Comment réagirait Tolstoï face à la guerre en Ukraine et à l’acharnement de Poutine ?

28/09/2025

Par : Joël Pierre Chevreux

L'auteur russe emblématique est connu pour son monumental roman Guerre et Paix, mais aussi pour sa pensée pacifiste radicale qui se développa pleinement dans ses écrits ultérieurs. Mobilisé brièvement pendant la guerre de Crimée, il témoigna de la brutalité et de l'absurdité des conflits dans ses Récits de Sébastopol. Sa philosophie morale rejette la violence sous toutes ses formes. Il voit la guerre comme une manifestation du pire de la nature humaine passions déchaînées, égoïsme, orgueil. Porté par une vision à la fois fataliste et déterministe de l'Histoire, il est pertinent de rappeler, dans ces moments cruels, la pensée de ce grand homme face au renouvellement incessant du cours du temps...

Guerre en Ukraine et lumière de la pensée tolstoïenne

En effet, selon ce remarquable auteur les grands conflits ne naissent pas des seuls actes de "grands hommes", mais d'une multitude de forces sociales, économiques et humaines. Plus qu'une bataille entre individus, la guerre est pour lui l'expression tragique d'une folie collective qui échappe à la raison une manifestation de la violence inhérente à la condition humaine. Face à la guerre en Ukraine et à l'acharnement du président Poutine, on peut aisément imaginer que Tolstoï réagirait avec une profonde condamnation morale. Cette guerre constitue l'illustration d'une irrationalité tragique, mêlant ambition impérialiste, nationalisme exacerbé, et violences irresponsables qui détruisent des vies humaines et des sociétés entières. L'homme, opposé à toute forme de violence institutionnalisée, verrait dans l'acharnement militaire de Poutine une manifestation de l'orgueil démesuré et de la haine, les sources mêmes des souffrances les plus grandes dans l'histoire. À ses yeux, ce type de conflit est le produit d'une nature humaine pécheresse, incapable de résoudre les différends par le dialogue et la paix.

Absence de justification rationnelle de la guerre selon Tolstoï

Contrairement à certains philosophes qui peuvent chercher à justifier la guerre comme un moyen nécessaire au progrès ou à la liberté (comme Hegel), Tolstoï rejette fermement cette idée. De ses écrits surgit la critique toutes les théories évoquant la guerre comme un mal nécessaire. Pour lui, aucune cause ne justifie la destruction, l'humiliation, et la mort infligées aux peuples. Dans le contexte ukrainien, Tolstoï dénoncerait la logique de domination de Poutine et les prétextes géopolitiques avancés, qu'il verrait comme des mensonges habillant une volonté de puissance. L'armée russe, emportée par la machine de guerre, serait donc pour lui le symbole de la déshumanisation et de la pure barbarie.

La quête spirituelle d'une paix universelle

Le moraliste russe ne se contente pas de dénoncer la guerre. Il propose une vision spirituelle alternative fondée sur l'amour du prochain, la non-violence et le pardon. Influencé par le christianisme radical et la philosophie morale, il prône la résistance passive, le refus de participer à la violence, et la fraternité humaine comme seuls moyens de sortir du cycle infernal des guerres. Pour lui, la paix durable ne peut venir que d'une transformation intérieure des individus, d'une reconnaissance de la commune humanité, et d'un engagement concret pour la justice sociale. Aussi nul doute, qu'il critiquerait sévèrement les appels à l'escalade militaire ou à la vengeance, appelant plutôt à des solutions fondées sur le dialogue, la réconciliation et la désobéissance civile.


Vision tragique et lucide de l'Histoire

Tolstoï se montre lucide quant à la difficulté de mettre fin aux conflits. Dans "Guerre et Paix", il décrit la guerre comme une fatalité historique qui, en dépit des efforts individuels, continue de s'imposer comme un destin collectif. Cependant, cette fatalité ne doit pas conduire au désespoir . En effet, elle appelle à une conscience morale renouvelée et à des efforts constants pour abolir la violence. Dans le contexte actuel, ce penseur humaniste inviterait à résister à la tentation de l'acharnement et du fatalisme, rappelant que les guerres ne sont jamais « inévitables » mais fomentées par des choix humains conformes à des logiques de pouvoir. J'ai pu recueillir le témoignage éloquent de Svetlana, une jeune étudiante en philosophie à Kiev. Cette remarquable jeune fille résume ainsi l'esprit tolstoïen qu'elle tient en exemple face à la guerre : « Tolstoï m'aide à garder foi en l'humanité, même quand tout semble perdu. La guerre détruit des familles, des cultures, des vies. Mais au-delà de la rage et de la peur, il y a cette idée que l'amour et la non-violence sont nos seules armes vraies. Je ne crois pas que la violence puisse apporter la paix. Au contraire, elle engendre peur et haine. Face à Poutine et à ceux qui veulent imposer la force, nous devons nous rappeler que la vraie force réside dans le refus de la guerre, dans le pardon et dans la volonté de reconstruire. »

Critique immédiate des discours guerriers et des logiques de pouvoir

Oui ! Le défenseur de la violence critiquerait aussi frontalement la narration guerrière et la communication politique entourant le conflit, dénonçant la propagande cloisonnée qui manipule les peuples. Sans nul doute, il mettrait en garde contre la déshumanisation de « l'ennemi » et la simplification des enjeux, qui alimentent la haine irrationnelle. Il condamnerait le recours à la force comme un échec de la raison et une abdication tragique de la responsabilité humaine. L'appel à la désobéissance civique et au renoncement à la violence Face à l'horreur de la guerre, Tolstoï appellerait les citoyens tant russes qu' Ukrainiens à refuser de s'engager dans le cycle de violence auprès des soldats, des officiers, mais aussi des dirigeants, lesquels doivent faire le choix moral du refus de tuer. Cette désobéissance civile, fondée sur la croyance en la fraternité universelle, est selon lui le seul chemin pour interrompre la spirale guerrière.

Limites de la pensée tolstoïenne face aux réalités géopolitiques

Toutefois, la position radicale de Tolstoï peut sembler utopique face à la complexité géopolitique et aux logiques stratégiques du XXIe siècle. Certains lui reprochent de minimiser les réalités du pouvoir, les forces destructrices en jeu, et la nécessité parfois tragique d'un affrontement armé pour défendre des valeurs fondamentales, comme la souveraineté et la liberté. Mais dans le cas ukrainien de 2025, la défense armée de l'intégrité nationale soulève des défis moraux et stratégiques que l'écrivain russe du XIX° siècle n'avait pas envisagés dans un monde marqué par les armes modernes et les impitoyables enjeux internationaux.

Une voix morale incontournable dans la tempête

Enfin, face à la guerre en Ukraine et à l'acharnement de Poutine, le philosophe chrétien orthodoxe incarnerait une voix morale essentielle ! Celle qui invite à refuser la guerre comme mode de résolution des conflits. Car sa pensée offre une critique radicale de la violence, une espérance de paix fondée sur la fraternité humaine; un appel à la conscience éthique individuelle et collective. Souvenons-nous de son message, plus que jamais d'actualité ! Il rappelle que la paix ne s'impose pas par la force. Il se construit uniquement dans l'Amour et le respect de l'autre proposant un regard exigeant et lucide face aux drames contemporains suscitant, à la fois, une réflexion profonde et un engagement pacifiste. Alors, que les puissants du monde méditent !

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