Le programme de la France insoumise sur l'euro

Vu sur RT France

Une position intermédiaire : ni sortie, ni maintien inchangé

Notre rédacteur en chef, Aloïs Lang-Rousseau, était invité sur RT France, pour poser une question au candidat aux élections européennes Landry Ngang (vingt-sixième position sur la liste de la France insoumise). L’émission complète était un débat entre Landry Ngang, Julien Odoul (Rassemblement national), Jean Bizet (Les Républicains) et Joffrey Bollée (Les Patriotes). La question de notre membre portait sur la position du mouvement de Jean-Luc Mélenchon sur l’euro.

C’est un sujet sur lequel les avis des partis politiques sont en général très tranchés. Place publique, le Rassemblement national, les Républicains et la République en marche souhaitent rester dans la monnaie européenne ; au contraire, les Patriotes et l’Union populaire républicaine souhaitent en sortir. Rares sont les partis qui font figure d’exception avec une proposition intermédiaire, et la France insoumise en fait partie. Voici la position du parti telle qu’elle apparaît dans son programme pour les élections européennes :

« Refuser le gouvernement austéritaire de la zone euro et l’indépendance de la Banque centrale européenne qui agit sans aucun contrôle démocratique. La tutelle imposée par la troïka (FMI, Commission européenne et BCE), qui conduit à des politiques austéritaires, ne doit pas devenir le fonctionnement général de la zone euro et doit cesser partout. L’euro doit être transformé pour servir l’emploi et la transition écologique et la BCE doit rendre des comptes à une instance démocratique. »

 

Un euro « transformé pour servir l’emploi et la transition écologique

La question d’Aloïs Lang-Rousseau portait sur la transformation de l’euro « pour servir l’emploi et la transition écologique », formulation qui n’évoque pas les transformations concrètes que souhaite le parti de gauche radicale.

Landry Ngang a répondu à cette interrogation sans évoquer directement l’euro, à part son souhait de le dévaluer. Pour le reste, il estime nécessaire de placer la BCE sous tutelle du Parlement européen. Cet élément est sur le même ton que la formulation du programme, évoquant l’influence néfaste de la BCE indépendante, du FMI et de la Commission européenne sur la monnaie unique.

Cependant, ce n’est pas une réponse complète ; elle apporte des éléments sur le pouvoir d’achat, mais pas sur la transition écologique. De plus, la dévaluation n’est que la façon dont on gère la monnaie, et ne constitue pas une transformation en soi.

 

Est-ce réalisable ?

En l’état, il est impossible de juger une transformation de l’euro que l’on ne connaît pas. Commençons donc par le sujet de la dévaluation de la monnaie : oui, cela peut être obtenu à l’issue d’une simple négociation avec les membres de la BCE. Manuel Valls avait d’ailleurs obtenu une dévaluation de la monnaie unique, mais elle n’a pas duré longtemps, et l’euro est revenu en 2017 au même niveau qu’avant les négociations.

Pour le placement de la Banque centrale européenne sous tutelle du Parlement européen, une directive ne suffira pas (donc un député européen ne peut pas en être à l’origine), et il faut passer par la modification des traités (TUE et TFUE). Celle-ci ne peut se faire qu’avec l’unanimité des États-membres. C’est là qu’arrive…

 

La stratégie Plan A / Plan B

De moins en moins compréhensible, suite notamment à l’université d’août 2018 du parti, cette stratégie peut être résumée comme suit : La France dénonce les traités de libre-échanges et propose à la Commission européenne de changer les traités selon ses idéaux. Si la Commission refuse, la France désobéit aux traités.

D’abord, cette position mérite un éclaircissement. Des traités de libre-échange en Europe, il y en a plein : Traité sur l’Union européenne, traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, Accords européens de libre-échange, Espace économique européen… La précision n’est rarement, voire jamais faite sur ce sujet.

Ensuite, là encore, il s’agit de modification de traités, ce qu’on ne peut faire qu’à l’unanimité. Ainsi, à moins que l’alternative (plan B) soit nuisible aux autres États, il y en aura au moins un pour s’opposer. Aujourd’hui, le plan B est la désobéissance, qui ne représente aucunement une menace puisqu’elle sera sanctionnée par la Cour de justice européenne. Celui-ci imposera une amende proportionnelle au nombre de jours au-delà desquels les traités sont enfin respectés… et la note est salée.