Les dents du canard - 09 septembre 2026

09/09/2026

Par : Gilbert Villeneuve

À l'approche de 2027, la rentrée politique ressemble déjà à une vaste répétition générale : ambitions déclarées, alliances fragiles, petites phrases et grandes contradictions. Du pouvoir aux oppositions, chacun affûte ses arguments tout en surveillant le voisin, parfois davantage que l'électeur. À gauche comme à droite, l'unité se proclame, la division s'organise et les candidatures se bousculent. Les Dents du Canard sortent leur bec : cette semaine encore, la politique française offre quelques belles occasions de sourire… et beaucoup de raisons de grincer.

LE POUVOIR EN PLACE

Le gouvernement cherche encore la bonne formule. À Matignon, le gouvernement Lecornu poursuit sa délicate recherche du compromis budgétaire. Une mission qui consiste, paraît-il, à réduire les dépenses sans fâcher personne. Autrement dit : demander à la politique de faire des économies tout en conservant son budget de promesses. Le déficit, lui, ne semble pas avoir reçu la consigne de participer à l'effort national.

L'exécutif et l'art du funambule

La majorité doit désormais composer avec une Assemblée fragmentée et une présidentielle qui approche à grands pas. Chacun regarde 2027 en prétendant regarder 2026. À ce rythme, le calendrier électoral pourrait bientôt demander un droit de réponse.

Macron regarde, les autres courent

Emmanuel Macron demeure à l'Élysée, mais autour de lui les prétendants à sa succession multiplient déjà les échauffements. Gabriel Attal, Édouard Philippe, David Lisnard et les autres installent progressivement leurs chapiteaux. Le spectacle commence avant même que le rideau ne soit levé.

LES PARTIS PASSÉS AU BEC DU CANARD

Renaissance

Gabriel Attal a profité de la Braderie de Lille pour attaquer le RN sur sa position concernant l'aide à l'Ukraine et rappeler que la victoire contre Marine Le Pen nécessiterait « un vrai projet et une vraie union ». Renaissance découvre donc une vérité éternelle : pour gagner contre son adversaire, il faut être uni, avoir un projet et surtout convaincre les Français que la maison politique n'est pas déjà en travaux. Chez les macronistes, on cherche encore l'alternative à l'alternance.

Les Républicains

Chez LR, la présidentielle s'installe déjà dans les agendas : Bruno Retailleau affiche ses ambitions, tandis que le parti organise ses rentrées et prépare la bataille de 2027.

Le problème reste classique : plusieurs prétendants peuvent parfaitement partager les mêmes idées, à condition de ne surtout pas partager la même candidature.

À droite, l'unité avance — chacun dans sa direction.

Rassemblement national...

... a vécu une semaine particulièrement animée : Louis Alliot a évoqué la fin de l'aide française à l'Ukraine, tandis que Jordan Bardella a voulu préciser que le parti soutenait l'Ukraine mais refusait de financer la guerre « ad vitam aeternam ». Bardella a également signé avec Nigel Farage un protocole sur l'immigration au Royaume-Uni. Voilà donc le RN confronté au délicat exercice de la clarification : expliquer que couper le robinet ne signifie pas forcément fermer le robinet. Même le plombier électoral commence à demander le mode d'emploi.

Parti socialiste

Olivier Faure continue de pousser l'idée d'une primaire élargie à gauche. Mais Raphaël Glucksmann lui rappelle que les règles de la primaire socialiste ont déjà été arrêtées. Au PS, l'unité commence donc par une discussion sur la manière de discuter de l'unité. La gauche ne manque pas d'idées : elle manque surtout d'une salle assez grande pour les réunir.

Les Écologistes; Marine Tondelier poursuit sa campagne présidentielle tout en appelant à discuter avec les autres forces de gauche. À Lille, elle a une nouvelle fois attaqué le RN sur ses positions concernant

Russie et Ukraine.

Les Écologistes veulent donc être autonomes, mais souhaitent discuter avec tout le monde. Une subtile nuance entre indépendance politique et recherche de partenaires.

L'écologie avance seule, mais avec une liste d'invités.

La France insoumise

Jean-Luc Mélenchon a profité de la Braderie de Lille pour dérouler son programme : blocage des prix, blocage des loyers, hausse du SMIC, cantine gratuite et proposition d'annulation d'une partie de la dette détenue par la BCE. Chez les Insoumis, la campagne présidentielle ressemble déjà à un catalogue : il suffit de tourner les pages pour découvrir une nouvelle dépense.

Mais la vraie préoccupation du moment reste ailleurs : les équipes doivent aussi réunir les 500 parrainages nécessaires à la candidature. La révolution attendra donc quelques signatures.

Les Écologistes du Trèfle

Le Trèfle continue de défendre une écologie qui entend associer l'Homme, la nature et les animaux, avec une approche plus indépendante des grands blocs traditionnels.

Dans une campagne où chaque formation cherche sa place entre écologie, souveraineté, protection du vivant et sécurité, le petit courant écologiste peut au moins revendiquer une particularité : ne pas attendre que les grandes formations lui expliquent ce qu'il devrait penser. Au royaume des grandes feuilles, le trèfle continue de pousser sans demander la permission au jardinier.

Pour la France, l'animal et la nature ( Les Universalistes)

Les Universalistes demeurent inscrits dans cette famille politique qui tente de défendre une écologie moins enfermée dans les catégories traditionnelles de la gauche et de la droite.

Un positionnement qui rappelle une évidence parfois oubliée : la protection de l'animal et de la nature ne possède pas nécessairement une carte d'adhérent.

La planète, elle, n'a toujours pas choisi son camp électoral.

France Écologie

France Écologie revendique une ligne d'écologie de prospérité et de souveraineté. Le mouvement a notamment annoncé en avril l'arrivée de Philippe Bouriachi, conseiller régional d'Île-de-France et conseiller municipal d'Orly. Une écologie qui entend donc parler environnement, mais aussi sécurité, énergie, alimentation et puissance nationale. Même les écolos commencent à découvrir que les arbres ont besoin d'un État pour les protéger.

EELV ou plutôt Les Écologistes

Le parti appartient désormais au musée des anciennes appellations : depuis 2023, le parti porte officiellement le nom Les Écologistes. Mais les vieilles habitudes ont la vie dure. Changer de nom, c'est parfois la manière politique la plus économique de donner l'impression qu'on change de stratégie.

Nouvelle Énergie

David Lisnard a franchi le cap annoncé des 500 promesses de parrainage pour 2027. Il réclame une compétition à droite et affirme vouloir « éliminer les macronistes » avant le premier tour.

Le maire de Cannes veut donc une primaire, une compétition et surtout pas d'arrangement avec les macronistes. À droite, David Lisnard propose une grande course ; reste maintenant à convaincre les coureurs de ne pas partir tous en même temps.

Reconquête

Éric Zemmour continue de défendre sa ligne souverainiste et identitaire dans une présidentielle où le RN occupe désormais une grande partie de l'espace électoral situé à droite de la droite.

Le défi est considérable : exister face à un concurrent devenu beaucoup plus puissant sans renoncer à ce qui constitue précisément son identité politique. En politique, le plus difficile n'est parfois pas de prendre la droite : c'est de trouver une place quand quelqu'un l'a déjà garée devant.

Polony

Natacha Polony n'est pas un parti, mais sa parole occupe une place particulière dans le débat public : celle d'une observatrice qui entend régulièrement bousculer les catégories politiques convenues. Dans une campagne où chacun cherche déjà à classer tout le monde, cette indépendance intellectuelle devient presque une anomalie. Dans le théâtre politique, il faut parfois remercier ceux qui refusent de jouer le rôle qu'on leur a distribué.

Lutte ouvrière

Lutte ouvrière, avec Nathalie Arthaud, poursuit déjà sa campagne présidentielle autour d'un axe parfaitement identifiable : le camp des travailleurs contre le patronat et le Medef. Le parti dénonce notamment les candidats venus présenter leurs projets au Medef lors du débat présidentiel organisé fin août.

Au moins, à Lutte ouvrière, la ligne politique ne nécessite pas de GPS : elle part du monde du travail et refuse obstinément de prendre la sortie vers le compromis.

La révolution reste programmée ; elle attend seulement que les travailleurs prennent leur pause déjeuner.

LE THÉÂTRE POLITIQUE DE LA SEMAINE

Cette semaine, la scène politique française a offert un spectacle presque parfaitement réglé.

À gauche, on parle d'union en organisant des primaires. Au centre, on parle d'un projet en cherchant encore le candidat. À droite, on parle d'unité en organisant la compétition.

Au RN, on parle de dédiabolisation tout en provoquant de nouvelles polémiques.

Chez les écologistes, on veut l'autonomie tout en discutant avec tout le monde. Et pendant ce temps, les Français regardent le spectacle avec cette question assez peu théorique : qui paiera l'addition ?

LA PHRASE QUI MÉRITAIT UNE PLUME

Cette semaine, la palme revient à David Lisnard et son appel à une compétition à droite avant le premier tour. Une proposition parfaitement cohérente avec la vieille tradition politique française : pour gagner ensemble, commençons par nous affronter séparément.

LE COUP DE BEC FINAL

La présidentielle de 2027 approche.

Les candidats se déclarent, les partis se divisent, les primaires se préparent, les alliances se négocient, les parrainages se comptent et les sondages commencent déjà à distribuer les rôles.

Bref, la France n'a pas encore choisi son prochain président, mais la classe politique, elle, semble déjà avoir choisi son activité préférée : se demander qui sera candidat à sa place.

Les Dents du Canard reviendront la semaine prochaine, avec le bec affûté et, si possible, quelques plumes de moins dans les appareils politiques.

À peine les vacances terminées, la classe politique française a déjà repris ses petites querelles et ses grandes ambitions. À droite, à gauche, au centre comme aux extrêmes, chacun cherche sa place, son candidat et surtout son avenir. Les alliances se dessinent, les rivalités s'aiguisent, les promesses ressortent des tiroirs...
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