Élections européennes : où en sommes-nous ?

Les élections européennes auront lieu dans à peine plus de quatre mois, et la situation a déjà notablement avancé depuis le début de l’année dernière. Cependant, impossible de considérer un sondage à sa juste valeur, tant les têtes de liste des principaux partis tardent à se faire connaître. Il est incontestable que le score d’une liste est lié à l’éloquence de son numéro un, et c’est ce qui a permis à un Philippe de Villiers de réaliser des percées, ou à un Jean-Luc Mélenchon de sauver les meubles d’un parti communiste vieillissant. La répartition et le nombre de listes, eux, semblent presque définitifs, à quelques exceptions près. Faisons ensemble le point sur les événements.

Une hausse du nombre de partis candidats ?

Malgré le retour à la circonscription unique, le nombre de listes concurrentes pourrait bien battre un record depuis le début des élections européennes en 1979. C’est la constitution de pas moins de 26 listes qui a été déclarée, le record étant de 20 en 1994 et 1999.

La naissance des huit circonscriptions béantes en 2004 avait suscité de nombreuses candidatures de partis ayant moins de moyens financiers et humains, si bien que l’on pouvait parfois plus de 25 listes sur la même terre électorale. Par ailleurs, la flexibilité engendrée poussait moins les « petits » partis à nouer des alliances, et ils ont été entre 16 et 19 à présenter des listes dans au moins six des huit territoires.

L’on pourrait donc penser que le retour à l’échelle nationale, et à la liste unique de 79 noms, soit une dure contrainte ; pourtant ce sont bien 26 partis qui ont déclaré leur candidature, et l’on pourrait en voir cinq autres s’y ajouter (le Mouvement Radical, Génération Citoyens, Nous Citoyens, le NPA et les Comités Jeanne). Tout n’est pas gagné pour tous, comme le parti Allons Enfants qui n’a pu présenter qu’une cinquantaine de candidatures aux législatives de 2017. Mais tous sont déterminés à l’idée de jouer un rôle dans ce scrutin.

La valse des partis au Parlement européen

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, la délégation française du Parlement européen n’a cessé d’évoluer. Deux eurodéputés ont rejoint la République en Marche, trois socialistes ont rejoint Génération.s, un quatrième a créé sa propre structure pour se rapprocher de Jean-Luc Mélenchon, deux élus du parti de droite rejoignent Agir, l’UDI manque de perdre tous ses sièges, le Front de Gauche se dissout et le groupe du Rassemblement National se disloque, avec des départs vers les Patriotes et Debout la France, et une exclusion.

Ce premier tableau met en évidence un fait important : mis à part les cas du Parti Radical de Gauche et du MoDem, tous les partis représentés au Parlement européen en 2014 ont perdu au moins un siège. Le recul est historique pour le Rassemblement National, l’UDI et le Parti Socialiste.

 

Évolution (de 2014 à 2019) du nombre de députés européens par parti représenté en 2014

 

Le tableau suivant détaille l’ensemble des changements de partis parmi les parlementaires européens de l’Hexagone.

Nombre de députés en 2014 et 2019

 

Tout d’abord, c’est la différence de taille entre ces tableaux qui choque : initialement huit, les partis français représentés à Strasbourg sont désormais dix-neuf, soit plus du double.

Ensuite l’on remarque la présence historique de sept élus sans étiquette, contre deux dans les derniers mois de la législature précédente (Daniel Cohn-Bendit et Jean-Luc Benhamias) et un seul de 2004 à 2009 (Jean-Claude Martinez à partir de 2009). En plus des partis traditionnels, ce sont les partis tout court qui sont de plus en plus évités. Et lorsque certains d’entre eux acceptent de s’encarter, c’est dans une plateforme de rassemblement (les Amoureux de la France, pour Sylvie Goddyn) et non dans un parti. Signe que l’époque de ces derniers est révolue?

Par ailleurs, à en croire les stratégies politiques ou les affirmations des mouvements candidats à la prochaine échéance électorale, trois d’entre eux adoptent une stratégie de rassemblement de la gauche (PCF, France insoumise et Génération.s) et trois autres choisissent la même tactique à droite (Les Républicains, Debout la France et le Rassemblement National). Jamais une telle stratégie de rassemblement d’une portion du clivage gauche-droite n’a été recourue en de telles proportions. Les scrutins du vingtième siècle avaient été le théâtre d’une seule union de part et d’autre, voire moins.

La première explication à ce record peut être celle des sondages, puisqu’à part le Rassemblement National, les scores des autres partis se tassent dans une fourchette plutôt éligible de 4 à 15%. Chacun espère alors être le chantre idéal pour rassembler l’espace politique autour de lui. Mais cette réponse ne suffit pas, notamment pour le PCF qui stagne à trois pourcent. Arrive alors la deuxième raison : chaque tête de liste a sa propre vision de la gauche ou de la droite. C’est d’ailleurs ce qui pousse le PCF à refuser une alliance avec le PS, ou ce dernier à refuser une alliance avec la France insoumise. On observe donc, pour la première fois dans une élection française, trois stratégies de convergence de la gauche (respectivement la droite), mais en refusant certains mouvement du même bord. Des volontés d’union avec refus d’union. Et ce, allant même jusqu’à l’exclusion de Sylvie Goddyn du RN, pour avoir signé un appel à soutenir les Amoureux de la France.

La gauche, ou la droite, ne veulent ainsi plus dire la même chose aux yeux de tous ces chefs de file. N’est-ce pas la meilleure preuve de l’obsolescence totale du clivage gauche-droite? À force de vouloir collecter les voix de leur côté, mais en défendant des idéologies, les partis en arrivent à récolter des intentions de vote tendant vers des scores égaux et insignifiants.

Cela nous pousse à dire que le principal enseignement de cette élection ne sera pas son résultat pour chaque liste. Soit le Rassemblement National confirmera son avance sur les autres, soit l’on n’observera qu’une masse de candidatures de 3 à 15%. Mais la vraie clé de ce scrutin sera l’abstention. On peut s’attendre à ce qu’elle soit moins forte qu’en 2014 et 2009, puisque le scrutin retrouve son échelle nationale d’antan, et le débat n’en sera que plus intéressant. Mais l’enthousiasme des électeurs assidus, lui, est en régression. Avec un tel univers partisan, l’on peut considérer que si l’abstention ne baisse pas de façon drastique, c’est l’ensemble des partis, des boutiques, qui auront perdu. Le clivage auxquels ils continuent de s’arrimer de force, lui, est déjà profondément enterré.

 

Partis candidats déclarés et représentés au Parlement européen :

Parti communiste français
La France insoumise (avec l’APRÈS)
Génération.s
Parti socialiste

Les Radicaux de Gauche
Europe écologie Les Verts
La République en Marche (avec le Modem et Agir)
Union des démocrates et indépendants
Les Républicains
Les Amoureux de la France (Debout la France, PCD, CNIP et autres)
Les Patriotes
Rassemblement National

 

Partis candidats déclarés n’ayant pas d’eurodéputé :

Alliance écologiste indépendante
Allons enfants!
Europe démocratie espéranto

Génération Ecologie

Gilets Jaunes (combien de listes?)
Lutte ouvrière
Parti animaliste
Parti fédéraliste européen
Parti pirate
Rassemblement des contribuables Français
Rassemblement écologiste pour le vivant
Résistons !
Union Populaire Républicaine
Volt Europa

Partis dont la candidature n’est pas encore connue :

Mouvement radical, social et libéral
Génération citoyens
Comités Jeanne
Nous Citoyens
Nouveau parti anticapitaliste

Olivier Rousseau