Macronisme ou lorsque le choix Philippe se dessine
Par : Joël Pierre Chevreux
À moins de deux ans de l'élection présidentielle, le soutien de Maud Bregeon, porte-parole du Gouvernement et membre de Renaissance, à Édouard Philippe dépasse le simple choix personnel. Il traduit une stratégie plus large, celle d'une partie du camp présidentiel qui cherche déjà à organiser une continuité politique après Emmanuel Macron, en misant sur une figure capable d'élargir l'électorat macroniste tout en évitant l'élimination au premier tour face au Rassemblement national.
Un signal politique venu du cœur du macronisme
Bien sûr, le geste n'est pas anodin. Maud Bregeon appartient à la génération politique issue du macronisme, proche de la majorité présidentielle et engagée au sein de Renaissance, le parti fondé autour d'Emmanuel Macron. En choisissant de soutenir Édouard Philippe plutôt que Gabriel Attal, elle envoie un signal qui dépasse sa propre trajectoire. L'ancienne porte-parole du groupe Renaissance à l'Assemblée nationale considère que l'ancien Premier ministre possède aujourd'hui l'un des atouts les plus recherchés dans la perspective de 2027 : la capacité à rassembler au-delà de son camp d'origine. « Il est aujourd'hui plus que les autres dans la capacité de rassembler largement », a-t-elle déclaré, estimant que cette dynamique pourrait permettre d'atteindre le second tour et d'éviter une victoire du Rassemblement national. Derrière cette prise de position apparaît la question centrale du " comment prolonger l'héritage politique d'Emmanuel Macron après deux quinquennats marqués par la volonté de dépasser l'opposition traditionnelle entre droite et gauche ?"
Édouard Philippe, candidat de la continuité assumée
Depuis plusieurs mois, Édouard Philippe prépare son retour sur le devant de la scène nationale. L'ancien Premier ministre, fondateur du parti Horizons, construit une image de stabilité, de sérieux institutionnel et de modération. Son positionnement vise à incarner une forme de continuité tout en se distinguant de la pratique présidentielle actuelle. Pour une partie du camp macroniste, il apparaît comme une option permettant de conserver les grands axes de la politique menée depuis 2017 avec des réformes économiques, la valorisation du travail, l'attractivité du pays, la politique européenne et une volonté de transformation de l'État. Le soutien de Maud Bregeon peut donc être aisément interprété comme une manière indirecte de préparer l'après-Macron. Sans remettre en cause son appartenance à Renaissance, elle reconnaît que la future bataille présidentielle pourrait nécessiter un candidat capable de réunir des sensibilités plus larges que le seul socle macroniste.
Eviter une nouvelle dispersion du centre, véritable défi !
La principale inquiétude du camp présidentiel repose sur le risque d'une fragmentation de l'électorat issu de la majorité actuelle. Plusieurs figures ambitionnent de peser dans la succession Macron, notamment Gabriel Attal, qui dispose d'une forte exposition médiatique et d'une popularité importante auprès d'une partie des électeurs. Mais la multiplication des candidatures pourrait affaiblir le bloc central dans une élection où le Rassemblement national reste annoncé comme une force majeure. Le choix Philippe répond donc à une logique électorale : trouver une personnalité capable de dépasser les frontières partisanes, de récupérer une partie de l'électorat modéré de droite comme du centre, et de proposer une alternative crédible au duel annoncé avec l'extrême droite.
Une recomposition déjà engagée
Maud Bregeon affirme ne pas vouloir quitter Renaissance, mais son soutien révèle une recomposition progressive du paysage politique. Le macronisme, construit autour d'Emmanuel Macron, en 2017, doit désormais réfléchir à sa succession sans disposer de son fondateur comme candidat. La question n'est plus seulement de savoir qui portera une candidature l'année prochaine, mais quelle forme prendra l'héritage politique des années Macron. En soutenant Philippe, une partie de la majorité présidentielle semble considérer que la continuité ne passera pas nécessairement par la reproduction du mouvement initial, mais par une nouvelle incarnation capable d'en préserver les grandes orientations.

