Avec l’incendie de ce jeudi, l’usine Lubrizol de Rouen fait à nouveau parler d’elle, et en mal. L’événement a provoqué l’indignation générale pour ses conséquences environnementales. Réfléchissons sur la méthode à adopter afin que cela ne se reproduise plus.

Le jeudi noir

C’est à 2h42 qu’un incendie a pris forme sur l’espace de stockage de l’usine Lubrizol, à Rouen, jeudi dernier. Conséquence : un panache de fumée de six kilomètres de large et vingt-deux de long, si bien que les crèches et écoles sont fermées jusqu’à lundi dans douze communes. Le campus de Rouen et quelques services municipaux ont subi le même sort, jeudi uniquement. Un périmètre interdit de 500 mètres à la ronde a été mis en place jusqu’à vendredi après-midi, et deux cents pompiers et engins ont œuvré à l’extinction des flammes. Les causes de la tragédie sont toujours inconnues. La pollution a atteint la Seine, ainsi que l’agglomération du fait de retombées de suies.

Une récidive

L’entreprise concernée fabrique et vend des additifs pour huiles moteur, fluides de transport, lubrifiants industriels et carburants automobiles. Classé Seveso seuil haut, le site de Rouen n’en est pas à sa première ingérence. En 2013, une fuite colossale de mercaptans gazeux s’était répandue jusqu’en Angleterre, touchant plusieurs centaines de milliers de personnes. Malaises, maux de têtes et irritations des yeux. L’entreprise avait été condamnée à 4000 euros d’amendes. Un an plus tard, 2000 litres d’huile minérale s’écoulaient dans les réseaux d’évacuation de l’eau de pluie.

Les politiques font de la fumée

Entre le préfet, Pierre-André Durand, et les ministres de l’Intérieur, de la Santé et de la Transition écologique, les versions des faits sont contradictoires. Le premier n’a pas cité un seul nom de substance concernée. Les analyses étaient encore en cours à l’heure de sa dernière allocution jeudi. La directrice générale de Lubrizol évoque un « incident d’ampleur ».

M. Castaner a affirmé hier, sur R.T.L., qu’il n’avait « aucun élément qui permette de penser que les fumées, en particulier, seraient dangereuses ». Notons que les mots les plus effrayants de la phrase sont les deux premiers. Elisabeth Borne, sur place, ne trouve « pas de polluants anormaux dans les prélèvements effectués », la notion de « polluant normal » restant à définir. De l’autre côté, Mme Buzyn note que « la ville est clairement polluée par les suies ». Enfin, une mobilisation est attendue mardi devant la préfecture, initiée par Greenpeace, Attac, la C.G.T., Youth for Climate et bien d’autres.

Exigeons la transparence !

Face à une telle situation, il est naturel d’exiger la plus grande transparence sur les substances utilisées par les entreprises. Celle-ci permettrait une meilleure légifération des consignes de sécurité, limitant les risques de catastrophes écologiques ou sanitaires. La vigilance doit être maximale, et elle est la responsabilité des chefs d’entreprise.
Dans la mesure où une entreprise ne constitue pas une personne physique, il est parfaitement défendable de mettre au point une procédure permettant à l’Etat de connaître l’historique d’achat de toute entreprise.

Pour la planète, mais pas uniquement.

L’on imagine alors que ce dispositif pourrait comporter deux niveaux de sécurité. Le premier serait l’obligation de toute société à transiter par un modèle dédié de carte bancaire, sauvegardant les données de transaction. Le deuxième relèverait simplement du contrôle fiscal, qui, dans le moins bon des cas, permettrait la collecte des données de la carte de crédit. Dans le cas d’un échange de bons procédés sans facture, une attestation signée par les deux parties pourrait être exigée.

Une telle méthode reste encore à évaluer, pour sa mise en œuvre détaillée et son financement. Mais il se peut que sa simple application la rentabilise. Cette idée permettrait une lutte efficace contre les ingrédients ou substance dissimulées ( de type « Coca-cola » ), mais aussi contre les abus de biens sociaux ou fraudes fiscales. Par ailleurs, la santé de l’Humanité et le respect de la planète n’ont pas de prix.

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