3 octobre 1980, l’attentat de la rue Copernic, une blessure pour la République
Par : Gilbert Villeneuve
Alors que les fidèles s'apprêtent à célébrer l'entrée dans le shabbat dans la synagogue de la rue Copernic, à Paris, une voiture piégée explose. Le bilan est terrible : quatre morts et une quarantaine de blessés. Cet attentat antisémite marque profondément la mémoire nationale. La France découvre à quel point la haine peut frapper au cœur même de sa capitale, devant un lieu de culte, dans un quartier paisible. Cet événement, considéré comme l'un des premiers attentats terroristes antisémites de l'après-guerre en France, ouvre une ère nouvelle de menaces et de vigilance. Confidences d'Histoire revient sur ce drame. Plus jamais çà !
Contexte de la France à la fin des années 1970
Montée des tensions internationales est à l'extrême. En effet, la fin des années 1970 est marquée par un contexte international tendu avec la guerre froide persistante, conflit israélo-palestinien exacerbé, multiplication des actes terroristes en Europe. En France, des groupes liés à des mouvances extrémistes d'extrême droite comme d'extrême gauche, mais aussi pro-palestiniennes, s'activent dans l'ombre. La communauté juive, très présente à Paris, vit un renouveau culturel et religieux, mais aussi une inquiétude croissante. Des menaces verbales et des gestes de haine se multiplient dans certains quartiers. La synagogue de la rue Copernic, lieu emblématique du judaïsme libéral, devient malgré elle une cible symbolique.
Déroulement de l'attentat
Il est environ 19 h 40. Les fidèles commencent à se rassembler dans la synagogue pour l'office du shabbat. À l'extérieur, une voiture piégée, bourrée d'explosifs, est garée juste devant le bâtiment. Quelques instants plus tard, l'engin explose. Qui sont les victimes ? Rappelons-nous d'elles !
Aliza Shagrir, 42 ans, épouse d'un réalisateur israélien, est tuée en rentrant chez elle.
Jean-Michel Barbé, étudiant de 22 ans, décède sur le coup.
Philippe Bouissou, 14 ans, trouve la mort devant l'édifice.
Hilario Lopez Fernandez, passant, est également tué.
Des dizaines de blessés, parmi lesquels des fidèles, des passants, des voisins, sont hospitalisés. Les vitres volent en éclats, les cris emplissent la rue. Les survivants, choqués, peinent à comprendre. La police arrive, les pompiers interviennent, tandis que les riverains découvrent avec stupeur que la haine a frappé à deux pas de chez eux.
Réactions immédiates
Dès le lendemain, une immense vague d'indignation traverse le pays. Des manifestations spontanées rassemblent des milliers de personnes à Paris et en province. La solidarité s'exprime largement, au-delà de la communauté juive.Le gouvernement condamne fermement l'attentat. Le président Valéry Giscard d'Estaing et son Premier ministre Raymond Barre s'expriment. Mais les mots de ce dernier, parlant de « victimes innocentes » et de « Juifs tués », choquent par leur maladresse et nourrissent un sentiment d'incompréhension. La LICRA, le CRIF et d'autres organisations dénoncent l'attentat avec force, organisent des rassemblements et demandent des mesures fortes contre l'antisémitisme.
Enquête et suites
Très vite, la piste d'un groupe terroriste lié au Proche-Orient est évoquée. Le principal suspect, Hassan Diab, un universitaire d'origine libanaise, sera longtemps poursuivi par la justice française. Après des années de procédures, Hassan Diab est inculpé en France, extradé puis relâché au Canada. En 2023, il est jugé par contumace à Paris et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Mais cette décision judiciaire, 43 ans après les faits, ne suffit pas à effacer la douleur des familles.
Impact durable sur la société française
L'attentat de la rue Copernic marque un tournant : la France découvre la réalité du terrorisme antisémite sur son sol. À partir de ce moment, la sécurité autour des synagogues et lieux de culte juifs sera renforcée. Chaque année, une cérémonie commémore l'attentat. Les noms des victimes sont rappelés, et les survivants témoignent. Cet événement reste inscrit comme un traumatisme fondateur de la lutte contemporaine contre l'antisémitisme en France. Ecoutons David qui se souvent : « J'avais vingt ans en 1980. Ce soir-là, je devais rejoindre un ami pour l'office à la synagogue Copernic. Mais un contretemps m'a retenu. Quand j'ai appris l'explosion, j'ai couru vers la rue. J'ai vu les débris, les corps, la fumée… Je n'oublierai jamais ce chaos. Ce qui m'a le plus marqué, ce n'est pas seulement la violence de l'attentat, mais le silence après. Ce silence chargé de peur, d'incrédulité. Dans les jours qui ont suivi, j'ai senti une vague de solidarité, mais aussi une inquiétude nouvelle : nous n'étions plus seulement des citoyens français juifs, nous étions redevenus une cible. Aujourd'hui, plus de quarante ans plus tard, je garde en moi l'image des visages brisés, mais aussi celle des milliers de gens venus manifester le lendemain. Ce double souvenir me guide : la mémoire des victimes, et la certitude que la République doit protéger tous ses enfants, sans distinction. »
Un devoir de mémoire
Le 3 octobre 1980 reste une date inscrite en lettres sombres dans l'histoire de la République. L'attentat de la rue Copernic a tué quatre innocents, bouleversé des dizaines de vies, réveillé des angoisses enfouies. Mais il a aussi provoqué une immense mobilisation citoyenne, rappelant que la haine ne pouvait triompher du principe de fraternité. Aujourd'hui encore, alors que l'antisémitisme resurgit sous de nouvelles formes, se souvenir de Copernic demeure une nécessité. La mémoire n'est pas seulement une affaire de commémoration. Elle doit nourrir l'action, inspirer la vigilance et rappeler, à chaque génération, qu'aucune République ne peut survivre si elle tolère que ses enfants soient tués parce qu'ils prient ou parce qu'ils sont juifs. Confidences d'Histoire s'associe à ce devoir.

