Investir quand on est débutante, les premiers pas pour faire fructifier son argent
Par : Martine de Larnes
Investir son argent peut sembler réservé aux spécialistes de la finance, aux épargnants expérimentés ou à celles et ceux qui disposent déjà d'un capital important. Pourtant, commencer à investir ne nécessite ni fortune ni connaissances poussées. La première étape consiste surtout à comprendre où l'on met son argent, pourquoi on le fait et quel niveau de risque on accepte de prendre. Avec quelques repères simples, une débutante peut progressivement construire une stratégie adaptée à ses objectifs et à sa situation.
Avant d'investir, commencer par mettre de l'ordre dans ses finances
L'investissement ne commence pas nécessairement par l'ouverture d'un compte-titres ou l'achat d'une action. Il commence par une question beaucoup plus simple : quelle somme puis-je réellement consacrer à mon avenir sans fragiliser mon quotidien ? Avant de chercher du rendement, il convient donc d'examiner ses revenus, ses dépenses régulières, ses crédits éventuels et son épargne disponible. Une somme destinée à payer le loyer, les factures, les impôts ou les dépenses imprévues ne devrait pas être exposée à des fluctuations importantes. Il est généralement préférable de conserver une épargne de précaution facilement accessible avant de consacrer une partie de son argent à des placements susceptibles de perdre temporairement de la valeur. Cette réserve peut notamment servir en cas de réparation, de dépense médicale, de période sans revenus ou d'imprévu familial. Cette première distinction permet de comprendre une règle essentielle : l'épargne et l'investissement ne répondent pas exactement au même objectif. L'épargne de précaution privilégie la disponibilité et la sécurité ; l'investissement recherche davantage de potentiel de croissance, en acceptant une part de risque.
Définir son objectif avant de choisir son placement
Pourquoi investir ? La réponse influence directement la stratégie. Épargner pour financer un projet dans trois ans ne revient pas à préparer sa retraite dans vingt ou trente ans. De même, constituer progressivement un capital pour un futur achat immobilier ne suppose pas nécessairement les mêmes choix que chercher à compléter ses revenus à long terme. Une débutante peut donc commencer par déterminer un horizon : court, moyen ou long terme. Plus l'argent doit rester disponible rapidement, plus la prudence devient importante. À l'inverse, lorsqu'un capital peut rester investi pendant de nombreuses années, les fluctuations de marché deviennent généralement plus supportables, car l'investisseur dispose de davantage de temps pour traverser les périodes de baisse. L'objectif doit également rester concret. « Je veux gagner de l'argent » demeure trop vague pour construire une stratégie. « Je veux constituer progressivement un capital pour un projet dans quinze ans » fournit déjà un cadre beaucoup plus utile.
Comprendre le risque : rendement et sécurité vont rarement ensemble
Le mot « rendement » attire naturellement l'attention. Pourtant, un placement qui promet un rendement élevé comporte généralement davantage de risques qu'un placement très sécurisé. Il n'existe pas, dans la finance traditionnelle, de rendement élevé garanti sans contrepartie. Les actions peuvent ainsi connaître d'importantes variations, parfois en quelques jours ou quelques semaines. Les obligations présentent d'autres risques, notamment liés aux taux d'intérêt et à la solidité financière de l'émetteur. L'immobilier peut sembler plus tangible, mais il comporte lui aussi des risques : vacance locative, travaux, fiscalité, baisse de valeur ou difficulté de revente. Pour une débutante, l'enjeu consiste donc moins à trouver « le meilleur placement » qu'à déterminer quel niveau de risque correspond à sa situation et à son horizon de placement. Une stratégie compréhensible et supportable psychologiquement vaut souvent mieux qu'un placement sophistiqué que l'on ne comprend pas.
Les placements à connaître avant de se lancer
En France, plusieurs grandes familles de placements peuvent être envisagées. Les livrets d'épargne réglementés constituent principalement des outils de sécurité et de disponibilité, plutôt que des instruments destinés à rechercher une forte croissance du capital. L'assurance-vie constitue une autre enveloppe très utilisée. Elle peut accueillir différents supports d'investissement et permet de construire une allocation adaptée à différents horizons. Son fonctionnement, sa fiscalité et ses frais méritent toutefois d'être étudiés avant toute souscription. Le Plan d'épargne en actions, ou PEA, peut quant à lui permettre d'investir en actions européennes dans un cadre fiscal spécifique, sous réserve de respecter les règles qui lui sont applicables. Il s'agit d'un placement destiné à l'investissement en actions et qui peut donc subir des variations importantes. Le compte-titres ordinaire offre une grande liberté pour investir dans de nombreux instruments financiers, mais sans le cadre fiscal particulier du PEA. Enfin, l'investissement immobilier peut prendre différentes formes, de l'achat d'un logement destiné à la location à certains placements collectifs immobiliers. Là encore, le niveau de risque, les frais, la liquidité et l'horizon doivent être examinés avant de décider.
Pourquoi les ETF attirent de plus en plus les débutants
Parmi les instruments financiers accessibles aux particuliers, les ETF, ou fonds indiciels cotés, occupent une place particulière. Leur principe consiste généralement à reproduire la performance d'un indice ou d'un panier d'actifs. Plutôt que de sélectionner une seule entreprise, l'investisseur peut ainsi accéder, selon l'ETF choisi, à un ensemble de sociétés. Cette diversification peut réduire le risque lié à la détention d'une seule entreprise, sans supprimer le risque de perte en capital. Si les marchés concernés baissent, la valeur de l'ETF peut également diminuer. Pour une débutante, l'intérêt d'un ETF réside notamment dans sa simplicité potentielle : plutôt que de tenter de deviner quelle action progressera demain, il devient possible de suivre une stratégie plus diversifiée et de long terme. Mais simplicité ne signifie pas absence de risque. Avant d'acheter, il faut notamment vérifier l'indice suivi, les frais, la méthode de réplication, la devise, la politique de distribution ou de capitalisation et les conditions du produit.
Investir progressivement plutôt que chercher le moment parfait
Une question revient souvent chez les débutantes : faut-il investir immédiatement ou attendre une baisse des marchés ? Personne ne connaît avec certitude le meilleur moment pour acheter. Chercher systématiquement le point d'entrée parfait conduit facilement à repousser indéfiniment une décision. Une autre méthode consiste à investir progressivement une somme déterminée à intervalles réguliers. Cette approche, souvent appelée investissement programmé, permet de répartir les achats dans le temps. Lorsque les marchés montent, la somme investie achète moins de parts ; lorsqu'ils baissent, elle en achète davantage. Cette méthode ne garantit évidemment pas un bénéfice et ne protège pas contre les pertes. Elle peut néanmoins aider à réduire la pression psychologique associée à la recherche du « bon moment » et à installer une discipline d'épargne à long terme.
Diversifier : ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier
La diversification constitue l'un des principes fondamentaux de l'investissement. Détenir une seule action expose directement le capital aux difficultés de cette entreprise. Répartir ses investissements entre plusieurs entreprises, secteurs ou classes d'actifs peut limiter l'impact d'un problème particulier. Mais la diversification doit rester cohérente. Acheter plusieurs produits qui investissent en réalité dans les mêmes entreprises ne crée pas nécessairement une véritable diversification. Une débutante doit donc apprendre à regarder ce que contient réellement un fonds ou un ETF, plutôt que de se fier uniquement à son nom.
Les frais peuvent peser lourd sur le long terme
Lorsqu'on débute, les frais semblent parfois secondaires. Pourtant, sur plusieurs années, ils peuvent réduire sensiblement la performance nette d'un investissement. Frais de courtage, frais de gestion, frais d'entrée, frais d'arbitrage ou autres coûts doivent être identifiés avant toute décision. Il faut également se méfier des offres qui présentent un rendement spectaculaire tout en minimisant les risques. Une promesse de gains rapides, une pression pour investir immédiatement ou l'affirmation qu'un rendement est « garanti » doivent inciter à la prudence.
Commencer petit pour apprendre
Il n'est pas nécessaire de commencer avec plusieurs milliers d'euros. Une petite somme régulièrement investie peut permettre de se familiariser avec les marchés, les fluctuations et le fonctionnement d'un portefeuille. Le véritable apprentissage consiste aussi à accepter qu'un investissement puisse temporairement perdre de la valeur. Voir son portefeuille diminuer de 10 % ou 20 % peut être difficile lorsque l'on débute. C'est précisément pour cette raison qu'il vaut mieux déterminer son niveau de risque avant d'investir plutôt qu'après une forte baisse. L'objectif n'est donc pas de devenir experte en finance du jour au lendemain. Il s'agit d'acquérir progressivement les bons réflexes : comprendre le produit acheté, connaître les frais, diversifier, investir selon son horizon et ne jamais placer l'argent dont on pourrait avoir besoin immédiatement.
Une stratégie simple vaut mieux qu'une course au rendement
Investir peut finalement se résumer à une démarche assez éloignée des promesses de richesse rapide : définir ses objectifs, constituer une réserve de sécurité, choisir une enveloppe adaptée, comprendre les risques, diversifier et conserver une vision de long terme. La finance personnelle n'est pas une compétition. Il n'existe pas de placement universellement adapté à toutes les femmes, à tous les âges et à toutes les situations. Une stratégie doit évoluer avec les revenus, les projets, la situation familiale et l'horizon de placement. Pour une débutante, le meilleur point de départ reste donc la connaissance. Avant de chercher combien son argent pourrait rapporter, il faut comprendre combien elle peut se permettre de perdre, pendant combien de temps elle peut immobiliser son capital et pourquoi elle investit. Une fois ces trois questions posées, le monde de l'investissement devient déjà beaucoup moins intimidant.
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