Les dents du canard - 17 septembre 2026

17/09/2026

Par : Gilbert Villeneuve

À Paris, les couteaux s'aiguisent, les ambitions s'affichent et les promesses changent déjà de costume. Entre budget sous tension, querelles de chapelles et précampagne présidentielle, les partis avancent en ordre dispersé. Le Canard ouvre l'œil, trempe sa plume dans le vinaigre… et croque les contradictions de la semaine.

LA SEMAINE POLITIQUE SOUS LA LOUPE DU CANARD

LE POUVOIR EN PLACE - Trois échos de Matignon

Le budget au régime sec.
Sébastien Lecornu prépare un budget 2027 avec environ 30 milliards d'euros d'économies recherchées, tandis que le gouvernement table sur une croissance de 1 %. On promet donc simultanément l'effort, la reprise et la confiance : le Canard admire cette remarquable faculté politique consistant à faire entrer trois réalités dans la même valise. Reste à savoir qui portera la valise.

L'écologie au rabot.
Le 11 septembre, le gouvernement a annulé 500 millions d'euros de crédits et gelé 783 millions supplémentaires, la mission écologie figurant parmi les plus touchées. Après un été marqué par les canicules, les sécheresses et les incendies, voilà une manière très française de répondre au thermomètre : réduire les crédits plutôt que la température. La calculette, elle, ne transpire pas.

Tout le monde contribuera… mais pas question de matraquer personne.
Roland Lescure annonce que chacun devra participer à l'effort budgétaire, y compris les retraités, tout en assurant qu'il ne s'agit pas de les « matraquer ». Une formule admirable : quand la ponction devient « contribution », le dictionnaire administratif accomplit parfois des miracles. À Bercy, même les mauvaises nouvelles portent désormais un prénom affectueux.

LES PARTIS PASSÉS AU BEC DU CANARD

RENAISSANCE - La dissolution, mais pas la responsabilité?

Gabriel Attal a déclaré cette semaine que la dissolution de 2024 avait « contribué à quasiment flinguer l'économie française », tout en évitant de citer directement Emmanuel Macron, pourtant celui qui avait décidé cette dissolution. Le patron de Renaissance poursuit ainsi son entreprise de prise de distance avec l'héritage macronien. Dans la grande famille présidentielle, on découvre donc une tradition nouvelle : lorsqu'une décision tourne mal, chacun cherche discrètement la sortie… sans oublier de garder les clés.

LES RÉPUBLICAINS - L'écologie, version sans punition

Bruno Retailleau défend désormais une approche de l'écologie fondée notamment sur le nucléaire, la géothermie, l'innovation et la réduction de certaines contraintes réglementaires, tout en dénonçant « l'écologie punitive ». Le virage est suffisamment marqué pour que l'on puisse se demander si les anciennes convictions environnementales ont simplement changé de bureau. Chez LR, même le climat semble devoir passer par la case dérégulation.

NOUVELLE ÉNERGIE - Trois campagnes pour un homme

David Lisnard, candidat à la présidentielle, prépare également le renouvellement de son mandat à la tête de l'Association des maires de France, après sa réélection à Cannes au premier tour. Nouvelle Énergie revendique par ailleurs une implantation croissante et prépare activement la campagne présidentielle. Le calendrier est chargé : municipales, AMF, présidentielle… À ce rythme, il faudra bientôt une permanence électorale par jour de la semaine.

RECONQUÊTE ! - Le retour de la rentrée… avec des fauteuils disponibles

Éric Zemmour a effectué sa rentrée politique au Port-Marly le 13 septembre, avec Sarah Knafo au premier plan et une campagne toujours centrée sur ses thèmes identitaires et migratoires. La scène politique française possède cette étrange propriété : certains partis parlent de conquête lorsqu'ils organisent une rentrée, d'autres de reconquête, et tous cherchent surtout à reconquérir leur propre électorat. Le Canard, lui, reconquiert chaque semaine sa plume.

RASSEMBLEMENT NATIONAL - Le logement entre dans la préférence nationale

Marine Le Pen a présenté le logement comme l'un des grands chantiers de son éventuel quinquennat, avec notamment la priorité nationale dans le logement social et la suppression de la loi SRU parmi les propositions avancées. Le RN poursuit donc la déclinaison de sa ligne sur les différents secteurs de la politique publique. Après la préférence nationale dans plusieurs domaines, le logement découvre à son tour qu'en politique immobilière, certaines portes ne s'ouvrent pas avec la même clé pour tout le monde.

PARTI SOCIALISTE - La primaire avait besoin d'un peu de… ménage

Le Bureau national du PS a suspendu provisoirement Philippe Brun et n'a pas ratifié sa candidature à la primaire, après avoir été informé de faits susceptibles de relever d'une qualification pénale ; l'intéressé conteste les accusations et annonce une plainte. Le PS se retrouve parallèlement avec plusieurs candidatures validées pour sa primaire d'octobre. Une primaire socialiste, c'est donc un peu comme une cuisine collective : beaucoup de candidats, plusieurs recettes et, cette semaine, un contrôle sanitaire particulièrement attentif.

LES ÉCOLOGISTES - Quand la mer monte, les propositions aussi

Les Écologistes ont présenté le 14 septembre leurs propositions consacrées aux littoraux, à l'érosion, à la montée des eaux et à la protection des écosystèmes côtiers. Le parti poursuit ainsi sa campagne autour des questions environnementales pendant que la gauche cherche encore ses équilibres électoraux. La mer monte, la température monte, la campagne monte : heureusement, les écologistes ont déjà prévu le livret pour expliquer pourquoi.

LA FRANCE INSOUMISE - Boycott, retour, re-boycott : la télévision sous conditions

Après avoir boycotté BFMTV, LFI a annoncé son retour sur les plateaux de la chaîne à la suite d'engagements obtenus concernant notamment les invitations et le traitement des informations, tout en maintenant son refus de participer à certaines émissions. La relation entre LFI et les médias ressemble désormais à un contrat de location avec clause de résiliation permanente. On revient sur le plateau, mais seulement si le plateau promet de bien se tenir.

LES ÉCOLOGISTES DU TRÈFLE - L'écologie cherche aussi son côté droit 

Le Trèfle participe, avec Pour la France, l'Animal et la Nature et France Écologie, à l'alliance « La France Naturellement », qui entend structurer une écologie compatible avec la droite, le centre et les indépendants. Une stratégie qui entend rappeler que l'écologie n'a pas nécessairement besoin d'un bulletin de naissance à gauche. Voilà donc les arbres qui découvrent une chose étonnante : ils peuvent pousser des deux côtés du chemin.

POUR LA FRANCE, L'ANIMAL ET LA NATURE - Nouveau nom, même Vivant 

Les Universalistes ont officiellement changé de nom en juillet pour devenir « Pour la France, l'Animal et la Nature », revendiquant une ligne associant France, protection animale, nature, laïcité et universalisme républicain. Le parti poursuit également son travail au sein de « La France Naturellement ». Après trente ans d'évolution des appellations, le Canard constate qu'en politique aussi, il arrive qu'un parti change de nom pour mieux expliquer ce qu'il voulait déjà dire.

FRANCE ÉCOLOGIE - L'écologie veut sortir des cases

France Écologie figure parmi les composantes de « La France Naturellement », alliance qui revendique une écologie sans dogmatisme et au-delà des clivages traditionnels. Une ambition particulièrement audacieuse dans un paysage où chaque famille politique possède déjà sa propre définition de l'écologie, généralement accompagnée d'une notice d'utilisation. Le climat, lui, continue heureusement de se moquer des étiquettes.

EELV Un sigle qui refuse de mourir

Le parti appartient désormais à l'histoire récente du mouvement écologiste, officiellement devenu « Les Écologistes », tandis que Marine Tondelier poursuit sa candidature et son travail programmatique dans la perspective de 2027. Le changement de nom n'a évidemment pas supprimé les débats internes sur les alliances à gauche. Moralité : on peut changer de sigle, pas forcément de problèmes.

LE THÉÂTRE POLITIQUE DE LA SEMAINE

La semaine aura surtout confirmé une chose : 2027 est déjà dans toutes les têtes, alors que 2026 n'a pas encore fini de présenter l'addition. À droite et au centre, Édouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau poursuivent chacun leur trajectoire présidentielle, tandis que David Lisnard développe sa propre offre politique. À gauche, la primaire sociale-démocrate organisée en octobre rassemble plusieurs candidatures tandis que LFI poursuit une stratégie distincte. Dans les coulisses, chacun prétend parler du pays ; sur scène, chacun parle déjà de 2027. Le décor change, les acteurs aussi, mais le spectacle reste étonnamment fidèle à lui-même : un pays confronté au budget, au climat, à l'insécurité économique et aux fractures sociales, pendant que les partis calculent leurs places sur l'affiche.

LA PHRASE QUI MÉRITAIT UNE PLUME

« La dissolution a contribué à quasiment flinguer l'économie française. » — Gabriel Attal, 16 septembre 2026. Une phrase remarquable, non seulement par sa franchise, mais par sa délicate construction politique : ne pas prononcer le nom de celui qui a pris la décision tout en expliquant les conséquences de sa décision. En politique française, il existe parfois une forme supérieure de diplomatie : viser la cible sans jamais sortir le pistolet.

LE COUP DE BEC FINAL

Cette semaine, le pouvoir cherche 30 milliards, les candidats cherchent des électeurs, les partis cherchent une ligne, les alliances cherchent un sens et les responsables cherchent parfois l'auteur des décisions qu'ils défendaient hier. Bref, la France cherche toujours la sortie… mais, à force de préparer 2027, la classe politique semble surtout avoir déjà réservé sa place dans la salle d'attente

LA FORMULE DU CANARD

« En politique française, le plus difficile n'est jamais de changer de cap : c'est de retrouver, après le virage, celui qu'on prétendait suivre depuis le début. »

À l'approche de 2027, la rentrée politique ressemble déjà à une vaste répétition générale : ambitions déclarées, alliances fragiles, petites phrases et grandes contradictions. Du pouvoir aux oppositions, chacun affûte ses arguments tout en surveillant le voisin, parfois davantage que l'électeur....
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