Cette grave menace pour l’agriculture durable et la santé publique

Rédigé par : Joël-Pierre Chevreux
Cette grave menace pour l'agriculture durable et la santé publique. Adoptée définitivement le 8 juillet 2025, la loi Duplomb se présente comme une réponse à la colère des agriculteurs et une volonté de « lever les contraintes » pesant sur le monde agricole. Portée par le sénateur L.R. Laurent Duplomb et soutenue par la F.N.S.E.A, elle est pourtant vivement contestée par de nombreux acteurs : écologistes, paysans, scientifiques, médecins, victimes de pesticides et une large partie de la société civile. Cette loi, loin de résoudre les difficultés structurelles de l'agriculture française, risque d'aggraver les crises environnementales, sanitaires et sociales.
Un texte au service de l'agro-industrie
La loi Duplomb a été conçue pour faciliter le quotidien des exploitations agricoles, mais elle cible en réalité une minorité d'élevages industriels et de filières dépendantes des pesticides, au détriment de la majorité des agriculteurs, notamment ceux engagés dans l'agroécologie ou le bio.
Quelles sont les mesures phares du texte ?
Reculs majeurs pour l'environnement
La loi Duplomb est qualifiée de "texte funeste" par les écologistes, car elle remet en cause des garde-fous environnementaux construits depuis deux décennies. Les principaux reculs :
Retour des pesticides dangereux : la réintroduction de l'acétamipride, de la famille des néonicotinoïdes, est dénoncée comme une régression majeure pour la biodiversité et la santé humaine
Développement des mégabassines : ces infrastructures de stockage d'eau, désormais d'«intérêt général majeur», favorisent l'agriculture intensive et accentuent les tensions sur la ressource hydrique.
Allègement des normes pour les élevages industriels : la loi facilite l'agrandissement des fermes-usines, au détriment des élevages en plein air et de l'agriculture paysanne.
"On vit une injustice terrible. L'agriculture industrielle n'a jamais été aussi soutenue par les pouvoirs publics. Le fossé se creuse entre l'aspiration des citoyens pour des élevages en plein air et l'agrandissement continu des élevages industriels dans les campagnes." affirme Jean-Paul, paysan bio
Un danger pour la santé des agriculteurs et des riverains
La réintroduction de pesticides interdits, comme l'acétamipride, suscite une vive inquiétude chez les victimes de pesticides et les professionnels de santé. Plusieurs témoignages mettent en lumière la réalité des maladies professionnelles liées à l'exposition aux produits phytosanitaires : "Ré-autoriser des pesticides dont on sait la dangerosité, ça me révolte. Durant mon activité, on n'avait pas conscience de la dangerosité de ces produits. Aujourd'hui, il y a un tas d'études scientifiques qui mettent en évidence le lien entre des cancers et l'utilisation des pesticides donc je trouve cela intolérable." nous dit Bernard Morel, ancien agriculteur atteint d'un cancer reconnu comme maladie professionnelle
Une mobilisation citoyenne sans précédent
Face à ces dangers, la mobilisation contre la loi Duplomb a rassemblé 10 000 personnes dans plus de 60 villes, réunissant paysans, scientifiques, médecins et victimes de pesticides. Une centaine d'organisations ont appelé les parlementaires à rejeter ce texte, estimant qu'il va à l'encontre de la souveraineté alimentaire et de la transition agroécologique.
"Les paysans et apiculteurs ont interpellé les élus et le gouvernement pour expliquer en quoi cette loi ne répond pas à leurs préoccupations et entrave leur capacité à pouvoir assurer notre souveraineté alimentaire."
Un processus législatif contesté
Le passage en force de la loi Duplomb, validée par une alliance de la droite et de l'extrême droite, a suscité de vives critiques sur la méthode employée. Les forces de gauche et les écologistes, largement minoritaires, dénoncent un texte imposé sans véritable débat démocratique, au mépris des alertes scientifiques et citoyennes.
Les vrais enjeux ignorés
La loi Duplomb ne répond pas aux véritables attentes du monde agricole : revalorisation des revenus, soutien à l'agriculture biologique, accompagnement de la transition agroécologique. Elle renforce au contraire le modèle industriel, accentue la marginalisation des paysans engagés pour la préservation des sols, de l'eau et de la santé, et menace la souveraineté alimentaire de la France. Cette loi, loin d'être une solution aux difficultés de l'agriculture française, représente un retour en arrière dangereux pour l'environnement, la santé et la démocratie. Elle illustre le poids de l'agro-industrie dans les choix politiques, au détriment de l'intérêt général et des générations futures. La mobilisation citoyenne et les recours juridiques engagés montrent que la bataille pour une agriculture durable et juste est loin d'être terminée.
Qu'en pensent les Français ?
"On ne peut pas continuer à sacrifier la santé des agriculteurs et des riverains pour quelques intérêts économiques." Collectif de soutien aux victimes de pesticides de l'Ouest
"Cette loi ne répond pas à nos préoccupations et entrave notre capacité à assurer la souveraineté alimentaire." Coalition de 36 organisations citoyennes et agricoles
Saisine du Conseil constitutionnel par les députés socialistes pour tenter de bloquer la promulgation de la loi. Appels à un sursaut citoyen pour défendre une agriculture respectueuse de l'environnement et de la santé. Cette affaire n'est pas finie !
