Tribune : Pour une écologie partagée par tous !
Par : Alain Auzet
Par Alain AUZET, Maire de Réau (77) membre des Républicains et de France Ecologie.
L'histoire de la politique tend à démontrer qu'en France, l'écologie serait une valeur de gauche. Les verts, ou leurs prédécesseurs, ont eu le mérite de mettre le sujet sur la table, à une période ou peu de gens avaient envie d'en entendre parler. Reconnaissons que cette démarche a reçu un écho favorable à gauche, et finalement assez faible à droite.
Sur quoi pouvons-nous parler d'une seule voie ?
Ceux qui avaient eu le mérite de lancer l'alerte, ont depuis été remplacés par des défenseurs d'une écologie plus dogmatique, noyée dans des discours proches de ceux de l'extrême-gauche. Force est de constater que ce positionnement a amené l'écologie politique en France, après avoir connu des heures glorieuses, à plafonner et même à régresser ces dernières décennies. En réalité, l'écologie n'est, dans sa substance originelle, ni de gauche, ni de droite, et cette substance pourrait former un « socle commun », partagé par tous. La droite française doit changer de paradigme dans ce domaine, en portant la voix d'une écologie positive, de bon sens, aux solutions pragmatiques et efficaces.
Gérer le présent en préparant l'avenir des générations futures, n'est-ce pas dans l'esprit du Gaullisme, que nous devons entretenir ? Une fois ceci-dit, ou placer le curseur ? Sur quoi pouvons-nous parler d'une seule voie ?
Le nucléaire présente l'avantage d'être faiblement émetteur de CO².
En premier lieu, il serait utopique de considérer que le nucléaire n'a pas sa place dans le mix énergétique. Dans un monde toujours plus consommateur d'électricité, nous ne pouvons pas nous en passer, et nous le pourrons de moins en moins. La multiplication des projets de datacenters, le développement de la mobilité électrique (automobiles, vélos, trottinettes, et pourquoi pas les avions et bateaux demain), nous rend dépendant de l'électricité, dans des proportions considérables, qui ne cessent de s'accroitre.
Si le nucléaire ne coche pas toutes les cases de la vertu, il présente l'avantage essentiel d'être faiblement émetteur de CO². Doit-on pour autant se contenter de cette réponse ? assurément non ! il est au contraire indispensable d'accélérer sur le développement des énergies alternatives (renouvelables et non fossiles) :
Le photovoltaïque (déployé en ombrières, en toitures de bâtiments, en ventelles, etc.)
L'éolien, en mer ou terrestre, à la seule condition qu'il soit validé après concertation des habitants et des élus, par des votations locales
La géothermie, pour le chauffage de quartiers résidentiels ou de grandes unités économiques.
L'énergie hydraulique, bien sûr, même si les capacités de développement semblent réduites
La biomasse
La méthanisation agricole à base de résidus de l'agriculture (exemple des pulpes de betteraves), de cultures intermédiaires (cives) ou encore de biodéchets. A ce titre, les meilleurs déchets sont ceux que l'on ne produit pas !
Est-il normal, par exemple, que la norme des tubes de dentifrice (operculés), soit d'être suremballés dans des étuis en carton, eux-mêmes parfois suremballés par trois dans des emballages plastiques ?
Résultat, nous traitons des déchets totalement inutiles. Il est urgent de légiférer et de prendre pour cela nos distances avec certains lobbies.
Aider la construction des drives fermiers
Une accélération du développement de ces énergies plus propres pourrait permettre de créer ou recréer des filières industrielles (panneaux photovoltaïques par exemple). Ces filières viendront s'ajouter à d'autres (médicaments, semi-conducteurs, etc.), dans la cadre d'un vaste projet de réindustrialisation. Il nous faut encourager le retour des circuits courts ! on se dit parfois que nos anciens avaient tout compris, et que ce qui est appelé le « modernisme » n'est peut-être finalement pas synonyme de progrès… Cela passe par un encouragement des approvisionnements directs du consommateur au producteur, en aidant la construction des drives fermiers par exemple. Il est sans doute aussi nécessaire de revoir le code des marchés publics en introduisant une plus large place aux critères de proximité. A l'inverse, pénalisons plus durement les importations de produits dont la fabrication ne respecte pas les normes sociales et environnementales que nous nous imposons à nous-mêmes.
La lutte contre les dépôts sauvages
Nous pouvons sans doute aussi nous accorder sur quelques principes fondamentaux, comme lutter pour le bienêtre animal (et durcir les sanctions pour ceux qui le mettent à mal), ou encore pour la protection des océans (en poursuivant par exemple la suppression des contenants et emballages en plastique), et de la ressource en eau plus généralement. La lutte contre les dépôts sauvages, véritable fléau de nos campagnes et zone périurbaines, doit devenir une priorité forte (étudions la mise en place d'une licence globale pour les entreprises, afin de donner un accès plus simple à toutes les déchetteries, et renforçons les sanctions pour les contrevenants, avec des amendes plus élevées et pourquoi pas la saisie du véhicule). Les perspectives climatiques, les incertitudes sur les approvisionnements en énergie fossile, et d'autres dérèglements annoncés ouvrent d'autres pistes de réflexion, comme :
• La « végétalisation » de l'espace public (cours d'école, rues)
• L'accélération du covoiturage (une partie des bouchons qui sclérosent nos villes aux heures de pointe pourrait être évitée)
• Une accentuation de l'effort de développement des pistes cyclables et piétonnes
• Des aides au remplacement du patrimoine d'éclairage public par des Leds (conditionnées à un engagement des collectivités et entreprises, à minima à un abaissement du niveau d'éclairement en milieu de nuit)
• Un objectif « zéro phyto » dans tous les espaces publics, avec maintien des objectifs sur l'amélioration de la biodiversité
• Un appui aux régions pour une recherche d'amélioration de la qualité des transports en commun, afin les rendre plus attractifs
Bien entendu la liste n'est pas exhaustive, et appelle à être complétée, toutes les bonnes idées étant les bienvenues ! Toutes ces pistes ne sont ni de gauche, ni de droite, elles relèvent du bon sens et de l'impérieuse nécessité d'agir, rapidement et fortement. La phrase du Président Chirac, « notre maison brûle et nous regardons ailleurs », date déjà de 2022 (donc il y 23 ans). La droite française, si elle souhaite gouverner, doit adopter un volontarisme politique environnemental puissant.
Nous le devons à nos enfants !

