Lorsque Hollande reviendra

Jadis impopulaire, François Hollande recouvre l’estime des Français avec la sortie de son livre : « Les leçons du pouvoir ». C’est sa façon d’exprimer : « J’ai encore quelque chose à dire. » Image retapée d’un homme prenant sa revanche sur une période qui n’a pas été pour lui très florissante.

Le 16 mai dernier, au Leclerc de Périn (Côte d’Armor) jusqu’à deux heures du matin, l’ancien président de la République a dédicacé son ouvrage devant une foule d’admirateurs hystériques, les mêmes, probablement, qui, hier, le vilipendaient.

Aujourd’hui, ils attendent parfois plus de douze heures, formant des files et d’interminables haies d’honneur pour l’approcher durant quelques minutes. Aimable, courtois, François Hollande avec le sens du contact qui est le sien, prend en compte les inquiétudes, répond souvent à la question : « Comment devient-on un politique ? » que ses admirateurs ne manquent pas de lui poser.

Débordants de gratitude pour ses réactions lors des attentats, de sa fermeté pour instaurer le mariage gay et les postes d’enseignants, ils l’affublent de cadeaux en guise de remerciements, l’homme est comblé !

L’un de ses soutiens, Martin, est là, à sa gauche, heureuse coïncidence, pour lui extorquer quelques confidences sur les décisions d’Emmanuel Macron. Le jeune homme, inquiet de la montée du populisme, des vives réactions de Trump, de la déliquescence de la gauche, polémique sur tous ces phénomènes avec un François Hollande dégagé de ses obligations.

Interpellé aussi sur les trahisons de Macron et la vive colère des retraités, l’ex président s’abandonne à des réponses incisives, rassure sur l’avenir d’une gauche, qui, à ses yeux, voient un P.S. en pleine reconstruction.

Cette frénésie inattendue pour ce retraité de la politique, s’érode, parfois, lorsque certains reproches, acides, moins exprimés que les éloges, pleuvent : « Vous avez trop cédé aux patrons, aux frondeurs, au libéralisme, à Léonarda, sur la déchéance de nationalité, sur la loi El Khomery… »

François Hollande prend note de tous ces ressentiments. Il écoute, serein, réfugié dans la gratification des gens patientant durant de longues heures pour échanger une conversation de trois minutes, obligé envers ces 15 à 20000 fervents rencontrés en tête-à-tête depuis le mois d’avril dernier.

La versatilité des foules fait son œuvre et les courants de pensées pourraient, peut-être, s’inverser dans l’avenir si l’ex-président «normal» se représentait devant les Français avec des propositions plus conformes à leur attente.

Appuyé sur le dossier des acquis sociaux pour lesquels il rappelle : « qu’il n’y a pas touché », égratignant, au passage, son successeur, il pourrait, si la gauche parvient à se réorganiser, à en être un porte-parole efficient :  » Si je disais : « Oui », le charme tomberait… » confie Hollande, qui, au-delà de son livre, n’a certainement pas dit son dernier mot. Il lui reste quatre ans pour s’y préparer, faire une mise au point avec ses dissidents, sans oublier, qu’en politique les ennemis d’aujourd’hui seront les amis de demain. La nature humaine est ainsi faite !