La déformation du cas Finkielkraut par les idéologies

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Il y a une semaine, une vidéo avait fait le buzz sur la toile, dans laquelle Alain Finkielkraut est la proie d’insultes parmi lesquelles « sale sioniste de merde », « va mourir », « retourne dans ton pays » ou « fasciste ». Ces propos ont été considérés comme antisémites par la quasi-totalité du paysage politique, l’occasion de redéfinir un certain nombre de termes dont la signification, et surtout l’utilisation, s’entremêlent. 

Qu’est-ce que l’antisionisme?

La définition officielle de l’antisémitisme vient de changer. Désormais, l’antisionisme en fait partie. Pourtant, il s’agit d’une notion mal comprise : « opposition à l’Etat d’Israël ».

On peut le comprendre comme une opposition à la politique du Premier ministre Netanyahou, mais aussi comme une opposition au principe même d’un Etat juif. Dans le premier cas, l’on pourrait dire que bien des juifs sont antisionistes, dans le deuxième il est difficile de voir qui le serait sans être antisémite.

Religion et discriminations envers d’autres croyances

Certains n’hésitent pas à récupérer politiquement ce terme, pour justifier la haine envers les juifs, comme Egalité et Réconciliation (Alain Soral ayant été condamné pour cela) ou certaines organisations islamistes radicales. L’agresseur d’Alain Finkielkraut se trouve dans le dernier cas.

Et comme cela a été médiatisé, arrive enfin un débat, rare à l’antenne, sur le fait que les islamistes radicaux peuvent, eux aussi, être vecteurs d’antisémitisme, exactement au même titre que les catholiques radicaux ou les juifs radicaux peuvent être vecteurs d’islamophobie. À partir de cette semaine, les formations politiques de gauche devront s’exprimer clairement sur le sujet…

Une gauche qui délègue la responsabilité au philosophe

Pour l’instant, ça n’est pas gagné. Aude Lancelin, directrice de publication du Média, reproche sur Twitter à Benjamin Griveaux d’avoir relevé des propos (« sale juif ») absents de la vidéo qu’il poste au même moment.

L’occasion est toute trouvée pour s’en prendre uniquement au porte-parole du Gouvernement, et à travers lui, à l’exécutif. Ensuite, elle s’en prend à FInkielkraut, qu’elle considère comme principal responsable, et laisse apparaître les « satisfactions narcissiques troubles qu’il en tire ».

De son côté, Thomas Guénolé a affirmé sur le cas Finkielkraut que « L’insulter, comme insulter quiconque, est condamnable. Mais le plaindre, certainement pas ». Enfin, les antifas du Nord Pas-de-Calais considèrent qu’il n’y a « aucune insulte antisémite » (ce qui n’est pas faux, mais bien complaisant à l’égard d’un antisionisme qui se situe juste à côté) et « s’en fout » de le soutenir, parce que selon eux, « il est juste venu taper son sketch comme a Nuit Debout en 2016 ».

Une droite prévisible

À droite, ce n’est guère mieux, parce que l’accent est quasi-exclusif sur l’islamisme radical, quand ce n’est pas l’islam tout court. Éric Zemmour a témoigné en ce sens, Marine Le Pen en a profité pour dénoncer l’infiltration « du mouvement des Gilets Jaunes par l’extrême-gauche antisémite » (sans parler de l’extrême-droite).

Alain Finkielkraut lui-même a répliqué, disant qu’ « avec une immigration incontrôlée ce type de haine est voué à s’installer en France et dans le reste de l’Europe », alors que ce n’est qu’un facteur des incidents antisémites perpétrés aujourd’hui.

L’exécutif sauve les meubles

L’exécutif, lui, a répliqué, en dissolvant trois associations néo-nazies ou ultra-identitaires. L’on ne peut que s’en réjouir, mais cela aurait mérité un élargissement de l’examen aux associations islamistes radicales et antisémites, puisque ça a l’air d’être le cas ici.

Par ailleurs, la polémique autour du philosophe et académicien a été gonflée le lundi suivant, avec un hashtag #jedisNON répandu en premier lieu par des militants, cadres et députés de la République en marche.

Une façon de se repeindre en blanc dans le contexte de contestation pointée par les Gilets jaunes, qui en plus de ça, passent parfois pour des antisémites. D’ailleurs, le sondage BVA d’aujourd’hui révèle une hausse des intentions de vote en faveur de LREM.

La question que l’on peut se poser est la suivante : comment évoquer la situation sous le prisme de l’idéologie ou d’un parti politique, qui amène certains à sélectionner précisément ce qui les intéresse et laisser le reste aux oubliettes?

Aloïs Lang-Rousseau

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