Les dents du canard - 02 septembre 2026

02/09/2026

Par : Gilbert Villeneuve

À peine les vacances terminées, la classe politique française a déjà repris ses petites querelles et ses grandes ambitions. À droite, à gauche, au centre comme aux extrêmes, chacun cherche sa place, son candidat et surtout son avenir. Les alliances se dessinent, les rivalités s'aiguisent, les promesses ressortent des tiroirs. Pendant ce temps, les Français regardent ce grand théâtre avec parfois plus d'ironie que les acteurs eux-mêmes. Le Canard, lui, sort son bec, affûte ses plumes… et croque sans anesthésie.

La rentrée, cette vieille habitude gouvernementale
Septembre revient, avec ses cartables, ses déficits et ses promesses de redressement. Le gouvernement regarde le budget 2027 comme on regarde une addition au restaurant après un très long repas. On parle économies, maîtrise des dépenses, responsabilité… Le Canard conseille simplement de vérifier qui prendra l'addition.

L'unité nationale cherche encore son adresse
À neuf mois de la présidentielle, le centre cherche toujours la formule magique capable de réunir ses candidats.
Philippe, Attal et les autres veulent chacun incarner l'avenir, tout en expliquant que l'avenir ne saurait évidemment ressembler au passé. Le problème : pour changer de cap, encore faudrait-il savoir qui tient la barre. À force de chercher le capitaine, le bateau risque surtout de devenir une réunion de copropriété.

La politique entre en pré-campagne
La présidentielle de 2027 occupe déjà les esprits, alors que les Français viennent à peine de ranger leurs valises.
Les candidats parlent programme, rassemblement, rupture et renouveau parfois dans la même phrase. Le pays demande des solutions, les partis préparent des scénarios. La France attend l'avenir, les politiques attendent surtout le bon créneau télévisé.

LES PARTIS PASSÉS AU BEC DU CANARD

RENAISSANCE LE PARTI QUI CHERCHE SON APRÈS-MACRON

Renaissance continue de naviguer dans l'ombre de la succession présidentielle. Édouard Philippe et Gabriel Attal tentent chacun de construire leur propre trajectoire, sans pouvoir totalement échapper au bilan du macronisme. Même Élisabeth Borne a pris ses distances avec la direction du parti, expliquant ne pas se retrouver complètement dans sa ligne. Renaissance découvre ainsi une loi politique élémentaire : quand le chef part, le flou reste parfois en héritage.

LES RÉPUBLICAINS LE PARTI QUI FAIT DU PARTI

Bruno Retailleau avance comme candidat présidentiel tandis que Laurent Wauquiez continue de représenter une autre sensibilité de la droite. La rivalité entre les deux hommes a déjà été décrite comme une véritable guerre des chefs. Et pendant que chacun cherche la meilleure place sur la photo de famille, la famille cherche surtout à savoir qui possède l'appareil photo. Chez LR, le rassemblement commence donc par un exercice délicat : se mettre d'accord sur qui doit rassembler.

RASSEMBLEMENT NATIONAL, LE DUO QUI N'AIME PAS LES DOUBLURES

Marine Le Pen reprend la main sur plusieurs sujets programmatiques, tandis que Jordan Bardella poursuit sa propre préparation présidentielle. Les divergences apparues notamment sur les retraites et le voile ont alimenté les interrogations sur la ligne du RN. Deux personnalités, deux ambitions, une seule machine électorale : cela promet quelques réunions de famille. Au RN, la question n'est plus seulement de savoir qui gagnera 2027, mais qui décidera de la partition.

PARTI SOCIALISTE, LA PRIMAIRE, CETTE GRANDE TRADITION FRANÇAISE

Le PS a officiellement arrêté avec Place publique les modalités d'une primaire de la gauche social-démocrate, prévue en octobre. Le parti veut donc choisir son candidat en organisant… une compétition entre candidats. Une méthode parfaitement socialiste : pour retrouver l'unité, commençons par nous départager. La primaire promet déjà une chose : au soir du second tour, quelqu'un aura gagné et plusieurs auront expliqué pourquoi ils avaient raison.

LES ÉCOLOGISTES, LE VERT EN AUTONOMIE SURVEILLÉE

Marine Tondelier pousse sa candidature présidentielle tout en appelant socialistes et insoumis à ne pas partir chacun de leur côté. Le parti défend parallèlement un programme ambitieux de transformation écologique et institutionnelle. Le paradoxe mérite une plume : candidature autonome, mais appel à l'union. Chez les écologistes, on voudrait donc marcher seul, à condition que les autres suivent.

FRANCE INSOUMISE : MÉLENCHON, TOUJOURS AU PREMIER PLAN

Jean-Luc Mélenchon a choisi l'écologie comme l'un des grands axes de sa rentrée, avec notamment l'idée d'une « conscription écologique ». Quelques jours auparavant, sa proposition d'annuler une partie de la dette détenue par la Banque de France et appartenant à la BCE avait déclenché une vive polémique. Chez LFI, l'art du débat consiste décidément à lancer une proposition suffisamment explosive pour que tout le monde en parle. Mélenchon ne chasse pas seulement les voix : il chasse aussi le silence médiatique.

LE TRÈFLE : LE PETIT CANARD QUI NE FAIT PAS LA QUEUE

Dans la grande foire présidentielle, Le Trèfle cultive une différence fondamentale : une ligne écologiste qui entend dépasser le traditionnel clivage gauche-droite. Mais cette semaine, aucune initiative nationale suffisamment documentée ne permet au Canard de transformer la loupe en longue-vue. Pas de polémique, pas de petite phrase, pas de guerre interne repérée : le calme, dans la politique française, mérite presque une médaille. Le Trèfle pourrait finalement découvrir une arme redoutable : ne pas faire autant de bruit que les autres.

POUR LA FRANCE, L'ANIMAL ET LA NATURE LE BEC À L'ÉCOUTE

La défense de l'animal et de la nature reste un créneau politique particulièrement encombré, surtout depuis que presque tous les partis ont découvert les vertus électorales de l'écologie. Pour les petites formations spécialisées, la difficulté consiste désormais à rappeler que l'écologie ne se résume pas à une couleur de logo et que l'animal ne constitue pas seulement un argument de campagne. Le Canard surveille donc les propositions plutôt que les slogans. Dans la basse-cour politique, beaucoup caquettent sur le vivant. Reste à savoir qui construira le poulailler.

FRANCE ÉCOLOGIE OU L'ÉCOLOGIE QUI REFUSE LA CASE

France Écologie s'était notamment illustrée lors des municipales de 2026 par le soutien à des candidats venus de sensibilités très différentes, dont David Lisnard à Cannes et Rachida Dati à Paris. Une stratégie qui tranche avec les réflexes traditionnels des formations écologistes. Ici, l'écologie semble davantage chercher des alliances de terrain qu'un abonnement automatique au même camp. France Écologie rappelle ainsi qu'un arbre pousse rarement en demandant la carte du parti du jardinier.

EELV, LE FANTÔME QUI CHANGE DE NOM

ce parti appartient désormais surtout à l'histoire récente du mouvement écologiste, devenu officiellement « Les Écologistes ». Mais dans les conversations politiques, les vieilles appellations survivent souvent mieux que les anciennes lignes idéologiques. On change le nom, le logo, parfois les alliances — puis quelqu'un ressort toujours l'ancien sigle. En politique française, même les partis disparus bénéficient parfois d'une seconde vie : celle des habitudes.

LE THÉÂTRE POLITIQUE DE LA SEMAINE

Cette rentrée 2026 ressemble déjà à une répétition générale de 2027. Au centre, chacun cherche le candidat capable d'unir sans s'effacer. À droite, les chefs cherchent leur territoire. À gauche, on discute encore de la meilleure manière de ne pas partir divisés. Aux extrêmes, Le Pen et Mélenchon occupent une grande partie de l'espace médiatique. Et pendant ce temps, les Français regardent la scène avec cette question assez simple : qui parle de leur quotidien pendant que tout le monde prépare déjà l'élection suivante ?

LA PHRASE QUI MÉRITAIT UNE PLUME

« Nous n'avons pas le droit de perdre chacun de notre côté une élection que nous pouvons gagner ensemble. » Marine Tondelier, lors des Journées d'été des Écologistes, le 21 août. Une phrase qui pourrait presque servir de devise à la moitié de la classe politique française.

LE COUP DE BEC FINAL

Septembre commence à peine et 2027 occupe déjà toute la table. Les uns cherchent leur candidat, les autres leur alliance, certains leur ligne politique et quelques-uns cherchent encore leur parti. Moralité du Canard : en France, la campagne présidentielle commence toujours longtemps avant que les électeurs aient commencé à la demander.

« La politique croquée sans anesthésie » À quelques mois de la présidentielle, les états-majors politiques commencent déjà à sortir les couteaux… et les calculettes. Entre ambitions personnelles, alliances improbables, changements de cap et promesses soigneusement emballées, chacun avance ses pions sans toujours regarder les contradictions.
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