Reconnaissance de la Palestine : OUI ! Mais pas dans les conditions actuelles
Par : Aloïs Lang-Rousseau et Joël Pierre Chevreux
Le président de la République a annoncé son intention de reconnaître l'État de Palestine lors du prochain sommet de l'O.N.U. en septembre prochain. Cette reconnaissance apparaîtra tôt ou tard comme une étape vitale, inévitable pour espérer apaiser un conflit qui s'éternise depuis bien trop longtemps. Elle reflète aussi le respect d'un principe fondamental.
Un État imprégné de pratiques mafieuses
En effet, une nation se définit par un territoire, un peuple et une culture. Face à des divergences culturelles profondes, nourries par une tension identitaire dévastatrice, l'instauration de deux États, l'un pour les Israéliens, l'autre pour les Palestiniens, semble présenter une solution à la fois équitable et nécessaire. Pourtant, reconnaître la Palestine dans les conditions actuelles, sous la gouvernance des représentants en place, constituerait une erreur grave, une fausse générosité qui ne profiterait guère au peuple palestinien lui-même. Tant que le pouvoir est détenu par un parti politique d'extrême droite, disposant d'une branche paramilitaire, pour ne pas dire terroriste, peut-on légitimement reconnaître un État dirigé par des criminels ? Un État imprégné de pratiques mafieuses ? Quel honneur rendre au peuple palestinien par un tel geste ? Quel message offre-t-on aux victimes palestiniennes perdues derrière le bouclier humain de Gaza ?
Pas question de reconnaissance tant que les palestiniens n'auront pas été appelés à se prononcer dans un scrutin démocratique
Pourtant pas tant qu'elle est dirigée par un parti politique d'extrême droite disposant d'une branche paramilitaire pour ne pas dire terroriste. Devrions nous reconnaître un État dirigé par des criminels ? Un État mafieux ? Quel respect pour le peuple palestinien dans ce geste ? Quel message envoie-t-on aux Palestiniens victimes du bouclier humain de Gaza ? Tant que cette même élite politique bafoue les élections qui auraient dû se tenir depuis 2006, doit-on reconnaître une autorité qui se confond avec une dictature ? Qu'en est-il du respect dû aux Palestiniens qui, depuis des années, ne se sentent plus représentés par le Hamas ? En d'autres termes, il ne saurait être question de reconnaissance tant que les électeurs palestiniens n'auront pas été appelés à se prononcer dans un scrutin démocratique incontestable, supervisé par l'O.N.U. ou par des pays impartiaux, ni tant que les acteurs politiques ne seront pas complètement désarmés. Et si, dans le respect de ces conditions, le Hamas, désormais désarmé, remportait l'élection ?
Les Palestiniens méritent bien mieux que ces amalgames toxiques
Ce serait alors la volonté souveraine du peuple palestinien, un choix, certes controversé, mais démocratique, comme cela s'est déjà vu ailleurs. Mais aucune nation ne peut être reconnue légitimement tant que son autorité reste entachée d'illégitimité, de criminalité et de pratiques mafieuses. Les Palestiniens méritent bien mieux que ces amalgames toxiques, mieux que ce piège identitaire dans lequel ils sont enfermés. Israéliens et Palestiniens ont besoin d'un processus serein, équitable et crédible, capable de les conduire vers une paix et une stabilité permanentes. Tant que ces conditions ne seront pas réunies, il serait imprudent et injuste de condamner ce peuple à rester prisonnier d'élites qui n'œuvrent pas pour son bien. Ainsi, la décision d'Emmanuel Macron, qui choisit de passer outre ces précautions, apparaît lourde de conséquences et prématurée.
Aloïs Lang-Rousseau
Président des Universalistes (Paris)
Joël Pierre Chevreux
Président des Ecologistes du Trèfle (Marseille)

