Un nouveau « marché de dupes » parlementaire

15/10/2025

Par : Joël Pierre Chevreux

La journée d'hier restera comme celle où le Parti socialiste (PS) s'est fait piéger à huis clos. Après un long suspense, le Premier ministre Sébastien Lecornu, parachuté chef du gouvernement pour sauver ce qui pouvait encore l'être, propose à l'Assemblée la suspension (non l'abandon) de la réforme des retraites jusqu'à 2027. Cette demi-mesure, présentée comme un signal d'ouverture au dialogue, va piéger les socialistes : sous prétexte de « pragmatisme » et pour éviter la crise absolue, la direction du PS décide de ne pas voter la censure. Mais le prix politique de cette abstention va s'avérer abyssal.

Le PS piégé par « la méthode Lecornu »

La proposition du gouvernement n'est qu'une habile temporisation. En fait, la réforme honnie est gelée mais subsiste dans son intégralité, la République reste suspendue à son avenir institutionnel, et les débats vitaux sont renvoyés à la présidentielle de 2027. Or, les électeurs socialistes voulaient l'annulation pure et simple. Ce calcul tactique, vanté par certains comme la marque d'une gauche « responsable », est perçu par la base militante comme un reniement. Olivier Faure, inquiet, tente de justifier la position : « Dialogue vaut mieux que censure ». Mais cette posture irrite, et dans les rangs du P.S., la contestation gronde, dénonçant un « marché de dupes ». La majorité présidentielle tire un double profit de ce tour de passe-passe . En effet, elle évite la chute immédiate, fracture l'unité des oppositions et fait du P.S. un collaborateur involontaire. Aux yeux des Français, la manœuvre apparaît comme une énième « cuisine parlementaire » en décalage avec l'exigence de clarté démocratique.​

Gouvernement Lecornu, la survie illusoire

Le répit du gouvernement Lecornu est de courte durée. Adoubé sans enthousiasme, il se retrouve, dès l'instant du vote, sur un fil. Deux motions de censure déposées (L.F.I./N.F.P. et R.N./U.D.R.) seront votées sous peu. Même approuvé provisoirement, ce gouvernement, minoritaire et perçu comme « hors-sol », est condamné à l'instabilité chronique car il ne détient ni majorité solide, ni légitimité populaire, ni force de conviction durable. Chaque texte, chaque débat, chaque arbitrage budgétaire se transformera en bataille périlleuse. Dès lors, la perspective d'une dissolution de l'Assemblée s'impose ! L'exécutif n'a pas d'autre option que de remettre la légitimité en jeu. Dans les couloirs du palais Bourbon, la dissolution est déjà sur toutes les lèvres.​

La France suspendue à une dissolution annoncée

La crise politique s'installe et se banalise. L'impuissance parlementaire se matérialise dans l'incapacité à réformer ou à gouverner durablement. Les libéraux, centristes et socialistes se neutralisent mutuellement alors que la rue gronde. Le gouvernement ne tiendra pas le choc de la rentrée 2026. En effet, dès novembre, la rumeur de dissolution deviendra certitude. L'Élysée sait que la clarification électorale s'impose pour éviter l'effondrement total des institutions.​

L'émergence d'un homme, David Lisnard, surprise de la recomposition

C'est dans ce contexte de fatigue nationale et de cynisme partisan que s'affirme une figure nouvelle  celle de David Lisnard. Maire de Cannes, président de l'Association des maires de France, fondateur du parti Nouvelle Énergie et vice-président des Républicains, Lisnard s'impose comme l'alternative à droite. Incarnation d'une droite « post-gaullienne », libérale, décentralisatrice et pragmatique, il multiplie les propositions sur le terrain, n'hésite pas à s'opposer frontalement à l'exécutif, tout en appelant à une refondation institutionnelle profonde.​ Lisnard réclame une présidentielle anticipée pour sortir du blocage, refuse le « compromis de façade », et propose une vraie doctrine sur la décentralisation, la réduction des dépenses publiques, la réforme de l'État et le renforcement du régalien. Porté par un réseau d'élus locaux et un parti en pleine croissance (« Nouvelle Énergie » revendique plus de 11 000 adhérents, 1 200 élus locaux…), il devient, au fil des semaines, l'homme sur qui parier pour la reconstruction du paysage politique.

Les clefs d'un nouvel encadrement

L'ascension de Lisnard se nourrit du rejet croissant des appareils usés et du besoin de figures ancrées dans la réalité quotidienne. Son profil d'élu local, sa maîtrise des dossiers publics et son refus du centralisme traditionnel séduisent une partie des classes moyennes et des territoires périphériques. Il est le premier à demander la démission de l'exécutif et à réclamer des élections anticipées. Sa ligne : liberté, ordre, dignité, baisse des dépenses publiques et décentralisation tranche avec la rhétorique défensive des vieilles élites.​ « On attend Lisnard Jean-Baptiste Marchand, cadre associatif marseillais, confie : « Les Français sont épuisés par cette valse des compromis fragiles. Ce gouvernement ne durera pas, tout le monde le sait. Ici, beaucoup en ont assez de la distance avec le terrain. Lisnard, on le connaît pour son action à Cannes car il parle vrai, il fait des propositions concrètes et il ne se cache pas derrière l'appareil. Pour beaucoup d'entre nous, c'est avec lui qu'il faudra compter à la prochaine présidentielle. Il porte une espérance d'efficacité et de rupture ! On attend Lisnard, tout simplement. »

L'inévitable clarification

La journée d'hier restera donc comme celle où s'est jouée la dernière illusion d'un compromis stable sous la Ve République. Piégé par Lecornu, le Parti socialiste affaiblit définitivement l'opposition parlementaire ; le gouvernement, déjà moribond, tangue avant même de naviguer. Dans l'ombre des murs feutrés du Palais Bourbon, une dissolution s'annonce comme le seul horizon d'une rénovation politique attendue. Dès maintenant, un nom émerge celui de David Lisnard, que la séquence à venir pourrait consacrer comme la nouvelle figure centrale du sursaut français.

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