Affaire Bardella : ce deux poids deux mesures que tout le monde semble oublier
Par : Cédric Fichet
Comme le semble l'indiquer le ton de cette campagne depuis ses débuts, les affaires personnelles prennent une place débordante dans le débat public. Cette fois-ci, tout part de publications rédigées par l'actuel président du RN, Jordan Bardella.
Des posts publiés à l'âge de 18 ans
Les faits, restitués par Mediapart le 28 septembre dernier, remontent entre 2013 et 2015. Le média d'Edwy Plenel évoque des propos antisémites, complotistes et bienveillants à l'égard de l'agitateur multicondamné Alain Soral. Notons que Jordan Bardella est né en 1995 ; il avait alors entre 17 et 20 ans sur la période donnée. Dans de nombreux cas de figure, et à la condition expresse que ces propos soient confirmés par les faits et regrettés par l'intéressé, l'on pourrait évoquer une faute de jeunesse. Aujourd'hui, le racolage du Rassemblement national dans son soutien à Benjamin Netanyahu dans le cadre du conflit israélo-palestinien, laisse supposer, à minima, une légère infection, du moins publique. Il revient cependant à la justice de trancher sur la véracité des écrits rapportés par Fabrice Arfi et ses équipes. Et, en cas de confirmation, ce sera à l'intéressé de rendre public son regard actuel sur de tels propos tenus avant vingt ans, il y a plus de dix ans
Chacun son point de vue, mais soyez cohérents !
Face à cette situation – des propos inadmissibles tenus à un jeune âge il y a plusieurs années – et une fois que la justice conforte les révélations de Mediapart, deux attitudes sont possibles. Soit l'on estime que réaliser une faute de jeunesse est un comportement fréquent, auquel cas, le premier président du Rassemblement national à ne pas provenir de la famille Le Pen doit effectivement reconnaître une erreur. Cela permettrait enfin à la campagne présidentielle d'espérer reprendre un cours normal, avant la prochaine polémique à laquelle nos amis politiciens semblent si attachés. Soit l'on considère que tout élu de la République doit être, et avoir été exemplaire à tout moment, ce qui devrait réduire M. Bardella à la confidentialité… mais il faudrait alors que chaque parti fasse le ménage afin d'infliger le même sort à ses fautifs !
Balayer devant sa porte
Un exemple qui fait régulièrement parler de lui est la multiplication de propos homophobes tenus par des candidats et élus La France insoumise. Ainsi, l'on découvrait, au cours des élections législatives de 2024, des propos controversés d'un collectif piloté par la candidate Amal Bentounsi : « on ne peut pas en vouloir à un croyant d'être homophobe si sa religion l'est ». Des propos tenus en 2015, sans conséquences en interne à LFI. Au nom de l'erreur de jeunesse ? Pourquoi pas, mais alors pourquoi priver d'autres de ce bénéfice ? Parce qu'ils sont opposés politiquement ? Plus récemment, le même journal Mediapart consacrait un article à l'attitude autoritaire et aux propos « sexistes et homophobes » d'Allan Brunon, élu et chef de file LFI à Grenoble. Un élu de 27 ans auquel le parti n'a, semble t-il, toujours pas demandé d'explications. Enfin, comment ne pas citer la sulfureuse Sophia Chikirou, dont les propos homophobes tenus en présence des équipes parlementaires du parti continuent de défrayer la chronique… et qui a été filmée rendant visite à l'écrivain Marc-Edouard Nabe, lors d'une exposition à Paris. Le fameux Nabe auquel des propos racistes et antisémites sont attribués depuis les années 1980, et qui louait les attentats terroristes islamistes tels ceux du World Trade Center le 11 septembre 2001.
Bardella dénonce des « faux »
Le jeune parton de la SARL Le Pen dément et dénonce des documents frauduleux. Ce à quoi le titre de presse répond par une deuxième salve révélant les preuves de son affirmation. Un huissier semble même avoir été mêlé à la partie, selon le site. Un dernier doute existerait-il sur la sincérité de l'ensemble de ces éléments ? Si elle n'est pas évoqué par le reste de la presse, une manœuvre ne serait pas une première chez Mediapart. Le journal s'était en effet illustré en 2023 en tronquant des captures d'écran de vidéos réalisées par l'association Reconstruire le Commun, financées via le sulfureux fonds Marianne. Conséquence de ce tronquage : la date de tournage de la séquence, rendue publique par l'association, n'était plus visible. Et le canard titrait alors son article « Le fonds Marianne de Schiappa a financé des contenus politiques en période électorale »… alors que la vidéo concernée a été publiée plusieurs semaines après l'élection présidentielle. Espérons que Mediapart se montrera plus convaincant face aux tribunaux auxquels le président du Rassemblement national lui donne rendez-vous.
Natacha Polony ne s'est pas encore déclarée candidate à l'élection présidentielle de 2027. Mais la journaliste et essayiste vient de franchir un cap important en annonçant son entrée en politique et la création d'un mouvement destiné à rassembler ceux qu'elle considère comme les « orphelins de la politique »


