Décembre 2026 : la France peut-elle retourner aux urnes ?
Par : Cédric Fichet
Alors que la France se rapproche de la présidentielle de 2027, une question revient avec insistance dans les milieux politiques : Emmanuel Macron pourrait-il provoquer une nouvelle dissolution de l'Assemblée nationale avant la fin de son mandat ? Rien ne permet aujourd'hui d'affirmer qu'une telle décision est programmée, et aucune élection législative nationale n'est officiellement prévue en décembre 2026. Pourtant, juridiquement, un scrutin anticipé à la fin de l'année reste possible. Entre majorité introuvable, gouvernement sous pression et présidentielle déjà dans toutes les têtes, une nouvelle dissolution bouleverserait une nouvelle fois le calendrier politique français.
Une hypothèse, pas une échéance électorale
Commençons par dissiper une confusion : les Français ne sont pas officiellement appelés à voter pour des législatives en décembre 2026. L'Assemblée nationale actuelle est issue des élections législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet 2024, organisées après la dissolution décidée par Emmanuel Macron le 9 juin 2024.Mais le calendrier électoral n'interdit pas une nouvelle consultation anticipée. La Constitution confère au président de la République le pouvoir de dissoudre l'Assemblée nationale, après consultation du Premier ministre et des présidents des deux assemblées. Une telle décision entraînerait l'organisation de nouvelles élections législatives dans un délai constitutionnel très court. C'est précisément ce qui rend le scénario de décembre théoriquement possible.
Ce que dit la Constitution
L'article 12 de la Constitution constitue la clé de cette hypothèse. En cas de dissolution, les élections générales doivent intervenir dans un délai compris entre vingt et quarante jours après la dissolution. Autrement dit, si une dissolution intervenait suffisamment tôt en novembre 2026, un scrutin pourrait constitutionnellement se tenir en décembre. Mais il faut insister sur un point essentiel : possible ne signifie pas probable.La décision appartient au président de la République. Elle ne résulte ni d'un calendrier automatique ni d'une obligation institutionnelle. Une dissolution constitue un choix politique majeur, dont les conséquences peuvent être considérables.
Le traumatisme de 2024 pèse encore
La précédente dissolution constitue évidemment l'élément central du raisonnement. En juin 2024, Emmanuel Macron avait décidé de renvoyer les Français aux urnes après le résultat des élections européennes. Le scrutin n'a pas produit la majorité parlementaire espérée par le chef de l'État. L'Assemblée nationale issue des élections s'est retrouvée profondément fragmentée. Depuis, gouvernements successifs, négociations parlementaires et recours à différents mécanismes constitutionnels ont illustré la difficulté à construire une majorité stable. La situation politique actuelle ne ressemble donc pas à celle de 2024. Le souvenir d'une dissolution qui n'a pas réglé le problème initial pèserait nécessairement dans toute réflexion présidentielle.
Pourquoi reprendre le risque ?
C'est la question centrale. Une dissolution n'a de sens politique que si celui qui la provoque estime pouvoir obtenir une Assemblée plus favorable, ou considère que le maintien de l'Assemblée existante crée une situation devenue plus difficile encore.Or le risque est considérable. Une nouvelle élection pourrait produire une Assemblée encore plus fragmentée. Elle pourrait également renforcer l'un des grands blocs politiques ou, au contraire, accentuer l'absence de majorité. Le président devrait alors affronter une situation paradoxale : avoir demandé aux Français de trancher et se retrouver, quelques semaines plus tard, avec un paysage politique toujours aussi difficile à gouverner.
La présidentielle de 2027 change tout
Une dissolution en décembre 2026 ne pourrait évidemment pas être dissociée de l'élection présidentielle prévue en 2027. Elle interviendrait à quelques mois seulement du scrutin présidentiel. Les partis politiques seraient déjà engagés dans la préparation de la présidentielle, les candidatures se préciseraient et les électeurs commenceraient à arbitrer entre les différentes offres politiques. Dans ces conditions, une législative anticipée pourrait apparaître comme une sorte de pré-présidentielle grandeur nature.Les résultats seraient immédiatement interprétés comme un indicateur des rapports de force pour 2027. Une victoire du Rassemblement national, une poussée de la gauche, une remontée de la droite ou une recomposition du centre pourraient modifier radicalement la campagne présidentielle.
Le risque d'une campagne permanente
C'est précisément ce qui pourrait inquiéter les responsables politiques. Depuis 2024, la France a déjà connu une succession de séquences électorales et institutionnelles particulièrement intenses. Ajouter des législatives anticipées à quelques mois de la présidentielle reviendrait à installer le pays dans une campagne électorale quasi permanente. Or les Français expriment parallèlement une demande de résultats concrets : pouvoir d'achat, sécurité, santé, retraites, logement, dette publique, immigration et services publics. Une nouvelle dissolution pourrait donc être perçue de deux manières opposées. Pour certains, elle représenterait une manière de rendre la parole aux électeurs et de sortir d'une situation parlementaire bloquée.Pour d'autres, elle donnerait l'image d'une classe politique enfermée dans ses propres jeux institutionnels alors que les préoccupations quotidiennes restent ailleurs.
Et si le président ne dissout pas ?
C'est probablement le scénario le plus simple : l'Assemblée poursuit ses travaux et le pays se dirige vers la présidentielle de 2027 selon le calendrier prévu. La prochaine échéance nationale majeure reste alors la présidentielle, tandis que les législatives interviendraient dans le sillage du scrutin présidentiel selon le calendrier ordinaire. Le gouvernement aurait donc intérêt à maintenir autant que possible une capacité à faire adopter les textes nécessaires, notamment dans un contexte budgétaire difficile.La question devient alors celle-ci : peut-on gouverner encore plusieurs mois avec une Assemblée sans majorité absolue ?
Décembre 2026, le mois de tous les scénarios ?
Pour l'instant, parler d'élections législatives en décembre 2026 comme d'une certitude serait donc trompeur. Il n'existe pas de législatives nationales programmées en décembre. En revanche, une dissolution présidentielle pourrait, en théorie, provoquer un scrutin dans cette période, puisque la Constitution impose un délai de vingt à quarante jours entre la dissolution et les élections. La véritable question est donc moins juridique que politique.Emmanuel Macron voudra-t-il reprendre le risque d'une dissolution après l'expérience de 2024 ? Les forces politiques auront-elles intérêt à retourner devant les électeurs ? Et surtout, les Français accepteraient-ils facilement une nouvelle campagne législative alors que la présidentielle de 2027 se profile déjà ?À quelques mois de l'élection qui décidera de l'après-Macron, une dissolution pourrait tout bouleverser - mais son absence pourrait également prolonger une situation parlementaire difficile. Décembre 2026 n'est donc pas, aujourd'hui, un rendez-vous électoral. Mais dans la France politique de 2026, il pourrait devenir un scénario. Et c'est précisément ce qui rend la question digne d'être posée : la France retournera-t-elle aux urnes parce qu'elle doit voter, ou parce que le pouvoir estimera qu'il n'a plus d'autre choix ?
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