Les dents du canard - 26 Août 2026
Par : Gilbert Villeneuve
« La politique croquée sans anesthésie » À quelques mois de la présidentielle, les états-majors politiques commencent déjà à sortir les couteaux… et les calculettes. Entre ambitions personnelles, alliances improbables, changements de cap et promesses soigneusement emballées, chacun avance ses pions sans toujours regarder les contradictions. De Renaissance au RN, de la gauche aux écologistes, personne n'échappe cette semaine au coup de bec du Canard. Une chronique sans anesthésie, mais avec quelques plumes bien aiguisées. Le pouvoir en place
Le bal des héritiers
À huit mois de la présidentielle, le camp présidentiel ressemble de moins en moins à une majorité et de plus en plus à une salle d'attente où chacun surveille la porte. Gabriel Attal et Édouard Philippe avancent chacun leur pion, tandis que Sébastien Lecornu apparaît désormais dans les spéculations comme une autre carte possible.
À force de chercher le successeur de Macron, la majorité donne surtout l'impression d'avoir déjà rangé le président dans les archives.
Le pouvoir n'a pas encore changé de mains, mais les poignées de porte circulent déjà.
Le budget, cette vieille connaissance
Le gouvernement devra bientôt affronter le casse-tête budgétaire de 2027, avec des finances publiques qui imposent des choix difficiles. Sébastien Lecornu avait déjà demandé à ses ministres de revoir leurs demandes, rappelant que si tout devient prioritaire, plus rien ne l'est.
Une découverte révolutionnaire à Matignon : l'argent dépensé disparaît.
On attend maintenant le ministre chargé de retrouver les milliards égarés.
L'été climatique, version politique
La France sort d'un été marqué par les incendies, la chaleur et les épisodes extrêmes, tandis que la réponse politique reste beaucoup plus fragmentée que le thermomètre. Les critiques se multiplient sur le décalage entre l'ampleur des risques climatiques et la place occupée par l'adaptation dans le débat politique. Le climat brûle, les forêts brûlent, mais la campagne présidentielle, elle, préfère encore mijoter à feu doux.
En politique française, même les incendies doivent attendre le prochain sondage.
Les partis passés au bec du Canard
Renaissance / majorité présidentielle
Gabriel Attal entend naturellement défendre l'héritage présidentiel tandis qu'Édouard Philippe cherche à construire sa propre trajectoire pour 2027. Le débat sur le candidat capable de rassembler le centre tourne donc déjà à la compétition entre héritiers.
Le problème, c'est qu'un héritage politique supporte rarement plusieurs héritiers concurrents.
À Renaissance, on ne cherche plus seulement le candidat : on cherche celui qui héritera du trousseau de clés.
Les Républicains
Bruno Retailleau a été choisi comme candidat des Républicains pour 2027, mais la question des relations avec le centre et avec le Rassemblement national continue de peser sur la stratégie de la droite. LR voudrait retrouver une place centrale, mais découvre que le centre a déménagé et que le RN a installé ses meubles dans le couloir.
La droite cherche encore son chemin ; malheureusement, le GPS électoral indique plusieurs destinations.
Rassemblement national
Le RN prépare déjà son prochain grand rendez-vous avec son congrès des 24 et 25 octobre à Orléans, qui comprendra notamment l'élection de la direction du mouvement et un grand meeting consacré à la présidentielle.
Pendant que les autres formations discutent encore de leurs alliances, le RN prépare soigneusement la scène.
Au Rassemblement national, même le congrès ressemble déjà à une répétition générale.
Parti socialiste
Raphaël Glucksmann devrait officialiser sa candidature à la présidentielle et passer par la primaire envisagée avec le Parti socialiste et ses alliés.
La gauche sociale-démocrate veut donc choisir son candidat pour éviter la dispersion, tout en multipliant les candidatures qui rendent précisément cette dispersion possible.
La primaire socialiste : la meilleure façon connue de chercher l'unité à plusieurs.
Les Écologistes Chez Les Écologistes, la présidentielle se joue aussi sur la relation avec La France insoumise. Marine Tondelier et plusieurs responsables écologistes défendent l'idée d'une union plus large plutôt qu'un simple ralliement à LFI.
Le climat devrait pourtant constituer un terrain naturel de rassemblement ; il devient un nouveau champ de bataille électoral.
Même les écolos découvrent que le vert possède plusieurs nuances : surtout quand il s'agit de négocier une place sur une affiche.
La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a lancé sa campagne présidentielle très en amont, en cherchant à se présenter comme le candidat capable d'incarner la gauche au premier tour. Mais les études et analyses disponibles soulignent une gauche profondément divisée et une stratégie du « vote utile » plus difficile à reproduire qu'en 2022. Mélenchon veut rassembler derrière lui ; ses partenaires potentiels cherchent surtout à ne pas disparaître derrière lui.
À LFI, l'union de la gauche commence généralement par une invitation… et finit souvent par une négociation de chaise.
Les écologistes du Trèfle Le Trèfle met désormais en avant quatre priorités pour 2027 : protéger les Français, garantir la souveraineté nationale, préparer l'avenir et préserver le vivant. Une écologie qui refuse de choisir entre sécurité, souveraineté, innovation et environnement : forcément, dans le paysage politique actuel, cela ressemble presque à une provocation.
Le Trèfle rappelle ainsi qu'en politique aussi, il existe des feuilles qui poussent hors des plates-bandes.
Pour la France, l'Animal et la Nature ex-Universalistes ont changé de nom en juillet 2026 pour devenir Pour la France, l'Animal et la Nature, avec une ligne revendiquant simultanément la défense de la France, de l'Animal et de la Nature. Le parti revendique également une alliance avec le Trèfle et France Écologie au sein de La France Naturellement. Le changement de nom paraît long ; le programme, lui, tient en trois mots : France, animal, nature.
À l'heure où certains partis cherchent encore leur identité, celui-ci a simplement décidé de l'écrire sur la devanture.
France Écologie
France Écologie continue de défendre une écologie présentée comme réaliste, innovante, humaniste et compatible avec la prospérité, tout en revendiquant une approche de souveraineté. Le mouvement s'est également engagé dans les municipales de 2026 aux côtés de candidats issus de sensibilités diverses.
Une écologie qui refuse la décroissance et préfère parler d'innovation, de proximité et de prospérité : voilà qui trouble quelque peu les tiroirs habituels du débat.
Chez France Écologie, on voudrait sauver la planète sans mettre l'économie au piquet : un concept qui mérite au moins une médaille pour tentative originale.
Le théâtre politique de la semaine
La présidentielle de 2027 commence à produire son spectacle avant même l'ouverture officielle du rideau. Au centre, les héritiers du macronisme se regardent en chiens de faïence. À droite, LR tente de préserver son espace pendant que le RN consolide le sien. À gauche, socialistes, écologistes et insoumis parlent d'union tout en conservant soigneusement leurs propres agendas.
Et pendant que les états-majors calculent les alliances, les électeurs regardent surtout si quelqu'un parle encore de leurs problèmes.
La campagne n'a pas commencé, mais les candidats, eux, ont déjà commencé à se compter.
La phrase qui méritait une plume
« Si tout est prioritaire, rien ne l'est. »
La formule attribuée à Sébastien Lecornu dans sa lettre de cadrage budgétaire possède au moins une vertu : elle pourrait servir de slogan à la moitié des programmes électoraux français.
On pourrait même la graver au fronton de l'Assemblée nationale.
Juste sous une autre inscription : « Si tout le monde veut gouverner, qui va payer ? »
Le coup de bec final
Cette semaine encore, la politique française a démontré son talent favori : préparer 2027 en oubliant presque de terminer 2026. Les uns cherchent leur candidat, les autres leur alliance, certains leur héritier et quelques-uns encore leur électorat.
Pendant ce temps, les Français attendent.
La politique française ressemble décidément à un canard qui court après son avenir : beaucoup de battements d'ailes, beaucoup de bruit… et toujours personne pour demander où va l'étang.
Formule de la semaine :
« À force de préparer l'élection suivante, nos politiques finiront peut-être par découvrir qu'il fallait aussi gouverner celle-ci. »
À l'approche de 2027, la rentrée politique française ressemble déjà à une vaste partie d'échecs : candidats potentiels, alliances improbables, rivalités internes, petites phrases et grandes ambitions. Pendant que les Français profitent encore de l'été, les états-majors affûtent leurs stratégies.


