Robert Badinter au Panthéon : la République dans son combat

09/10/2025

Par : Emilien Lacaze

Ce 9 octobre 2025, jour anniversaire de l'abolition de la peine de mort, Robert Badinter entre au Panthéon. L'occasion de revenir sur un destin exemplaire, un combat pour la justice face à la peine capitale, et sur la réaction d'Emmanuel Macron, un président conscient des tensions qui émaillent cette cérémonie solennelle.

Le Panthéon pour une conscience républicaine

Le choix du 9 octobre n'est pas anodin. Quarante-quatre ans après la promulgation de la loi abolissant la peine de mort, ce jour symbolise « un saut civilisationnel majeur », comme l'a rappelé l'Élysée. Robert Badinter, disparu en février 2024 à l'âge de 95 ans, est honoré pour avoir incarné la justice et la dignité dans l'État de droit. La cérémonie, sobre et solennelle, sera présidée par Emmanuel Macron qui doit rappeler dans un discours percutant la nécessité de défendre ces valeurs fondamentales face aux dérives contemporaines. Badinter, avocat, ministre de la Justice et président du Conseil constitutionnel, a été un combatteur infatigable pour l'abolition et la justice humaine. Son nom rejoint désormais ceux des grands hommes et femmes de la République, dans un Panthéon qui, depuis 2017, accueille des figures emblématiques telles que Simone Veil ou Joséphine Baker.

Robert Badinter et l'abolition de la peine de mort

C'est en tant que garde des Sceaux que Badinter a prononcé un discours resté dans les annales, le 17 septembre 1981 à l'Assemblée nationale, plaidant avec rigueur et émotion contre la peine capitale. Il pressentait l'ampleur historique de ce moment : « Demain, grâce à vous, la justice ne sera plus une justice qui tue. » Son combat a été jalonné de procès emblématiques, dont celui de 1976 où sa plaidoirie sauva Patrick Henry de la guillotine. Profondément marqué par un procès de 1972, où son client Roger Bontems fut exécuté alors qu'il n'avait pas tué, il fit de l'abolition une cause de conscience, portée par une vision humaniste et républicaine. Au-delà de cette bataille, Badinter fut un réformateur des institutions, défenseur des droits humains, combattant de l'antisémitisme et du négationnisme. Son tempérament mêlait rigueur juridique et éclat moral, une rareté qui fit de lui une figure respectée aussi bien à gauche qu'au-delà.

L'attitude présidentielle face à une cérémonie chargée de tensions

Dans un contexte politique et social tendu, la panthéonisation de Robert Badinter est un moment chargé d'émotion mais aussi de responsabilités pour Emmanuel Macron. Le président, conscient des fractures qui traversent la société française, cherche à en faire un acte fédérateur. Son discours, préparé pour être court mais incisif, souligne l'importance de l'État de droit, symbole contre toutes les formes de violence et d'injustice. Macron évoque Robert Badinter comme « la République faite homme », un modèle incontestable à une époque où la justice et les libertés sont contestées sous divers prétextes. La scénographie même de la cérémonie est pensée pour marquer le respect et la solennité, dans une atmosphère où règne encore une certaine anxiété, avec des manifestations et débats autour de la justice en toile de fond.

Elisabeth Badinter, fille de Robert Badinter

« Pour mon père, la justice n'était pas une abstraction, mais une quête vécue au quotidien », confie Elisabeth Badinter, philosophe et écrivain, présente lors des préparatifs de la cérémonie. « Son combat contre la peine de mort était avant tout un combat pour la vie, pour la dignité humaine, contre l'irréparable. Il croyait profondément que la justice devait être une clef de voûte de la démocratie et que le respect de chaque vie humaine était non négociable. » Elle ajoute : « Aujourd'hui, alors que la société semble parfois vaciller entre défiance et peur, le souvenir de son engagement doit être un phare. Ce n'est pas un hommage passéiste, mais un appel à la vigilance et à la réaffirmation de nos valeurs. »

Un héritage durable et un rappel au présent

L'entrée de Robert Badinter au Panthéon rappelle à la nation que le combat pour la justice ne se limite pas à une époque ou à une loi, mais qu'il est constamment renouvelé. Le symbole de son engagement résonne dans les débats actuels sur la justice pénale, la protection des droits fondamentaux et les tensions sociales. Emmanuel Macron, en soulignant l'importance de cet héritage, invite la France à réfléchir sur sa vocation républicaine face aux défis du XXIe siècle. La cérémonie est aussi une mise en garde : défendre la justice et l'humanité est un combat permanent, et les valeurs incarnées par Badinter restent plus nécessaires que jamais.

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