Elections internes LR : les manoeuvres des pro-Retailleau passent mal !

06/06/2026

Par : Cédric Fichet

Alors que les adhérents Les Républicains choisissent leurs cadres locaux ces 8 et 9 juin, la présidentielle semblerait être un prétexte juteux pour régler des querelles, mais aussi prendre des revanches. Au risque de braquer les adhérents et élus locaux.

"Les amis de mes ennemis sont mes ennemis"

L'hostilité de Bruno Retailleau est connue à l'égard de plusieurs profils influents, présents ou passés, du parti gaulliste. Laurent Wauquiez est en tête de ceux-ci, mais la hache de guerre fend toujours l'air avec Xavier Bertrand et même Aurélien Pradié. Même si ce dernier a quitté le parti il y a deux ans, certains présidents sortants de fédérations lui sont jugés trop proches. C'est le cas de Romain Giral, candidat à sa réélection dans les Hautes-Pyrénées. Il devra affronter la candidature de Théo AmSaadi, président des jeunes LR nommé par Bruno Retailleau lui-même, ce dernier le soutenant très ouvertement. Ses collègues Barbara Neto (32) et Sébastien Nodari (46) subissent le même sort, même si Retailleau lui-même se fait plus discret. Parmi les proches (réels ou supposés) de Wauquiez pris pour cible, l'on note Alexandre Portier (69), Yannick Neuder (38), Vincent Seitlinger (57) ou encore Yann Pétel (91). Ceux jugés trop Bertrand-compatibles sont notamment Christophe Duprat (33) ou Antoine Sillani (59).

Systémique ou spontané ?

Si Bruno Retailleau s'affiche assez peu en soutien aux prétendants aux responsabilités internes de son parti, la coordination d'une partie notable de ses soutiens ne fait pas l'ombre d'un doute. Plusieurs d'entre eux font clairement l'objet d'une campagne coordonnée : même photo affichée de Retailleau, mêmes polices d'écriture, même ciel bleu en arrière-plan. Plus répandu encore : mêmes messages de soutien ou présences en réunions publiques de la part de Céline Imart et de Christophe Gomart, députés européens.

Cela ne signifie pas pour autant que tous ont été préalablement adoubés par le candidat LR à l'élection présidentielle. Certains d'entre eux ont choisi de se lancer seuls, comme Aurélien Caron dans la Somme, face à un président de fédération jugé trop proche de Xavier Bertrand et instrumentalisé par d'anciens barons locaux. Ou encore le jeune Gabriel Michel dans la Marne. L'un comme l'autre s'étaient vus refuser l'investiture de leur parti à la liste qu'ils conduisaient aux municipales. L'on en déduit que la candidature à l'Elysée de l'ancien bras droit de Philippe de Villiers a réveillé des vocations, et parfois des reconversions.

Polémiques et soutiens locaux

La base argumentaire chez les pro-Retailleau est toujours la même. Faire élire un président de fédération qui fera très clairement campagne pour le chef du parti à la magistrature suprême. Plusieurs d'entre eux n'hésitent pas à attaquer : proximité avec un rival du vendéen, campagne insuffisante pour la présidentielle, copinage supposé avec les élus locaux face à un message national clair en vue de 2027. Et ce, alors même que le cadre sortant a clairement indiqué son soutien à l'ancien ministre de l'Intérieur (comme Antoine Sillani ou Yann Pétel). Dans le Nord, Malo Tourquetil fait même campagne au moyen de visuels exhortant Xavier Bertrand à se retirer, dénigrant au passage le sortant Sillani. Sur les réseaux sociaux, ces attaques sont mal perçues par les élus et militants historiques de la famille gaulliste, au point de se rassembler massivement derrière leur président sortant. C'est notamment le cas dans l'Indre-et-Loire, le Nord, les Hautes-Pyrénées, la Somme ou l'Essonne. Les adhérents se retrouvent alors à choisir entre un sortant soutenu par les relais locaux, et un challenger poussé par des cadres nationaux. De là à invoquer une valeur locale face à des décisions prises depuis Paris, il n'y a qu'un pas.

Désignation de Retailleau pour 2027 : une fausse victoire ?

Ce que ces couacs de campagne interroge, c'est la légitimité de Bruno Retailleau à représenter sa famille politique. Son élection à la tête du parti n'a pourtant pas fait l'ombre d'un doute (75 % des voix avec une participation de 80 %). Mais lors de sa désignation comme candidat à l'Elysée, si le pourcentage en sa faveur reste peu ou prou le même, la participation fond à 60 %. Résultat : sur les 77 000 adhérents LR, seuls 35 000 ont soutenu la candidature de leur président, soit moins de la moitié. Parmi les abstentionnistes et les votes blancs, l'on retrouve les partisans d'une primaire élargie à l'ensemble de la droite, tels Laurent Wauquiez ou David Lisnard (qui a quitté le parti depuis). D'où commentaires, dont la presse se fait l'écho, de députés qui attendent l'unité de la droite pour battre campagne. C'est donc dans ce contexte que les élus du parti, et avec eux, plusieurs fédérations, tardent, voire peinent à rejoindre les rangs de l'équipe de campagne de leur poulain. Un dur chemin de croix pour l'ancien ministre de l'Intérieur, qui, avant de convaincre les Français, devra parvenir à réunir son propre parti.

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