Incendies : nous ne pouvons plus seulement attendre le feu
Par : Cédric Fichet
Pendant des décennies, la lutte contre les incendies de forêt s'est principalement construite autour de l'intervention. Détecter rapidement, mobiliser les secours, attaquer les flammes et protéger les populations restent des impératifs. Mais face à l'évolution du risque, une autre question s'impose désormais : comment mieux préparer le territoire avant que le feu ne l'atteigne ? C'est précisément cette réflexion qui se trouve au cœur du projet SYLVA et que Infopremiere reprend aujourd'hui pour poursuivre sa série...
Le feu ne prévient pas
Un incendie ne respecte ni les frontières administratives, ni les plans, ni les habitudes. Une étincelle, une période de sécheresse, un vent soutenu et une végétation particulièrement inflammable peuvent suffire à transformer rapidement une situation locale en catastrophe. Lorsque les premières flammes apparaissent, les services de secours doivent agir dans l'urgence. Chaque minute compte. Les moyens terrestres et aériens doivent rejoindre le secteur, les populations peuvent devoir évacuer, les routes doivent parfois fermer et les équipes doivent simultanément combattre le feu et protéger les personnes. Cette organisation constitue une nécessité absolue. Mais elle intervient après le déclenchement de l'incendie. La prévention, elle, intervient avant
SYLVA constitue aujourd'hui une démarche d'innovation et de recherche.
Avant d'envisager une utilisation réelle, de nombreuses questions doivent recevoir des réponses scientifiques. Le matériau envisagé devra notamment faire l'objet d'analyses concernant sa résistance à la chaleur, son comportement sur la végétation, son adhérence, sa durée d'action, sa réaction à la pluie et au vent, ainsi que son impact environnemental. Sa biodégradabilité devra également être étudiée. La question du coût et des conditions d'application devra être posée. La recherche devra déterminer ce qui fonctionne réellement et ce qui doit être modifié ou abandonné. C'est précisément pour cette raison que le projet doit maintenant rencontrer des scientifiques, des laboratoires et des spécialistes du risque incendie.
Donner du temps aux secours
L'ambition de SYLVA ne consiste donc pas à remplacer les moyens de lutte contre les incendies. Elle consiste à explorer une possibilité complémentaire comme la préparation de certains secteurs avant la crise afin de réduire leur vulnérabilité lorsque celle-ci survient. Bien entendu, les pompiers resteront toujours au cœur de la lutte contre le feu. Leur rôle demeure irremplaçable. Mais une autre question peut désormais être posée : si le territoire pouvait être préparé davantage avant l'arrivée des flammes, les secours disposeraient-ils de meilleures conditions pour intervenir ? C'est précisément ce que les recherches devront déterminer
La prévention doit-elle changer d'échelle ?
La prévention ne peut pas reposer sur une seule solution. Elle doit associer le débroussaillement, la surveillance, l'information des populations, l'aménagement du territoire, l'accessibilité des secours et la préparation des zones vulnérables. SYLVA ne prétend pas remplacer cet ensemble. Le projet cherche à ajouter une possibilité supplémentaire. Une protection temporaire. Ciblée. Adaptée au risque. Et éventuellement mobilisable lorsque les conditions deviennent particulièrement dangereuses.Tout reste à démontrer. Mais la question mérite d'être posée.
Le véritable combat commence peut-être avant le feu
Pendant longtemps, notre manière de penser l'incendie reposait principalement sur une logique simple : détecter, intervenir, combattre. Demain, il faudra, peut-être, compléter cette logique par une autre avec l'anticipation, la préparation la protection, puis l'intervention. La différence peut sembler subtile. Elle pourrait pourtant modifier profondément notre rapport au risque. Car lorsque les premières flammes apparaissent, une partie du temps disponible a déjà disparu. Avant le feu, au contraire, le territoire dispose encore d'une ressource essentielle : le temps de se préparer. C'est cette évolution de notre manière de penser la prévention que SYLVA souhaite aujourd'hui mettre en débat. Car face au feu, attendre les flammes pour commencer à agir pourrait progressivement devenir une stratégie insuffisante.
Face à des incendies capables de progresser rapidement, la prévention doit désormais chercher de nouvelles réponses. SYLVA explore une piste fondée sur une protection temporaire et ciblée de certaines zones exposées.


