Santa Anna le "Napoléon de l'Ouest"
Par : Guillaume Journot
Un ouvrage paru il y a quelques mois aux Editions Maïa retrace la curieuse existence d'un obscur cadet de l'armée espagnole devenu dictateur tout-puissant du Mexique au XIXe siècle. Inconnu du grand public en France, Antonio López de Santa Anna (1794-1876) a pourtant tout pour plaire à nos compatriotes : surnommé le « Napoléon de l'Ouest », général fantasque et mirobolant, charmeur et roublard, il accompagna les grandes heures de l'indépendance mexicaine et marqua durablement le paysage politique de son empreinte.
Considéré comme un traitre et un ambitieux implacable
Sa vie est une vraie sarabande infernale : il renversa des rébellions, soumis des provinces entières et dompta avec maestria politiciens et caudillos locaux. Il fut le vainqueur d'Alamo et de Tampico, l'infatigable adversaire des Espagnols, des Américains et même des Français à qui il devra la perte d'une jambe. Il fut aussi un dictateur sans scrupules, une girouette politique et une énigme de la nature, incapable de conserver ses amitiés et son pouvoir, mais toujours à l'affût de la moindre erreur de ses ennemis. Ses périodes au pouvoir alternaient ainsi avec des exils forcés et ses compatriotes finirent par en conserver un souvenir assez négatif : corruption, coercition, abandon de territoires aux Américains, destructions des libertés publiques... les accusations pleuvent encore aujourd'hui sur Santa Anna. Considéré comme un traitre et un ambitieux implacable, il a ainsi hérité de la même place maudite qu'un maréchal Pétain en nos contrées.
Comment l'élève turbulent et inappliqué devint « Son Altesse Sérénissime »
Comment cet homme pourtant patriote acharné et formidable meneur d'hommes a-t-il pu perdre le fil de son destin ? Et comment la jeune nation indépendante évolua-t-elle sous son commandement, face aux appétits des grandes puissances mondiales ? Ce livre souhaite y répondre et nous invite à découvrir ce petit créole de Xalapa qui réussit à soumettre tout un pays. Nous le suivrons dans ses affrontements avec les meilleures armées du monde, mais aussi au milieu du grand défilé de la capitale, canonisant les restes de sa jambe. Nous verrons comment l'élève turbulent et inappliqué devint « Son Altesse Sérénissime », un monarque sans le titre, mais aussi comment il inventa le chewing-gum ! Nous croiserons aussi la route de personnages de légende : Davy Crockett, Maximilien Ier, Benito Juárez, Sam Houston, Andrew Jackson ou encore Napoléon III ont eu affaire à lui. Certains s'en sont mordu les doigts, d'autres l'ont béni.
Extrait du livre :
« Selon la légende, la veille de l'assaut, le colonel Travis, désormais seul chef de la petite garnison après qu'une maladie ait cloué Bowie au lit, réunit les hommes au soleil couchant et trace une ligne dans la terre avec son sabre ; ceux qui veulent se rendre peuvent la franchir, mais ceux qui veulent se battre jusqu'au bout peuvent rester à ses côtés. Aucun soldat de la garnison n'abandonnera le jeune Travis, sauf, selon certains dires, un dénommé Louis Rose, un Français, ancien combattant de Napoléon. La légende est belle, mais sans doute apocryphe… D'autant plus que la veille de l'assaut, le 5 mars, Travis aurait bel et bien envisagé de capituler en échange de la vie sauve pour tous ses hommes, ce que Santa Anna aurait bien entendu refusé, n'acceptant qu'une reddition sans conditions et privilégiant de toute manière son assaut glorieux. Vers 3h du matin, ce 6 mars 1836 et dans le plus complet silence, plus d'un millier de soldats mexicains se massent au pied des murs de l'Alamo. La plupart ont reçu l'ordre de retirer leurs chaussures pour faire le moins de bruit possible ; Santa Anna a aussi pris soin de détacher sa cavalerie et de couvrir les voies de retraite possibles pour empêcher toute tentative de fuite des Texans dans la campagne. Les rebelles, épuisés par deux semaines d'escarmouches et de bombardements nocturnes, somnolent dans leurs quartiers. Soudain, des trompettes font retentir une sinistre sonnerie : El Degüello, vieux signal de cavalerie espagnole signifiant « égorgement », vient de donner le signal de l'attaque. Les Mexicains se ruent à l'assaut au cri de « Viva Santa Anna ! Viva la Republica» ! Alertés, les rebelles se ruent sur les remparts, Travis se précipite à son poste sur le mur nord ; « No rendirse, muchachos ! » adresse-t-il à des tejanos qui se battent à ses côtés ; à peine a-t-il le temps de donner quelques ordres et de décharger son fusil qu'il est rapidement frappé d'une balle en pleine tête. »
L'auteur : Guillaume Journot est diplômé de Sciences Politiques de Paris-II Panthéon-Assas spécialisé dans l'industrie militaire et l'étude des conflits armés. Blogueur et écrivain, il travaille pour une société privée.
Santa Anna - Le « Napoléon de l'Ouest » - Tome I
Aux Editions Maïa


