L'Espagne envoie de déblocage après 7 mois d'instabilité gouvernementale

Les récents accords entre le parti socialiste et la gauche de Podemos pourraient conduire à un nouveau gouvernement de coalition en Espagne.

Etudiant dans le web, l’audiovisuel et la communication, Alexandre Escudero s’intéresse depuis plusieurs années à l’actualité politique française et espagnole, mais aussi à la géopolitique et aux conflits internationaux.
Le monde médiatique le fascine, et il a commencé son expérience journalistique en collaborant avec Ràdio Arrels, chez qui il a pu réaliser plusieurs chroniques radiophoniques historiques et culturelles.
Il s’essaie maintenant à la presse écrite en partageant quelques analyses de l’actualité sur Infopremiere. Cet article signe le début de sa participation à ce journal en ligne.

7 mois de négociations infructueuses

Les précédentes élections générales organisées le 28 avril dernier entérinent le nom du vainqueur Pedro Sanchez, tête de liste du Parti socialiste ouvrier Espagnol (PSOE). Son but, former un gouvernement dit « progressiste » avec Pablo Iglesias du parti Podemos. Cependant, après plusieurs mois de négociations infructueuses entre les deux partis, Pedro Sanchez n’obtint pas les voix suffisantes lors de la session d’investiture afin de devenir Président du Gouvernement. Les deux hommes se sont alors accusés mutuellement de l’échec des négociations. Aucun autre candidat n’a pu obtenir les soutiens nécessaires pour être élu, ce qui a automatiquement conduit l’Espagne a de nouvelles élections qui se sont tenues ce dimanche 10 novembre.

Les socialistes affaiblis, l’extrême droite renforcée

A l’issu de ce nouveau scrutin, le parti socialiste a perdu 3 sièges, passant de 123 députés à 120. De la même façon, Podemos, qui a vu naître une liste dissidente, est passé de 42 à 35 sièges. D’un autre côté, la droite conservatrice du Parti Populaire (PP) a vu son score augmenter fortement jusqu’à arriver à 89 députés et consolider sa deuxième place au parlement. La percée la plus spectaculaire de ces suffrages est cependant l’œuvre de l’extrême droite décomplexée de VOX. Le parti porté par Santiago Abascal est passé de 24 à 52 députés. Les voix gagnées par le PP et VOX sembleraient venir de Ciudadanos. Ce parti de droite libérale vient de perdre 47 députés. Son leader, Albert Rivera a démissionné et a annoncé quitter la politique suite à la lourde défaite.

Résultats aux élections en nombre de sièges (350 au total)

PSOE

PP

VOX

UP

ERC

Cs

JxCAT

PNV

EHB

MP

Autres

120

89

52

35

13

10

8

6

5

3

9

PSOE : Parti socialiste (sociaux-démocrates) / PP : Parti populaire (droite conservatrice) / VOX : Extrême droite / UP : Unidas Podemos (gauche anticapitaliste) / ERC : Gauche indépendantiste catalane / Cs : Ciudadanos (droite libérale) / JxCAT : Centre-droit indépendantiste catalan / PNV : Nationalistes basques de centre-droit / EHB : Gauche nationaliste basque / MP : Liste dissidente de Podemos, gauche

Un accord de gouvernement signé après 48h de négociations

Durant quatre mois, Pedro Sanchez et Pablo Iglesias incapables de se mettre d’accord, se sont mutuellement accusés de poser des conditions trop exigeantes. Voilà maintenant qu’à peine 48 heures après le scrutin, les deux leaders de gauche ont trouvé un accord de gouvernement. Ainsi, Pedro Sanchez devrait rester Président du Gouvernement et avoir Pablo Iglesias comme vice-président, ainsi que d’autres membre de Podemos occupant plusieurs ministères. Ce serait donc la première fois depuis plus de 80 ans, en Espagne, qu’un parti de gauche républicain accède à ce niveau de responsabilités. Cependant…

Une investiture qui s’annonce compliquée pour Sanchez

Tout ceci n’est pas encore totalement garanti. Pour devenir Président, Pedro Sanchez va devoir obtenir la majorité des voix des députés lors de la session d’investiture. Or, le parti socialiste et Podemos ne peuvent assurer actuellement que 158 voix sur 176 nécessaires. La droite du PP et de Vox a déjà affirmé ne pas soutenir la candidature de Sanchez. Les négociations vont devoir maintenant avoir lieu avec les députés de Ciudadanos et avec les formations nationalistes de Galice, de Cantabrie et du Pays Basque. Sans oublier les indépendantistes catalans, pesant un total de 23 députés au parlement espagnol.

La situation en Catalogne comme principal défi

Pour favoriser l’investiture de Pedro Sanchez, certains députés de la gauche indépendantiste catalane, lui ont demandé de créer une table de négociations. Ceci dans le but d’établir un dialogue pour évoquer les importantes peines de prison prononcées contre neuf leaders indépendantistes. Mais ce serait aussi une opportunité pour négocier l’organisation d’un référendum d’autodétermination réclamé par environ 80% des Catalans. L’action du gouvernement espagnol de ces dernières années et les récentes condamnations des indépendantistes sont en train de provoquer le ras-le-bol d’une grande partie de la population catalane.

Depuis quelques semaines…

Certains n’ont pas hésité à occuper l’aéroport de Barcelone ou même à bloquer la circulation sur la principale autoroute allant en France. Les manifestants réclament au Gouvernement espagnol de « s’assoir et parler » et espèrent, avec leurs actions, que l’affaire puisse être entendue à l’international. La situation socio-politique catalane sera donc un réel défi pour le prochain Chef de l’exécutif espagnol, quel qu’il soit.

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