Les dents du canard - 23 septembre 2026

23/09/2026

Par : Gilbert Villeneuve

La rentrée politique : chacun cherche sa place, personne ne veut payer l'addition

La rentrée politique française ressemble déjà à une grande partie de poker où chacun prétend avoir le meilleur jeu sans jamais montrer ses cartes. Entre budget sous tension, ambitions présidentielles, rivalités de partis et alliances à géométrie variable, les promesses fleurissent plus vite que les solutions. À gauche comme à droite, au centre comme chez les écologistes, chacun affûte son discours et surveille son voisin. Pendant ce temps, les Français attendent toujours de savoir qui paiera l'addition.

Le pouvoir en place

Écho n°1 - Bercy taille, Matignon explique. Le gouvernement de Sébastien Lecornu prépare un budget 2027 fondé sur 54 milliards d'euros d'économies, avec un objectif de déficit ramené à 5 % du PIB, dans un Parlement où aucune majorité stable ne lui garantit la tranquillité. La mission écologie vient déjà de subir 157 millions d'euros de crédits annulés, sur 1,3 milliard de mesures de redressement annoncées en septembre. À Matignon, on appelle cela « maîtrise des dépenses » ; à Bercy, probablement « équation » ; chez le contribuable, on attend encore la traduction simultanée.

Écho n°2 - Macron convoque tout le monde. Le 18 septembre, Emmanuel Macron a réuni à l'Élysée les représentants des principaux partis afin de les informer des menaces hybrides attribuées par la France à la Russie et des conséquences des crises ukrainienne et moyen-orientale sur la sécurité et l'énergie. La scène avait quelque chose d'un conseil de famille : chacun arrive avec son programme présidentiel, mais il faut quand même écouter le père de famille avant de retourner à sa campagne. Même Manuel Bompard et Olivier Faure ont fait le déplacement.

Écho n°3 - Le pétrole n'a pas lu le programme présidentiel. La flambée des prix de l'énergie complique encore l'équation budgétaire du gouvernement, alors que Macron annonce une réunion du G7 consacrée à la crise énergétique. Le problème est fâcheux : en politique française, on peut promettre de tout financer, de tout protéger et de ne rien augmenter ; avec le baril, malheureusement, les promesses électorales ne constituent toujours pas un moyen de paiement.

Les partis passés au bec du Canard

Renaissance - L'art délicat de soutenir le pouvoir sans trop avoir l'air de le soutenir. Gabriel Attal était présent à la réunion organisée par Emmanuel Macron avec les responsables politiques, tandis que le camp présidentiel aborde déjà la présidentielle de 2027 avec plusieurs ambitions concurrentes au centre. Renaissance possède donc cette particularité merveilleuse des fins de règne : défendre le bilan tout en préparant discrètement l'après. Une discipline politique qui porte un nom : la fidélité à durée déterminée.

Les Républicains - L'union, oui ; mais chacun garde sa liste. Bruno Retailleau mène simultanément campagne présidentielle et campagne sénatoriale, alors que son soutien à Valérie Boyer dans les Bouches-du-Rhône a provoqué la colère de l'Union centriste, alliée de LR au Sénat. Le président de LR avait pourtant annoncé une équipe de campagne destinée à structurer sa candidature à l'Élysée. Chez les Républicains, on maîtrise donc parfaitement l'art de parler d'unité tout en découvrant, département après département, les charmes de l'indépendance.

Nouvelle Énergie - David Lisnard met l'énergie dans le moteur. Le mouvement de David Lisnard organise ce 22 septembre plusieurs rentrées politiques départementales, notamment à Marseille, Rennes et Gerzat, pour structurer son réseau et préparer les prochaines échéances. Pendant que le gouvernement cherche de l'énergie pour boucler son budget, Nouvelle Énergie cherche surtout à en produire politiquement. Une différence subtile : chez les uns, elle se mesure en milliards ; chez les autres, en réunions publiques.

Reconquête - Zemmour remet une pièce dans la machine. Éric Zemmour a confirmé le 17 septembre qu'il serait candidat à l'élection présidentielle de 2027, après avoir entretenu le suspense pendant plusieurs mois. Il a parallèlement durci son discours sur l'immigration, allant jusqu'à évoquer l'expulsion de chômeurs étrangers en situation régulière. Voilà donc une candidature qui revient avec une vieille recette et de nouveaux emballages : en politique comme dans certaines chaînes de télévision, le programme semble parfois moins important que le fait d'être certain que personne ne puisse oublier votre nom.

Rassemblement national - L'écologie selon le RN, climatisation comprise. Le RN travaille désormais une approche de l'écologie centrée sur la souveraineté, la réindustrialisation et les « technosolutions », avec notamment une place importante accordée à la climatisation dans son discours sur l'adaptation au changement climatique. Le Monde relève aussi que Thomas Ménagé a reconnu en juin que son parti n'avait pas toujours été clair sur le climat et avait pu « dire des bêtises ». Voilà qui constitue une forme remarquable de transition écologique : hier, le climat était parfois exagéré ; aujourd'hui, il faut surtout installer la climatisation. Demain, peut-être inventera-t-on le climat souverainiste.

Parti socialiste - Olivier Faure veut garder le gouvernement sous surveillance. Le premier secrétaire du PS pousse à une motion de censure contre le gouvernement, alors que la bataille budgétaire s'annonce particulièrement tendue et que les socialistes cherchent eux-mêmes leur ligne en vue de 2027. Le PS veut donc peser sur le budget, sur le gouvernement et sur la présidentielle, trois exercices qui demandent chacun beaucoup de souffle. Heureusement, la politique française dispose d'une réserve stratégique : les déclarations.

Les Écologistes - Quand la rentrée verte parle d'enfance. Marine Tondelier a présenté le 17 septembre les propositions des Écologistes « pour un pays à hauteur d'enfants », après avoir placé précédemment dans son agenda la protection des pompiers, la santé reproductive et l'adaptation aux canicules. Pendant ce temps, le gouvernement vient de réduire certains crédits de la mission écologie. Les Verts ont donc un avantage considérable : quand les autres parlent d'économies, ils peuvent toujours rappeler qu'il existe une planète sur laquelle présenter la facture.

La France insoumise - Toujours présente quand le pouvoir convoque. Manuel Bompard a participé à la réunion organisée par Emmanuel Macron à l'Élysée sur l'Ukraine, le Moyen-Orient et leurs conséquences pour la France. Mais à l'Assemblée, LFI conserve une stratégie d'opposition autonome, notamment dans la perspective des sénatoriales, où elle présente des listes autonomes dans la plupart des départements malgré quelques accords locaux avec les écologistes et Génération.s. LFI sait donc faire deux choses simultanément : entrer à l'Élysée pour discuter avec le président et ressortir pour lui rappeler qu'elle ne partage pas sa politique. Une gymnastique parlementaire qui mérite presque une médaille.

Les Écologistes du Trèfle - Le trèfle pousse toujours hors du jardin habituel. Le mouvement revendique une écologie centrée notamment sur la condition animale, la démocratie directe, le vote blanc, la proportionnelle et la protection du vivant, et demeure associé à France Écologie et à Pour la France, l'Animal et la Nature dans l'alliance La France Naturellement. Le parti continue donc de cultiver son originalité à droite de l'écologie traditionnelle. Dans un paysage où tout le monde veut être « le premier parti écologiste », le Trèfle, désormais placé sous la houlette de monsieur Joël Pierre Chevreux a choisi une méthode simple : ne pas demander la permission au potager d'en face.

Pour la France, l'Animal et la Nature - Les Universalistes ont changé de nom, pas de boussole. Le mouvement a officiellement abandonné en juillet 2026 le nom des Universalistes pour devenir Pour la France, l'Animal et la Nature, en revendiquant toujours son triptyque France-Nature-Animaux et son positionnement écologiste, animaliste et républicain. Sa rentrée récente a notamment porté sur la présidentielle, l'écologie politique et des réactions à plusieurs sujets liés à la condition animale. Une mutation nominale qui rappelle une vérité éternelle de la politique : parfois, pour changer l'étiquette, il suffit de garder le même flacon, n'est-ce pas monsieur Lang-Rousseau ?

France Écologie - La croissance, mais avec une conscience écologique selon ses dirigeants et son vice-président monsieur Jérémy Bizet. France Écologie continue de défendre une « écologie de prospérité et de souveraineté », refusant la décroissance et privilégiant l'innovation, la proximité et l'incitation. Le mouvement a aussi soutenu plusieurs candidats aux municipales de 2026, dont David Lisnard à Cannes et Rachida Dati à Paris. Bref, une écologie qui ne veut surtout pas effrayer l'économie puisqu'elle lui propose même de venir avec son costume du dimanche.

Le théâtre politique de la semaine

La rentrée ressemble décidément moins à une rentrée qu'à une répétition générale. Le gouvernement cherche 54 milliards d'économies, le Parlement cherche des majorités, les candidats cherchent leur espace, les partis cherchent leurs alliances et les alliances cherchent parfois leurs candidats. Et pendant que chacun explique qu'il pense déjà à la France de 2027, le pays réclame surtout qu'on s'occupe de celle de 2026. Le décor est planté, les acteurs sont nombreux, les accessoires budgétaires sont particulièrement lourds et le metteur en scène semble avoir oublié de distribuer le scénario.

La phrase qui méritait une plume

Édouard Philippe, présentant sa vision d'une « politique de sécurité climatique », a résumé sa philosophie par cette formule : « On ne réussira pas l'adaptation climatique sans l'économie de marché. » Une phrase intéressante, surtout après un été marqué en France par les canicules et les incendies. Reste maintenant à savoir si le marché acceptera, lui aussi, de s'adapter au climat ou s'il demandera simplement une subvention pour commencer.

Le coup de bec final

Cette semaine, la politique française aura donc tout essayé : économiser sans fâcher, gouverner sans majorité, s'unir sans toujours s'entendre, préparer 2027 tout en prétendant ne pas y penser et sauver le climat sans oublier le marché. Bref, la République avance ; les partis aussi… mais chacun dans son couloir, avec le clignotant allumé pour montrer qu'il envisage éventuellement de changer de direction.

Les Dents du Canard ont encore de quoi mordre même si la rentrée politique est terminée, le spectacle, lui, ne fait que commencer. A la semaine prochaine !

À Paris, les couteaux s'aiguisent, les ambitions s'affichent et les promesses changent déjà de costume. Entre budget sous tension, querelles de chapelles et précampagne présidentielle, les partis avancent en ordre dispersé. Le Canard ouvre l'œil, trempe sa plume dans le vinaigre… et croque les contradictions de la semaine.
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