Raphaël Ehthoven, philosophe libéral qui a bien compris que gauche et droite n'existaient plus politiquement.

Samedi, Raphaël Enthoven figurait parmi les convives « intrus » de la Convention de la droite. Il s’est exprimé sur l’échec d’une union des droites à travers un discours minutieusement travaillé.

Ardent batailleur

Invité à la « Convention de la droite », samedi dernier, le philosophe Raphaël Enthoven s’est exprimé devant ce parterre d’irrationnels, présageant haut et fort l’échec de leur perspective. Une fois de plus, celui que bon nombre d’observateurs entrevoient comme un manipulateur de l’opinion publique, a pris une position courageuse à l’image de ce qu’il est réellement : un batailleur culotté. Déterminé à circonstancier ses inspirations, déjà, à de multiples reprises, l’homme s’était illustré avec des propos clairement antagonistes envers l’homophobie et autres préjudices sociétaux.

Il savait qu’il n’allait pas convaincre son public, qu’il ferait face à une religieuse opposition ( intégriste ? ). Qu’il était un chat dans un chenil. Mais il n’a pas hésité une seconde lorsque les organisateurs de la-dite Convention lui ont proposé cette tribune. Le schéma politique qu’il expose est tout à fait réaliste, notamment en ce qui concerne la « caducité du paradigme droite-gauche ».

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Manuel de déconstruction de la droite en cinq leçons

Enfermés à « droite », les auditeurs sont restés bloqués à une certaine époque. Celle dans laquelle Emmanuel Macron et Valérie Pécresse sont classés à gauche. Parfois même, Marine Le Pen est affublée de ce terme de « gauche », tout aussi dépassé que le premier. Ceci est le premier argument d’Enthoven, qui préfère le clivage libéraux/souverainistes.

Sa deuxième raison est simple : « la nostalgie ne fait pas un projet ». En l’état, l’on aimerait compléter la phrase et écrire « projet crédible et rassembleur », tant il y a eu, aux différentes élections, de candidats au projet loufoque. L’argumentaire exposé par le philosophe reste cependant parfaitement construit, et plutôt objectif. Il en vient à l’élément suivant, que l’on développera plus tard dans cet éditorial.

Le quatrième argument est criant de vérité : « la francité » a « tous les attributs d’un communautarisme ». Son exemple : le couscousgate ( Florian Philippot avait été sévèrement critiqué pour avoir préféré un couscous à une choucroute, lors d’un passage à Strasbourg ). Pour le professeur de philosophie, ce comportement est semblable à celui d’un algérien qui dirait que Philippot ne devait pas s’approprier ce plat. Lorsque la défense de sa culture passe par l’imposition de celle-ci aux autres, l’on peut parler, en effet, de communautarisme.

Enfin, il déconstruit la notion même d’identité, trop subjective, à travers un approche métaphysique et moins accessible.

Le manipulateur en lui subsiste

En lisant cette intervention, l’on devine aisément où se place Enthoven parmi les deux camps dont il défend l’existence. Certains arguments sont calibrés pour correspondre parfaitement à son logiciel idéologique. Parmi eux, le troisième : « la société elle-même est incurablement libérale ». En lisant le développement, l’on comprend ce qu’il entend par là : chaque évolution perçue comme une liberté par le peuple français agit comme un clapet anti-retour. Il est très difficile de revenir dessus ( l’opposant des aficionados de la droite dira même « impossible » ).

Autre exemple : en évoquant l’obsolecence du clivage gauche-droite, Enthoven lui préfère, avec justesse, l’opposition libéraux/souverainistes. Mais en voulant appuyer ce paradigme, il prononce la phrase suivante :

« la question aujourd’hui – l’alternative – n’est plus «suis-je de gauche ou suis-je de droite?» mais «ai-je intérêt à m’ouvrir au monde ou bien à me replier sur mon pré carré?» »

Le souverainisme a un point commun avec le libéralisme, la gauche et la droite : il en existe plusieurs nuances. Celui qui accepte les organisations supranationales tant qu’elles n’absorbent pas les choix politiques du pays et de son peuple, est un souverainiste. Et il ne s’agit, ici, certainement pas d’un « repli sur son pré-carré ». Cette formule ne peut être vraie que pour les plus jusqu’au-boutistes, ceux qui voudraient sortir coûte que coûte de toutes ces instances.

Malgré ces quelques formulations idéologisées dans son propos, Raphaël Enthoven a gagné l’adhésion de plusieurs souverainistes à son discours. Parce qu’il est bien plus utile d’avoir un ennemi conscient de la situation politique actuelle, qu’un ami à côté de la plaque.