Trump en médiateur, quel bénéfice pour le président américain ?
Par : Joël Pierre Chevreux
Quels retours pour Trump après ses efforts pour la libération des otages du Hamas ? Depuis plusieurs semaines, il s'est personnellement impliqué dans la résolution du dossier explosif de ces otages détenus dans la bande de Gaza depuis le début du conflit en octobre 2023. Ces efforts ont abouti à un accord inédit par la libération progressive des prisonniers israéliens vivants en échange de la remise en liberté de près de 2 000 prisonniers palestiniens, dont de nombreux condamnés pour des attentats meurtriers.
Un bénéfice diplomatique décisif
Trump prend soin d'accompagner l'opération sur le terrain, annoncée comme un premier pas vers la fin officielle des hostilités à Gaza et le lancement, dès ce lundi, d'un « sommet pour la paix » en Égypte réunissant plus de vingt chefs d'État et de gouvernement. Sur le plan diplomatique, Trump vise un retour majeur pour son image, celui d'incarner un médiateur décisif dans le conflit israélo-palestinien. Il espère capitaliser sur le succès de la libération pour restaurer la crédibilité des États-Unis comme puissance capable de « faire taire les armes » au Moyen-Orient, après des années d'érosion de l'influence américaine. Sa présence à Jérusalem, son discours devant la Knesset puis son rôle de coprésident du sommet au Caire symbolisent cette ambition de redevenir l'arbitre incontournable des grandes crises internationales.
Doubles bénéfices
Sur la scène nationale américaine, où la gestion habile du dossier pourrait renforcer sa stature présidentielle.
Sur la scène internationale, en redonnant à Washington sa place de pivot, capable de peser sur le règlement du dossier israélo-palestinien et sur l'avenir de Gaza, jusque-là monopole des acteurs régionaux (Qatar, Égypte, Turquie). En facilitant la libération des otages et l'échange de prisonniers, Trump espère aussi relancer une dynamique de paix et de stabilisation au Proche-Orient. Son plan en vingt points prévoit l'instauration d'un cessez-le-feu durable, un retrait progressif de l'armée israélienne, et le déploiement d'une force internationale de stabilisation. Il propose une amnistie pour les membres du Hamas acceptant de déposer les armes et choisissant l'exil dans des pays tiers
Un plan qui pourrait se révéler un piège pour le Hamas
L'objectif affiché est une « paix éternelle » pour Gaza, accompagnée d'une aide humanitaire, d'une reprise du dialogue entre l'Autorité palestinienne et Israël, et d'un retour des ONG en zone palestinienne dès que la sécurité sera consolidée. Limites et critiques face au « spectacle politique » Cette initiative n'est pas sans critiques. Des proches d'otages israéliens dénoncent un « spectacle politique » où les otages demeurent des « otages diplomatiques », instrumentalisés dans des négociations à haut risque. Des analystes estiment que le plan pourrait se révéler un piège pour le Hamas s'il accepte l'accord, il perd son principal levier de pression ; s'il refuse, l'armée israélienne pourrait reprendre les opérations militaires, avec feu vert tacite des puissances occidentales.
Un bénéfice diplomatique et politique rapide pour Trump
D'autres voix critiquent l'influence croissante de pays tierces (Qatar, Turquie, Égypte) et voient dans la tutelle américaine une perte d'indépendance pour Israël. Le plan Trump, ambitieux, devra néanmoins survivre aux aléas du terrain, aux résistances régionales et à la complexité de sa mise en œuvre, notamment côté palestinien. Shimon Or, oncle de l'otage Avinatan. Or, résume le sentiment ambivalent : « C'est peut-être un vrai spectacle pour les médias, mais rien n'assure encore la libération des otages. Ce plan est un espoir, mais les otages restent des pions dans un jeu diplomatique où tout le monde essaie de tirer profit. Néanmoins, c'est peut-être la lueur au bout du tunnel. » Trump, architecte d'un plan de paix pour Gaza et faiseur d'accord sur la question des otages, espère retirer un bénéfice diplomatique et politique rapide, mais il affronte suspicions et critiques. Son pari pourrait lui rapporter une stature de médiateur mondial ; mais le succès ou l'échec de l'opération dépendra de la capacité à traduire ce « spectacle » en avancée réelle et durable pour les acteurs concernés.
Photo : LCI

