Les lacunes de la loi anticasseurs

Rédigée par le sénateur LR Bruno Retailleau et votée mardi dernier à l’Assemblée nationale en première lecture, la loi prévue par l’exécutif pour punir les « casseurs » n’est pas prête de faire l’unanimité. Pour la première fois, cinquante députés du groupe LREM se sont abstenus. Retraçons ici les grandes lignes, puis l’accueil par la sphère politique et médiatique, du projet de loi controversé.

 

Des nouveautés à relativiser

Parmi les principales mesures mises en avant, nous en retiendrons deux. La première repose sur l’interdiction de manifester pour les personnes soupçonnées d’avoir  » cassé « . Cette disposition existait déjà dans une loi de 1995.

Différence, pointée par Alba Ventura, mercredi dernier, sur RTL, l’interdiction pourra être promulguée dorénavant par arrêté préfectoral. L’avocat François Sureau (proche de Macron) appuie les pensées unilatérales du Préfet avec celles du Gouvernement.

Autre mesure plébiscitée : un nouveau délit de dissimulation volontaire du visage. Il ne s’agit de rien d’autre que de la loi passée sous Nicolas Sarkozy, critiquée par les musulmans conservateurs puisque la burqa faisait alors, indirectement, partie des tenues interdites.

Changement principal : désormais, les personnes dont le visage est dissimulé (notamment par une cagoule) s’exposeront à une peine d’un an de prison, en plus de l’amende prévue par la loi de 2010.

 

Les organisations de casseurs absentes du texte

Plusieurs représentants de l’opposition ont pointé du doigt ce texte s’attaquant davantage aux casseurs qu’à leurs associations. En effet, aucune disposition n’est prise par le texte de loi pour mettre fin à leurs financements dirigés par des casseurs.

Certains groupes pourraient bien être financés par l’Etat à son insu (donc les Français) ou par l’Union européenne (indirectement eux, puisque la France lui donne dix milliards d’Euros de plus que ce qu’elle en reçoit).

Y mettre fin couperait ce généreux robinet, alors que l’interdiction de manifester y place sa main, en espérant, dans un élan d’utopie, contenir le jet d’eau.

 

Des soupçons sur la fronde

Face à l’abstention inédite (cinquante membres du groupe La République en marche), la plupart des partis d’opposition désignent une fronde au sein de la majorité.

Mais certains éditorialistes réfutent cette appellation. Alba Ventura, dans son édito, rappelait que les cinquante députés s’étaient abstenus, et n’avaient pas voté contre.

Souvenons-nous que lors du vote de la loi  » asile et immigration « , les seuls députés menacés d’exclusion étaient ceux ayant voté contre. Jean-Michel Clément avait choisi de quitter le groupe présidentiel, et Aina Kuric n’a finalement pas été exclue.

 

Théorie difficile à défendre

TV Libertés va jusqu’à évoquer des  » rebelles en carton « . Selon les journalistes de la chaîne, la fronde semblerait avoir été prévue. Ils défendent même l’idée que certains d’entre eux, comme Aurélien Taché, loin d’être des frondeurs, seraient des députés  » whip « , désignés par le groupe LREM.

Bien que cela ressemble, à première vue, à une théorie du complot, plusieurs articles (notamment de l’Opinion ou l’Express) défendent cette approche. Cependant, tous datent de l’époque durant laquelle Richard Ferrand était président du groupe, et non de l’Assemblée Nationale. Il est donc difficile de défendre la théorie de TV Libertés depuis la présidence de Gilles Le Gendre.