Papamobile, pas si nanar que ça…

28/07/2026

Par : Jérémy Bizet

Il est arrivé discrètement en vidéo à la demande sur OCS. Habituellement, Infopremière ne chronique pas les sorties cinéma. Mais Papamobile mérite sans doute une exception, tant son parcours est atypique. Avant même sa sortie, le film de Sylvain Estibal était devenu un cas d'école. Présenté comme l'un des plus gros fiascos du cinéma français de 2025, abandonné par son distributeur, annoncé comme un « nanar » avant même que le public puisse se faire son propre avis, Papamobile semblait condamné d'avance. Pourtant, derrière ce procès expéditif se cache un film qui ne mérite probablement pas une telle réputation.

Un film mort avant sa naissance

Les chiffres sont cruels. Avec seulement 1 055 spectateurs lors de son exploitation en salles, Papamobile figure parmi les plus gros échecs commerciaux de l'année. Initialement programmé dans seulement sept salles, il bénéficiera finalement d'une trentaine d'écrans grâce au retentissement médiatique de la polémique… mais parfois avec une ou deux séances hebdomadaires seulement. Difficile, dans ces conditions, de rencontrer son public. Ce qui surprend davantage, c'est la présence de Kad Merad à l'affiche. L'un des acteurs les plus populaires de France dans un film quasiment invisible : de quoi forcément intriguer. Malgré cet échec commercial, deux grands acteurs du streaming, OCS (Groupe Canal+) et Amazon Prime Video, ont tout de même acquis les droits de diffusion du film. Un choix qui interroge. Pourquoi investir dans un film présenté comme un désastre absolu ? Sans doute parce que, derrière les chiffres catastrophiques du box-office, le long-métrage conserve un potentiel d'attractivité, porté autant par la curiosité du public que par la notoriété de son casting… et par la polémique elle-même. À force d'entendre qu'il s'agissait du « pire film de l'année », j'ai fini par vouloir le regarder. Ne serait-ce que pour vérifier si la réputation était méritée.

Le vrai problème : un budget minuscule

La première chose qui saute aux yeux n'est pas la qualité du scénario, mais celle des moyens. Avec un budget estimé à seulement 1,2 million d'euros, Papamobile joue dans une toute autre catégorie que les grandes comédies françaises. À titre de comparaison, Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? disposait d'environ 13 millions d'euros. L'écart est immense. Cela se ressent forcément à l'écran : certains effets spéciaux sont limités, quelques scènes manquent d'ampleur et la réalisation souffre parfois du manque de temps. Le tournage, effectué en seulement vingt-quatre jours, ne permet évidemment pas de multiplier les prises jusqu'à obtenir un résultat parfait. Mais peut-on réellement reprocher à un film de ne pas avoir les moyens qu'il n'a jamais eus ?

Un scénario loin d'être catastrophique

Une fois cette contrainte budgétaire acceptée, le constat est finalement assez simple : le scénario n'a rien d'exceptionnel… mais rien de catastrophique non plus. L'histoire reste cohérente avec son postulat de départ. Certains gags fonctionnent, d'autres moins, comme dans la plupart des comédies françaises. Le rythme est inégal, mais le film se laisse regarder sans ennui particulier. Quant aux acteurs, ils font largement le travail. Kad Merad est fidèle à lui-même, et le reste du casting livre des prestations tout à fait honorables. En réalité, si l'on oublie quelques instants toute la polémique ayant précédé sa sortie, Papamobile ressemble surtout à une petite comédie modeste, imparfaite mais sincère.

Le mot « nanar » est-il vraiment approprié ?

C'est sans doute là que réside le cœur du problème. Qualifier Papamobile de « nanar absolu » me paraît largement excessif. Lorsqu'on parle de véritables nanars, je pense plutôt aux productions de The Asylum, ces films volontairement opportunistes qui surfent sur les succès hollywoodiens avec des moyens dérisoires. Des titres comme Titanic : Odyssée 2012, Titanic 666 ou encore Jurassic Reborn entrent pleinement dans cette catégorie. Pour ce dernier, je n'ai d'ailleurs pas tenu plus de dix minutes tant le jeu des acteurs, les effets spéciaux et la réalisation étaient indigents. Comparer Papamobile à ce type de productions me semble profondément injuste. C'est même, à mes yeux, une véritable injustice, voire une forme d'insulte, envers Sylvain Estibal, Kad Merad, Myriam Tekaïa et toutes celles et ceux qui ont consacré des mois de travail à ce projet. On peut critiquer un film, ne pas l'aimer, lui reprocher ses limites. Mais le ranger dans la même catégorie que des productions bâclées, sans ambition artistique ni exigence de réalisation, me paraît profondément excessif.

Et si la polémique avait tout changé ?

Finalement, l'histoire de Papamobile est peut-être plus intéressante que le film lui-même. Sans cette affaire, Papamobile serait probablement sorti dans une relative indifférence. On aurait simplement conclu qu'il s'agissait d'une comédie moyenne, ni excellente, ni désastreuse. Au lieu de cela, le distributeur The Jokers lui a peut-être offert une forme de postérité. Le film restera associé à cette incroyable polémique et continuera sans doute d'être cité comme « le nanar de 2025 », que ce qualificatif soit justifié ou non. Ironiquement, la meilleure publicité de Papamobile aura peut-être été… sa non-promotion.

Mon avis

Papamobile n'est certainement pas le film de l'année. Il souffre d'un budget limité, d'une réalisation parfois fragile et de défauts bien réels. Mais il est aussi loin d'être la catastrophe cinématographique que beaucoup ont décrite sans même l'avoir vu. Ce n'est pas un grand film. Ce n'est probablement même pas un très bon film. En revanche, c'est un film qui se regarde sans déplaisir, qui divertit honnêtement pendant une heure et demie et qui remplit finalement ce qu'on attend d'une petite comédie sans prétention. Mais ce n'est certainement pas le « nanar historique » annoncé avant sa sortie. Et si cette réputation disait finalement davantage de notre époque, où l'on condamne parfois une œuvre avant même de l'avoir vue, que de Papamobile lui-même ?

Les Rafale M constituent l'épine dorsale de l'aviation embarquée française. Pourtant, leur vieillissement suscite désormais une inquiétude croissante au sein de la Marine nationale. Entre usure des cellules, retards industriels et montée des tensions internationales, les responsables militaires reconnaissent qu'une période « sensible et difficile à gérer » se profile.
Share