Macron au 20 heures, voici ce que les Français ont réellement retenu de son intervention

25/09/2026

Par : Emilien Lacaze

Face à la flambée des prix du carburant, aux tensions internationales et à la menace russe, Emmanuel Macron voulait expliquer, rassurer et démontrer que l'État agit. Mais derrière les annonces et les explications présidentielles, une question demeure : qu'ont réellement ressenti les Français devant leur écran ? Entre inquiétude, lassitude, demande de concret et sentiment d'impuissance, cette intervention télévisée révèle surtout un décalage entre le temps de la politique et celui du quotidien.

Une intervention très attendue dans une France sous tension

Il y avait, jeudi soir, deux Emmanuel Macron devant les Français. Celui de la scène internationale, revenu de New York après l'Assemblée générale des Nations unies, préoccupé par la Russie, le Moyen-Orient et les menaces qui pèsent sur l'Europe ; et celui du quotidien, confronté à une France qui regarde davantage le prix affiché à la pompe que les équilibres géopolitiques internationaux. L'entretien diffusé simultanément sur TF1 et France 2 intervenait dans un contexte particulièrement tendu. Le gazole évolue autour de 2,40 euros le litre, tandis que l'exécutif tente de répondre à une colère alimentée par la hausse du coût de la vie. L'AFP présentait d'ailleurs avant l'émission les carburants et la menace russe comme les deux grands axes de l'intervention. Le président voulait donc expliquer les causes d'une crise largement extérieure à la France et présenter les moyens dont dispose encore le pays pour en limiter les conséquences. Mais c'est précisément là que se situe le premier paradoxe de la soirée : les Français peuvent comprendre les explications sans nécessairement se sentir rassurés par elles.

Comprendre la crise ne suffit plus

Depuis plusieurs semaines, le gouvernement explique que la hausse du carburant résulte largement des tensions internationales, notamment de la situation au Moyen-Orient et des perturbations énergétiques. Emmanuel Macron a repris cette logique jeudi soir, en insistant sur la nécessité d'agir sur les causes plutôt que de se contenter de compenser indéfiniment leurs effets. Sur le papier, le raisonnement se tient : si les prix peuvent être ramenés à la baisse par l'action diplomatique, énergétique et européenne, une diminution durable des taxes n'est pas nécessairement le premier levier à utiliser. Mais le téléspectateur qui doit prendre sa voiture pour travailler, accompagner un proche, faire ses courses ou simplement vivre loin des transports collectifs ne raisonne pas en termes de marchés énergétiques internationaux Il raisonne en euros. « Combien cela va-t-il me coûter demain ? » C'est probablement cette question très simple qui domine le ressenti d'une partie du public. Avant l'intervention, une enquête relayée par BFMTV indiquait que 70 % des personnes interrogées souhaitaient une baisse des taxes sur les carburants, même au prix d'une aggravation du déficit, tandis qu'une proportion importante estimait au contraire que les finances publiques devaient rester prioritaires. Ce résultat illustre une opinion loin d'être homogène : les Français peuvent simultanément réclamer une protection immédiate du pouvoir d'achat et être conscients de l'état préoccupant des comptes publics.

Le sentiment d'une France qui paie toujours

C'est probablement le deuxième élément important du ressenti. Depuis plusieurs années, les Français ont été confrontés successivement à l'inflation, à la crise énergétique, à la hausse des dépenses contraintes et aux interrogations sur les retraites, les impôts et les services publics. La hausse actuelle du carburant vient donc s'ajouter à une accumulation. Pour beaucoup, le problème n'est pas uniquement le prix du gazole ou de l'essence. C'est le sentiment que chaque nouvelle crise arrive sur un terrain déjà fragilisé. Le discours présidentiel peut alors être reçu de deux manières. Certains peuvent y voir une explication nécessaire : le président expose les contraintes auxquelles la France doit faire face et rappelle que toutes les solutions ne sont pas immédiatement disponibles. D'autres peuvent entendre surtout un nouveau catalogue de contraintes : la guerre, la Russie, le pétrole, les marchés, la dette, le déficit. Et derrière cette différence d'interprétation se trouve une attente très française : l'État doit-il expliquer pourquoi il ne peut pas agir, ou montrer ce qu'il peut faire immédiatement ?

La Russie : une inquiétude supplémentaire

L'autre grande partie de l'intervention concernait la menace russe. Emmanuel Macron a voulu distinguer les faits des informations alarmistes, notamment en démentant que les services français aient été prévenus d'une attaque imminente de drones russes contre la France. Il a toutefois insisté sur l'existence d'attaques hybrides et d'actes hostiles attribués à Moscou contre des pays européens. Cette séquence peut produire un sentiment ambivalent.

D'un côté, une partie du public peut apprécier qu'un président explique clairement les risques auxquels le pays doit se préparer.

De l'autre, dans une France déjà préoccupée par son pouvoir d'achat, parler de guerre, de drones, de cyberattaques et de menaces contre l'Europe peut renforcer une impression d'inquiétude générale.

Le Français qui regarde le journal télévisé ne sépare pas nécessairement la géopolitique de son quotidien. Il peut avoir le sentiment que tout devient simultanément incertain : le prix de l'essence, celui de l'électricité, l'économie, la sécurité, les relations internationales. La question n'est alors plus seulement : « Le président a-t-il bien expliqué la situation ? » Elle devient : « Où allons-nous ? »

Une parole présidentielle qui cherche à reprendre la main

Cette intervention avait aussi une dimension politique évidente, même si Emmanuel Macron n'était pas là pour faire campagne. À sept mois de la présidentielle, le chef de l'État cherche à conserver une capacité d'action et à montrer que la France dispose encore de leviers. Le Monde relève d'ailleurs que cette prise de parole introduit fortement les crises internationales dans le débat politique français et que certains responsables politiques accusent le président d'en faire un usage politique. Ces interprétations appartiennent aux acteurs concernés et ne constituent pas une mesure du ressenti général des Français. Le pari présidentiel est donc clair : montrer que les difficultés françaises ne peuvent pas être isolées du bouleversement du monde. Mais ce pari comporte un risque de réception. Plus le président parle du monde, plus certains Français peuvent avoir le sentiment qu'il s'éloigne de leur quotidien. Et plus il parle du quotidien, plus il doit apporter des réponses immédiatement vérifiables.

Entre confiance, lassitude et attente de concret

Il serait cependant excessif de prétendre que « les Français » ont tous ressenti la même chose devant cette intervention. Il n'existe, à ce stade, aucune mesure post-interview suffisamment représentative permettant d'affirmer que l'opinion a massivement basculé dans un sens ou dans l'autre. Les réactions politiques immédiatement publiées sont, elles, très critiques, mais elles reflètent d'abord les positions des oppositions et ne doivent pas être confondues avec une mesure de l'opinion publique. Ce que l'on peut raisonnablement identifier, en revanche, c'est une attente.

Les Français veulent des résultats visibles.

Ils peuvent entendre que le gouvernement ne contrôle ni le prix mondial du pétrole, ni la situation au Moyen-Orient, ni les décisions de Moscou. Ils peuvent également comprendre que la France possède une dette importante et que chaque dépense nouvelle doit être financée. Mais cette compréhension ne supprime pas leur besoin de protection. C'est là que se situe probablement le cœur du ressenti : une demande de concret face à un discours essentiellement explicatif.

Le président parle du temps long, les Français regardent demain matin

C'est peut-être finalement l'image la plus révélatrice de cette soirée. Emmanuel Macron raisonne à l'échelle des semaines, des mois, des négociations internationales, des stocks énergétiques, de la diplomatie européenne et de la sécurité du continent. Une partie des Français raisonne à l'échelle de demain matin. Demain, il faudra remettre de l'essence dans la voiture. Payer les courses. Régler les factures. Aller travailler. Faire face aux dépenses habituelles. Entre ces deux temporalités se trouve toute la difficulté de l'intervention présidentielle. Le chef de l'État a voulu expliquer pourquoi la France traverse une période exceptionnelle. Les Français, eux, attendent surtout de savoir comment ils vont pouvoir la traverser. C'est sans doute là que se trouve le véritable enseignement de cette soirée : le problème d'Emmanuel Macron n'est plus seulement de convaincre les Français qu'il comprend la crise. Il doit leur donner le sentiment que, malgré les contraintes internationales et budgétaires, quelque chose peut encore changer concrètement dans leur vie quotidienne. Et sur ce terrain-là, ce ne sont ni les discours ni les explications qui feront durablement la différence, mais les résultats visibles dans les prochains jours et les prochaines semaines.

Jeudi 24 septembre, Emmanuel Macron prendra la parole en direct sur TF1 et France 2. Après plusieurs jours consacrés à la crise énergétique, aux conséquences de la guerre au Moyen-Orient, au blocage du détroit d'Ormuz et à la sécurisation des approvisionnements français, cette intervention pourrait marquer une nouvelle étape dans la réponse de l'exécutif...
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