un simple élément secondaire. Protéger un territoire, c'est aussi chercher à protéger ceux qui y vivent.
Les animaux des maisons abandonnées
Il existe également une autre réalité, parfois encore plus douloureuse. Lorsqu'un incendie approche d'une zone habitée, les habitants peuvent recevoir l'ordre d'évacuer rapidement. Dans la panique et l'urgence, tout ne se déroule pas toujours comme prévu. Des animaux peuvent être oubliés. Des chats peuvent se cacher, des chiens peuvent rester enfermés, des animaux âgés ou incapables de se déplacer seuls peuvent se retrouver prisonniers. Certaines personnes, confrontées à l'urgence, ne disposent parfois que de quelques minutes pour quitter leur habitation. Derrière une porte fermée, un animal peut alors attendre. Attendre son maître. Sans comprendre pourquoi il est parti. Sans comprendre pourquoi la fumée envahit progressivement les alentours. Sans savoir comment fuir. Cette réalité rappelle une évidence : dans toute stratégie de prévention et d'évacuation, la question animale mérite aussi d'être prise en compte.
Prévenir pour donner davantage de temps
C'est ici que la philosophie de SYLVA rejoint la protection animale. Le projet ne prétend pas aujourd'hui empêcher les incendies ni remplacer les moyens de lutte existants. Il cherche à explorer une autre piste avec la réduction temporaire de la vulnérabilité de certaines zones avant que le feu ne les atteigne. Si une telle approche devait un jour démontrer scientifiquement son intérêt, elle pourrait s'inscrire dans une logique plus large : gagner du temps. Du temps pour les secours, pour protéger les habitations, pour organiser une évacuation. Et, peut-être, du temps pour permettre aux animaux de quitter une zone dangereuse ou d'être secourus. Quelques minutes peuvent parfois changer beaucoup de choses.
La protection du vivant doit faire partie de la prévention
SYLVA devra encore franchir toutes les étapes de la recherche, des essais et de la validation scientifique. Rien ne permet aujourd'hui d'affirmer quelles seront ses performances réelles. Mais l'intention qui accompagne le projet mérite d'être exprimée. La lutte contre les incendies ne concerne pas uniquement les arbres et les bâtiments. Elle concerne les territoires dans leur ensemble. Les habitants. Les secours. Les paysages. Les écosystèmes. Et les animaux. La prévention de demain devra probablement intégrer davantage cette vision globale. Car protéger une forêt ne signifie pas seulement empêcher la destruction d'un patrimoine naturel. Cela signifie aussi protéger la vie qui s'y trouve.
Penser aussi à ceux qui ne parlent pas
C'est peut-être l'une des motivations les plus profondes de cette démarche. Face aux flammes, les humains disposent de véhicules, de téléphones, d'équipes de secours et de systèmes d'alerte. Les animaux sauvages, eux, n'ont rien de tout cela. Ils fuient comme ils peuvent. Et parfois, ils ne le peuvent pas. C'est pourquoi, en imaginant SYLVA, Joël Pierre Chevreux n'a pas pensé uniquement aux territoires, aux maisons ou aux infrastructures. Il a également pensé aux animaux qui vivent dans les forêts, à ceux qui tentent d'échapper aux flammes et à ceux qui, parfois, restent enfermés dans une maison abandonnée dans l'urgence par la lâcheté de leurs maitres. SYLVA devra maintenant faire ses preuves. La science devra déterminer ce que le projet peut réellement apporter. Mais son ambition dépasse déjà la seule question technique. Elle repose aussi sur la simple conviction, soit prévenir un incendie, c'est tenter de protéger la vie avant que les flammes ne viennent tout emporter.
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