Comment l'extrême-droite arrivera au pouvoir en 2027 ?

Les dernières échéances ont montré à l’ensemble des nuances de droite que sa colonne vertébrale est à repenser. Un terreau fertile pour les partisans d’une union de la droite conservatrice et de l’extrême-droite. Quant à son origine, Emmanuel Macron n’est pas en reste…

 

Emmanuel Macron, vainqueur des européennes

Ce n’est pas la première fois que cette phrase est scandée. Le véritable vainqueur des élections européennes n’est ni le Rassemblement national, ni Europe écologie-les verts. C’est précisément Emmanuel Macron.

Premièrement, la gauche est détruite par sa division et sa nouvelle ligne idéologique non assumée. En effet, la France insoumise ne le dit pas, mais la « révolution citoyenne » de 2017 s’est transformée en « révolution de gauche » en 2019. Plus de traces de plan B européen crédible, plus d’acceptation de la ligne souverainiste du parti.

Deuxièmement, le score des Verts n’est pas pérenne ; il provient des déçus du macronisme et de la gauche. N’oublions pas qu’en 2017, la frange libérale des Républicains ( estimable à 10% ) et l’électorat macroniste représentent 34% des suffrages. En 2019, seuls 22% ont été décrochés par la liste Renaissance. La moitié des douze points restants s’est partagée entre l’abstention et les Verts, dont la tête de liste avait exprimé sa compatibilité avec l’idéologie libérale et « l’écologie de marché ».

Enfin, le Rassemblement national n’a pas élargi sa base électorale. Son score persiste entre celui des européennes précédentes et de la présidentielle de 2017. Pourtant, l’on aurait pu attendre que l’ouverture à la Droite populaire de MM. Mariani et Garraud amenât quelques voix…

 

En Marche, parti provocateur

Fort de ce constat, le président est assuré d’être réélu en 2022, ayant retrouvé sa popularité d’avant l’affaire Benalla, et anéanti ses opposants à gauche.

En réalité, M. Macron a parfaitement compris comment rester au pouvoir ; il n’a pas cessé de provoquer l’électorat conservateur depuis son élection. La liste est longue, du DJ Kiddy Smile en concert à l’Élysée, aux tenues originales de sa porte-parole Sibeth Ndiaye, en passant par la fameuse photo au doigt d’honneur.

Il n’est pas lieu ici de reprocher ou de soutenir de tels choix, mais force est de constater que la droite radicale est toujours montée au créneau face à ces événements, et que ses ténors ont gagné du temps de parole en conséquence.

 

Tout ceci permet la croissance d’un objectif : l’union des droites.

Celle-ci a déjà été tentée à bien moindre ampleur, par Carl Lang, Robert Ménard, Paul-Marie Couteaux ou Nicolas Dupont-Aignan avec ses « amoureux de la France » ( bien que présentée comme une « union des patriotes » ). Depuis les européennes, cet objectif est de plus en plus demandé par des personnes sans fonctions politiques, tels Patrick Buisson, Eric Zemmour ou Marion Maréchal. Mais ces personnes ne sont écoutées que par leurs lectorats, déjà convaincus. Les seuls à réellement promouvoir l’idée sont, en fin de compte, les marcheurs, provocations à l’appui.

 

Les vestiges du clivage gauche-droite

Depuis la fameuse année qui a vu la réussite d’En Marche, le clivage gauche-droite bat de l’aile. Les journalistes, demandant à l’époque à un politicien de se placer sur cet axe horizontal, raisonnent désormais selon l’échelle Europe-Nation inauguré par les partisans d’Emmanuel Macron.

Chose qui convient parfaitement au Rassemblement national. Bien qu’ayant rejeté clairement la sortie de l’U.E., le parti mariniste fait du national une priorité, voie situable entre la défense de la seule Nation et la théorie maurrassienne du « nationalisme intégral ».

Les anciennes notions de « progressisme » et « conservatisme » y trouvent leur compte, L.R.E.M. s’affichant en défenseur du premier, et le R.N. du deuxième. Reste simplement la gauche radicale, progressiste sur l’aspect sociétal et conservatrice sur le plan social, qui ne trouve pas sa place dans ce nouveau clivage.

 

Qui pour représenter les conservateurs en 2027 ?

Une victoire de la droite radicale est difficilement envisageable en 2022. Marine le Pen est toujours susceptible de se représenter en 2022, et quel que soit l’état des Républicains d’ici là, il paraît peu imaginable qu’ils s’associent aux idées sociales qu’a pu porter la présidente du F.N. au cours de la décennie 2010. Thierry Mariani lui-même n’a toujours pas adhéré au parti. Un scénario d’union des conservateurs a plus de chances de se produire pour l’échéance ultérieure.

Jusqu’ici, deux personnalités semblent faire l’unanimité dans leur camp : Eric Zemmour et Marion Maréchal.

En cas de tentative d’union pour la prochaine élection présidentielle, le premier semble plus crédible, mais il est impensable que le « polémiste » de 61 ans présente une candidature dissidente du R.N. et des Républicains. Cela empirerait l’échec d’union de cet espace politique.

Vous l’aurez compris, l’alliance, si elle a lieu, se concrétisera en 2027. M. Zemmour aura alors 69 ans, âge acceptable mais avancé pour une candidature à la magistrature suprême. Marion Maréchal saura incarner, en plus de l’union, le renouveau, malgré des idées, elles, bien anciennes. Emmanuel Macron aura bien trop fait monter la moutarde, et ses successeurs – et l’ensemble des Français – en paieront le prix.

 

Source (Yannick Jadot) : Le Monde