SECURITÉ : Comment la lâcheté des autres partis a engraissé le FN

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Il y a quelques jours, Libération titrait « La surenchère sécuritaire », en associant incestueusement Gérald Darmanin, Jean Castex et Valérie Pécresse à Marine Le Pen et Marion Maréchal. Preuve que l’abandon de la sécurité au profit des discours du RN est arrivé à son paroxysme.

Quand le front républicain n’existait pas

Les premières percées du Front national datent de 1983. Les observateurs se souviendront des percées à Dreux et Aulnay-sous-Bois. Dans les deux cas, le parti, encore marginal, obtient quelques élus en fusionnant avec un RPR encore tolérant à son égard. Ici comme ailleurs, le sujet principal des élections est la sécurité, terrain favorable au parti d’extrême droite. À Marseille, non seulement tous les candidats l’avaient compris, mais en plus, tous établissaient un lien avec l’immigration. Le PS Gaston Deferre affichait partout dans la ville : « La droite, c’est 20 ans d’immigration sauvage ! La gauche, c’est l’immigration controlée ». Lui et son adversaire Jean-Claude Gaudin essayaient de s’arracher les voix d’une troisième liste, Marseille Sécurité, emmenée par Bernard Manovelli.

L’émergence de la flamme

Seulement, le FN n’en est pas resté là. Ses apparitions médiatiques, face à des journalistes se faisant une caricature d’avocat du diable, permettent de le rendre acceptable auprès des Français. Les premiers à le rejoindre sont les électeurs communistes, fuyant un parti en perte de vitesse depuis 1981 et sujet à un virage européiste sous l’impulsion de Robert Hue. D’autres viennent ensuite de la droite, lors de son recentrage avec la création de l’UMP, et les déceptions engendrées par le quinquennat Sarkozy, tant sur le traité de Lisbonne que la sécurité et la politique migratoire. Enfin, l’échec du Parti socialiste au pouvoir offre au clan Le Pen un terreau fertile. Plusieurs députés et maires sont alors élus sur d’anciennes terres acquises au PS.

Le détricotage du débat

Plus que les positions du FN sur certains sujets, ceux-ci sont assimilés dans leur entièreté au parti d’extrême droite. Le virage idéologique du PCF sous Robert Hue vide la gauche de ses électeurs opposés à l’immigration. Seul le RPR, puis l’aile droite de l’UMP/LR, résiste à l’effet de mode, consistant à traiter de nazi quiconque évoque simplement les thématiques. Un climat de l’oubli s’est alors installé, qui, combiné aux ordres venant des institutions européennes en matière d’immigration, vident la droite de cette substance. Ca y est, le parti lepéniste a gagné un précieux monopole, celui de l’immigration et de la sécurité, sujets de très haute importance pour les Français d’après les sondages.

Justice : le coup fatal

Les ministres de la Justice ne font pas mieux, en préférant assister les coupables, tant par une législation favorable que par l’adoucissement des conditions de vie en prison. Ce comportement s’accélère avec Nicole Belloubet, favorable au téléphone fixe dans les cellules ainsi qu’au rapatriement des djihadistes français. Ainsi, plus encore que d’esquiver des sujets devenus clivants, les partis traditionnels étendent cette vision aux autres thématiques. Pendant ce temps, le Front national conquiert des villes, et les conserve dès le premier tour. Jusqu’à 65% pour leur allié Robert Ménard, et 70% à Hénin-Beaumont, suite à des campagnes axées sur la sécurité. À Perpignan, le laxisme du maire LR sortant fait élire Louis Aliot sur un fauteuil. Il semblerait que le reste du spectre politique n’ait pas pris ces signaux d’alarme au sérieux. En attendant, les Français continuent d’espérer qu’un parti capable de l’emporter, reprenne au RN ce que les autres lui ont gracieusement offert.

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