David Lisnard : « Il faut retrouver la grande France »

09/08/2026

Par : Joël Pierre Chevreux

De la réforme de l'État au redressement national, David Lisnard, candidat à la présidentielle veut transformer la colère diffuse du pays en projet politique. En déplacement à Olmeto, en Corse, à l'invitation du maire José-Pierre Mozziconacci, à l'occasion de la foire de Baracci, David Lisnard poursuit une campagne présidentielle qui entend rompre avec le fonctionnement actuel de l'État. Derrière la formule « retrouver la grande France », le président de l'Association des maires de France et maire de Cannes défend une profonde transformation administrative, économique et institutionnelle. Son ambition : réduire la bureaucratie, restaurer l'autorité publique et rendre aux Français le sentiment d'un pays capable de décider et d'agir.

Une campagne qui veut sortir des bureaux parisiens

La visite d'Olmeto n'a rien d'anodin dans la stratégie politique de David Lisnard. En choisissant de multiplier les déplacements dans les territoires, le candidat cherche à construire une image différente de celle du responsable politique enfermé dans les cercles parisiens. La Corse constitue, à cet égard, un terrain particulièrement symbolique. Lisnard y possède des attaches familiales et revendique une proximité avec les élus locaux, dont il représente une partie importante à travers la présidence de l'Association des maires de France. À Olmeto, au contact des habitants, des producteurs, des artisans et des élus, le discours prend une tonalité plus concrète. Le candidat veut parler de la France réelle, celle qui travaille, entreprend, administre les communes, entretient les territoires et supporte quotidiennement les conséquences de décisions prises loin du terrain. Cette approche correspond à la ligne développée depuis plusieurs mois par Nouvelle Énergie. Lors du lancement officiel de sa campagne à Saint-Raphaël, le 3 juillet, Lisnard appelait déjà à faire gagner « la France qui fait », opposée à un système politique qu'il juge épuisé.

« Grande France » : bien davantage qu'une formule électorale

L'expression « grande France » constitue désormais l'un des marqueurs du discours de David Lisnard. Elle ne renvoie pas seulement à la puissance internationale du pays. Elle désigne, dans son projet, une France qui retrouverait confiance en elle-même, sa capacité d'action, son indépendance de décision et son goût du progrès. À Saint-Raphaël, le candidat a développé cette conception en évoquant une France à la fois républicaine, historique, scientifique, industrielle et culturelle. Il cite aussi bien les cathédrales que la Déclaration des droits de l'homme, la littérature que la recherche, le nucléaire, Airbus ou Ariane. Sa « grande France » correspond donc à une volonté de renouer avec une certaine idée de la puissance française. Cette référence possède également une dimension politique. Lisnard estime que la France aurait progressivement renoncé à l'audace sous le poids des normes, de la bureaucratie, de la dépense publique et d'un système institutionnel devenu, selon lui, incapable de se réformer. Son ambition ne consiste donc pas simplement à changer de majorité. Il veut modifier les mécanismes mêmes qui produisent les politiques publiques.

De la « tronçonneuse » à la réforme de l'État

Cette volonté de rupture explique les comparaisons qui ont été faites entre David Lisnard et Javier Milei. Le président argentin a popularisé la tronçonneuse comme symbole de sa volonté de réduire brutalement les dépenses publiques et les structures administratives. Lisnard reprend en partie cette imagerie, mais cherche à l'adapter au contexte français. Sa démarche repose moins sur la destruction de l'État que sur sa transformation. Il oppose ainsi l'État-providence, qu'il considère progressivement devenu inefficace et financièrement insoutenable, à ce qu'il appelle l'« État-performance ». La nuance compte. Dans son discours, il ne propose pas la disparition de l'État. Il souhaite au contraire le recentrer sur ses fonctions essentielles : sécurité, justice, défense, éducation, santé et protection des citoyens. Son raisonnement repose sur une idée simple : moins d'administration ne signifie pas nécessairement moins de service public. Au contraire, la suppression de procédures jugées inutiles permettrait, selon lui, de rediriger les moyens vers les missions fondamentales.

La bureaucratie au cœur de la bataille

Le principal adversaire désigné par Lisnard porte donc moins un nom qu'un système : la bureaucratie. Le candidat considère l'empilement des normes, des contrôles, des agences, des procédures et des structures administratives comme l'un des principaux freins au redressement français. Dans son discours de Saint-Raphaël, il a promis une véritable opération de débureaucratisation, avec notamment la suppression de structures jugées inutiles et une simplification massive des règles. Cette question touche directement les collectivités locales. Les maires se trouvent souvent confrontés à une accumulation de normes qui ralentissent les projets, augmentent leurs coûts et réduisent leur marge de manœuvre. Lisnard utilise donc sa fonction à la tête de l'AMF pour transformer une revendication ancienne des élus locaux en thème national : rendre davantage de liberté d'action aux territoires. L'enjeu dépasse toutefois les mairies. Pour le candidat, la bureaucratie pénalise également les entreprises, les artisans, les agriculteurs, les propriétaires et les salariés.

Une rupture économique assumée

Sur le terrain économique, David Lisnard revendique clairement une orientation libérale. Il considère que la France prélève trop, dépense trop et réglemente trop. Son projet vise donc à diminuer la dépense publique afin de pouvoir réduire progressivement les prélèvements qui pèsent sur le travail et la production. Il défend notamment l'idée de diminuer les cotisations pour augmenter le revenu disponible des salariés. Cette logique s'accompagne d'une volonté de réindustrialisation, d'une relance du nucléaire et d'un soutien accru à l'investissement et à l'innovation. Lisnard refuse ainsi une opposition entre économie et écologie. Pour lui, la transition environnementale doit passer par la science, la recherche, le nucléaire, l'innovation et l'investissement plutôt que par une multiplication des contraintes administratives. Restaurer l'autorité sans abandonner les territoires

L'autre pilier de son discours concerne l'autorité.

Sécurité, justice, immigration, contrôle des frontières, exécution des peines : sur ces sujets, le candidat défend une ligne beaucoup plus ferme. Il considère que l'État ne peut prétendre protéger les citoyens s'il ne possède plus les moyens d'imposer ses décisions. Cette question rejoint directement sa critique de l'administration. Un État capable de produire des milliers de normes mais incapable de faire appliquer efficacement ses décisions constituerait, selon lui, une contradiction majeure. Sa réponse consiste donc à réduire l'administration périphérique tout en renforçant les fonctions régaliennes. Cette distinction constitue l'un des axes essentiels de son projet : moins d'État bureaucratique, davantage d'État régalien. La présidentielle comme bataille contre le fatalisme À travers cette campagne, David Lisnard tente surtout de transformer le mécontentement en volonté politique. Son discours repose sur une conviction : les Français ne seraient pas condamnés au déclin. Le problème ne viendrait pas d'une incapacité nationale mais d'un système qui empêcherait les initiatives de produire leurs effets. Cette idée lui permet de construire un récit politique relativement cohérent. La France disposerait encore d'entrepreneurs, de chercheurs, d'artisans, d'agriculteurs, de fonctionnaires engagés, de collectivités dynamiques et d'une industrie capable d'innover. Ce qui manquerait serait une organisation politique permettant à ces forces de s'exprimer. La « grande France » devient alors le résultat attendu de cette libération.

Alternance ou véritable rupture ?

La question posée au candidat ( alternance ou rupture ? ) prend ici tout son sens. Une alternance classique consisterait à remplacer une majorité par une autre tout en conservant l'essentiel des mécanismes institutionnels et administratifs existants. Lisnard veut manifestement aller plus loin. Sa campagne repose sur une rupture avec ce qu'il appelle le « social-étatisme », une transformation du modèle de dépense publique, une réduction massive de la bureaucratie, une évolution du système de retraite, une politique migratoire plus restrictive et une restauration de l'autorité de l'État. Mais cette rupture ne se veut pas révolutionnaire au sens institutionnel. Elle se présente plutôt comme une volonté de revenir à certains fondamentaux : responsabilité, liberté, travail, mérite, autorité, souveraineté et efficacité publique.

La Corse comme symbole d'une France à reconquérir

À Olmeto, le décor donne une résonance particulière à cette ambition. La Corse rappelle à la fois la diversité des territoires français et les tensions récurrentes entre centralisation et autonomie locale. La présence de Lisnard dans l'île intervient après sa participation au congrès de l'Association nationale des élus du littoral à Bonifacio. Elle s'inscrit dans une série de déplacements destinés à rencontrer les élus et les acteurs locaux. Le message adressé depuis Olmeto rejoint donc celui développé depuis plusieurs semaines : la France ne pourrait retrouver sa puissance sans réconcilier l'État et ses territoires. C'est probablement là que réside la véritable portée de la formule « retrouver la grande France ». Derrière le vocabulaire volontairement patriotique, Lisnard propose une équation politique : restaurer l'efficacité de l'État, libérer les initiatives, renforcer l'autorité et redonner confiance au pays. Reste désormais à savoir si cette promesse de rupture trouvera un électorat suffisamment large. Car transformer la colère contre la bureaucratie en majorité présidentielle constitue une autre affaire. David Lisnard le sait. Sa campagne ne cherche donc plus seulement à convaincre que la France peut être réformée. Elle tente désormais de convaincre qu'elle peut redevenir ambitieuse. Et, dans cette bataille, « la grande France » pourrait devenir bien davantage qu'un slogan : le récit fondateur de sa candidature à l'Élysée.

Alors que la course à l'élection présidentielle de 2027 commence déjà à dessiner de nouvelles lignes de fracture, Patrick Sébastien a surpris en évoquant le nom de David Lisnard comme une personnalité capable d'incarner une voie différente. Entre critique du système politique, défense du « bon sens » et appel au renouvellement, l'animateur place le maire de Cannes parmi les profils susceptibles de répondre aux attentes d'une partie de l'électorat.
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