Michel Barnier, l’outsider sur lequel la droite devra compter

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Déclaré candidat le 26 août dernier, Michel Barnier semble bien parti pour rattraper les intentions de vote de ses deux principaux concurrents. Xavier Bertrand avait déclaré sa candidature avant même les élections régionales, en mars dernier, et Valérie Pécresse le 22 juillet. Retour sur cette candidature singulière qui commence à inquiéter les ténors de la primaire interne des Républicains.

Un négociateur du Brexit…

Alors que sa candidature n’était que pressentie, Michel Barnier peinait à faire entendre sa voix. Hormis son rôle dans le divorce anglo-européen, peu connaissaient sa ligne politique. En effet, ce C.V., complété de deux mandats de commissaire européen, l’a fait passer pour un défenseur acharné de la construction européenne actuelle, voire pour un fédéraliste. Mais c’est un autre profil qui se dessine pour celui qui est en campagne. Voulant  » retrouver notre souveraineté « , soutenant un  » bouclier constitutionnel «  qui sécurise les décisions prises en France, alarmant de l’arrivée  » d’autres Brexit «  si l’U.E. et le  » business as usual «  continuent. Ces déclarations, qui peuvent surprendre pour celui que l’on croyait défenseur inconditionnel du traité de Lisbonne, laissent entrevoir une cohérence possible.

…mais pas que.

En effet, les souverainistes, soient-ils euroréformistes ou défenseurs du Frexit, affirment tous que l’U.E., et surtout la France, sont grandes perdantes du Brexit. Mais une dissonance cognitive apparaît lorsque les mêmes soutiennent les Anglais pour leur sortie de l’Union européenne. Et ils l’acceptent : pour plusieurs d’entre eux, les Anglais ont fait ce qu’ils aimeraient que la France soit en mesure d’accomplir. Pour d’autres, ce n’est qu’un juteux prétexte pour taper sur Bruxelles. Michel Barnier, lui, sans doute, a t-il tout fait pour rendre le Brexit difficile par intérêt pour la France. Quitte à se placer du côté de l’Union européenne, parce qu’il savait que la France souffrirait du Brexit, avec l’U.E. Cette cohérence, peu acceptent de la voir, par intérêt politique, mais il est bien possible qu’elle soit réelle. Le début d’une clarification ? Difficile à le faire entendre de tous, celle-ci ne pouvant paraître que toute récente aux yeux des adversaires de l’institution bleue aux étoiles d’or.

Réponse à l’aile droite

Ce positionnement a d’autant plus retenti qu’il s’est dessiné sur des sujets singuliers : l’immigration et la justice. La première à travers un moratoire et une volonté de «  coup d’arrêt à l’immigration extra-européenne, pendant trois à cinq ans « . La deuxième en fustigeant le fait que la France soit constamment menacée par la Cour de Justice européenne ou la Convention des Droits de l’Homme. Deux sujets dont les deux autres candidats se sont moins saisis, ou alors pour dégainer des phrases racoleuses et déconnectées du fond des choses. Ce positionnement mieux affirmé vaut à Michel Barnier le soutien de nombreux élus et cadres de l’aile droite de LR, notamment plusieurs issus des réseaux de Julien Aubert et d’Oser la France. L’absence de candidatures Wauquiez, Retailleau ou Lisnard a sans doute rendu à certains le choix plus facile.

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Toujours encarté

Une autre raison de la montée en puissance de la candidature Barnier : sa constance vis-à-vis de sa famille politique. Depuis 1973 et l’U.D.R., il ne l’a jamais quittée. Face à ses deux principaux rivaux, ce critère est devenu capital. Les militants du parti de Christian Jacob ont, en effet, du mal à avaler un Xavier Bertrand qui a quitté bruyamment le navire, il y a quatre ans, critiqué son ancien chef auvergnat… Et qui souhaite que leur parti se désiste à son profit sans départage avec d’autres profils. Valérie Pécresse, quoique plus habile que le président des Hauts-de-France, souffre aussi de son infidélité. Mais au grand contraire de M. Bertrand, elle a toujours accepté une compétition avec les autres prétendants de droite. Un scénario qui présagerait l’élimination de Bertrand au premier tour ? L’hypothèse est loin d’être farfelue.

Rassembler sa famille politique

Nous parlions plus haut de la capacité de Michel Barnier à rassembler à sa droite. Mais le J.D.D. révèle aussi que parmi les cinqaunte-deux parlementaires le soutenant, se trouvent aussi des représentants du centre droit. Le juppéiste Arnaud Danjean et l’ex-UDI Sylvie Goy-Chavent en font partie. Et Barnier bénéficie également d’un soutien important à droite : celui des élus des zones rurales. Lui-même est le seul des six candidats au congrès à ne pas venir d’une grande ville. Alors que Xavier Bertrand et Valérie Pécresse auraient plus de difficultés à convaincre l’aile droite du parti, le savoyard semble mieux placé pour ranger derrière lui les militants de droite comme ceux du centre. Et une famille politique rassemblée, lorsqu’on part avec un score inférieur à 10% dans les sondages, cela compte, et peut permettre d’enclencher une dynamique favorable.