Vers la fin des albums C.D. ?

28/09/2025

Par : James Régent

Alain Chamfort tire sa révérence… au format. Alors que les plateformes de streaming dominent désormais la consommation musicale, le célèbre chanteur, figure historique de la chanson française, a sorti le 22 mars 2024 ce qu'il annonce comme son dernier album physique, L'Impermanence. Pas un adieu à la musique, loin de là, mais une décision symbolique : mettre fin à la forme « album », telle qu'on l'a connue pendant des décennies. Une page se tourne. Et peut-être même un chapitre entier de l'histoire culturelle.

L'Impermanence : un adieu au disque, pas à la création

À soixante-quinze ans, Chamfort aurait pu choisir de ralentir sa carrière. Mais l'artiste n'a jamais cédé à la facilité. L'Impermanence, sorti en 2024, est un album soigné, construit, pensé dans une logique d'ensemble, fidèle à la tradition du disque comme œuvre complète. Sauf que cette fois, il l'annonce : ce sera le dernier sous ce format. « Ce n'est pas un retrait artistique. Je continuerai à faire de la musique. Mais l'album, en tant que tel, n'est plus adapté à l'époque », explique-t-il sobrement. Une déclaration forte, surtout de la part d'un artiste né avec le 33 tours, ayant connu l'âge d'or du C.D., et qui a toujours pris le temps de bâtir des disques cohérents, presque cinématographiques dans leur narration.

Un modèle en crise silencieuse

Ce que pointe Chamfort, ce n'est pas une nostalgie personnelle, mais une mutation culturelle profonde. Aujourd'hui, la majorité des écoutes se font via des plateformes de streaming, souvent en aléatoire ou par playlists. L'auditeur « zappe », picore, consomme des morceaux isolés. La logique de l'album comme « tout », avec une ouverture, un développement, une clôture, est mise à mal. Le parallèle est évident avec d'autres secteurs : le livre numérique a transformé les usages du roman, les séries ont éclipsé le film en salle chez de nombreux spectateurs, et dans la musique, le single a repris le pouvoir.

Les producteurs insistent

Paradoxalement, les maisons de disques s'accrochent encore à ce format. Elles continuent de produire des C.D., de produire des « sorties albums », de soigner les objets. Par attachement, peut-être. Par logique commerciale, sûrement. Preuve en est, alors qu'Alain Chamfort a annoncé arrêter le format album C.D., B.M.G. annonce la sortie fin octobre d'un C.D. Best Of Temps forts composé de 3 C.D., de quarante-neuf titres dont trois inédits. Ce best Of sort, par ailleurs, en même temps qu'un livre également appelé "Temps forts", un entretien avec Maud Berthomier qui revient sur ses cinquante ans de carrière.

La fin d'un cycle, pas de la culture

Alors, faut-il s'alarmer ? Pas nécessairement ! Ce que révèle la position de Chamfort, c'est une adaptation lucide à un monde qui évolue. Les artistes d'aujourd'hui publient à un rythme plus fragmenté : morceaux isolés, E.P., collaborations ponctuelles, projets transversaux avec l'image, les réseaux sociaux ou les arts visuels. La créativité est là, mais elle ne passe plus par les mêmes canaux. L'album, tel qu'on l'a connu, un format de dix ou douze titres, pensé comme un tout, devient, peu à peu, une forme patrimoniale, presque « analogique » dans un monde numérique. À l'instar du vinyle, il survivra peut-être en tant qu'objet culte, de collection, destiné aux passionnés et aux fans. Mais il semble bel et bien perdre sa centralité.

Chamfort, une élégance dans l'époque

En tirant sa révérence à l'album physique, Alain Chamfort ne signe pas la fin d'une carrière. Il ouvre, au contraire, une nouvelle phase : celle d'un artiste qui reste à l'écoute de son temps, prêt à explorer d'autres formats, d'autres rythmes, d'autres manières de partager la musique. Une manière élégante et lucide de traverser l'époque, sans s'y accrocher, ni la fuir. Et si cette « impermanence », justement, devenait la règle du jeu culturel à venir ?

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