Non ! L'écologie n'est pas l'apanage de la gauche...

23/06/2025

Par : Joël Pierre Chevreux

Non l'écologie n'est pas l'apanage de la gauche ! Si elle constitue l'un des enjeux majeurs du XX° siècle, l'écologie longtemps considérée comme une préoccupation marginale, s'est imposée au fil des décennies. Avec le réchauffement climatique, l'effondrement de la biodiversité, la pollution de l'air et des océans, les crises de l'eau, ces défis environnementaux sont désormais au cœur des politiques nationales et des préoccupations citoyennes. Mais il est regrettable qu'un cliché persiste : elle serait l'apanage de la gauche, voire de l'extrême gauche. Cette idée reçue mérite doit être déconstruite à la lumière de l'actualité politique et des évolutions récentes de la société.

Les combats pour la justice climatique s'inscrivent dans cet imaginaire de gauche

Pour comprendre pourquoi l'écologie est souvent associée à la gauche, il faut remonter à ses origines politiques. Dans les années 1970, l'émergence des mouvements écologistes coïncide avec la contestation du modèle de croissance économique sans limites, alors largement défendu par la droite traditionnelle. Les premiers partis « écolos », en France, se positionnent en rupture avec le productivisme, prônant la décroissance, la justice sociale et la remise en cause du capitalisme. Voilà pourquoi cette posture critique rapproche l'écologie politique des valeurs de la gauche. En 1984, la création des Verts, puis d'Europe Écologie Les Verts (EELV), s'inscrit dans cette tradition. Les alliances électorales se font majoritairement avec les partis de gauche, et les figures emblématiques de l'écologie, (Nicolas Hulot, José Bové) s'opposant frontalement aux politiques libérales. Les combats pour la justice climatique, la régulation des marchés, la redistribution des richesses ou encore l'accueil des migrants s'inscrivent dans cet imaginaire de gauche, renforçant l'idée d'une écologie intrinsèquement progressiste.

La crise climatique frappe partout

Aujourd'hui, réduire l'écologie à une question de gauche constitue une erreur d'analyse et une impasse stratégique. Premièrement, il faut bien retenir que l'environnement concerne l'ensemble de la société, indépendamment des clivages politiques car la nature et la protection de ses animaux ne connaissent ni droite ni gauche. Constatons que la crise climatique frappe partout, sans distinction d'idéologie. D'ailleurs, l'histoire le prouve, combien de penseurs et d'acteurs de droite, du centre ou même conservateurs, ont porté des préoccupations écologiques bien avant l'émergence d'Europe Écologie Les Verts. Je me souviens, dès les années 1960, des personnalités comme René Dumont. Déjà, cet agronome, candidat à la présidentielle en 1974, alertait sur les limites de la croissance et la nécessité de préserver les ressources naturelles. Si Dumont est souvent associé à la gauche, son message était avant tout universel. Plus récemment, des responsables politiques de droite, comme Jean-Louis Borloo, ancien ministre de l'Écologie, ou Nathalie Kosciusko-Morizet, ont porté des lois et des réformes majeures en faveur de la transition énergétique, de la biodiversité ou de la lutte contre la pollution.

Le centre, lui, promeut une écologie pragmatique, réformiste

Si l'écologie de droite ou du centre existe bel et bien et ne se confond pas avec celle de la gauche, elle possède ses propres priorités et méthodes. Lorsque la gauche met l'accent sur la justice sociale, la redistribution et la régulation, la droite privilégie l'innovation technologique, la responsabilité individuelle et la valorisation du patrimoine. Pour la droite et le centre, la transition écologique passe par la confiance dans le progrès scientifique, le soutien aux entreprises innovantes et la recherche de solutions compatibles avec la croissance économique. L'accent est mis sur l'efficacité, la subsidiarité et la préservation de l'ordre social. La droite défend aussi une écologie de la ruralité, attachée à la protection des paysages, à la valorisation des savoir-faire agricoles et à la transmission du patrimoine naturel. Le centre, lui, promeut une écologie pragmatique, réformiste, axée sur la concertation et la recherche de compromis. Il s'agit de concilier développement économique et protection de l'environnement, en évitant les positions jugées trop radicales ou dogmatiques. Ils militent pour une écologie de l'innovation, du dialogue et de l'adaptation progressive. Ce sont donc les différences de fond qui demeurent. À gauche, elle est souvent pensée comme une rupture (changer de modèle, repenser la société, redistribuer les richesses et remettre en cause le capitalisme) avec des mesures proposées radicales : taxation forte des pollueurs, interdictions, quotas, nationalisations, planification écologique. À droite et au centre, elle s'inscrit dans une logique d'adaptation, entendez rendre le système existant plus vertueux, sans bouleverser les équilibres économiques et sociaux.

Ses solutions ?

Passer par l'incitation, le partenariat public-privé, et la mobilisation des acteurs locaux. Mais le plan des valeurs, me direz-vous ? La gauche met l'accent sur la solidarité internationale, l'accueil des réfugiés climatiques, la lutte contre les inégalités mondiales. Mais la droite n'insiste t'elle pas sur la souveraineté nationale, la protection des frontières, la défense du patrimoine ? Pourtant, une autre question fondamentale doit nous préoccuper, celle de l'urgence climatique. Elle nous invite à nous rassembler autour d'une droite et du centre bien plus réalistes que les vues de la gauche pour le développement des énergies renouvelables, la rénovation thermique des bâtiments, la préservation de la biodiversité et la lutte contre la pollution plastique. C'est cette volonté responsable qui s'adresse aux jeunes générations. Enfin, réduire l'écologie à un combat de gauche présente plusieurs risques. D'abord, cela peut freiner l'adhésion d'une partie de la population, notamment dans les territoires ruraux ou conservateurs, qui se sentent exclus du débat. Ensuite, cela alimente la polarisation et les oppositions stériles, au détriment de l'action collective. De plus, cela expose l'écologie à des récupérations idéologiques ou à des instrumentalisations électorales.

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