Les SOS de la Tanière
Par : Joël Pierre Chevreux
Derrière les grilles d'un refuge, il n'y a pas seulement des animaux abandonnés. Il y a des histoires brisées, des animaux vieillissants, malades, traumatisés ou simplement devenus indésirables. Face à l'augmentation des abandons et aux difficultés financières qui frappent de nombreuses structures, les refuges doivent aujourd'hui accomplir une mission toujours plus lourde avec des moyens souvent limités. La Tanière, refuge et parc animalier consacré notamment à l'accueil d'animaux issus de sauvetages, illustre cette réalité : sauver un animal constitue une première étape ; lui offrir durablement une existence digne représente un combat quotidien.
SAUVER N'EST QUE LE COMMENCEMENT
Lorsqu'un animal arrive dans un refuge, l'urgence ne s'arrête pas à son placement en sécurité. Il faut souvent l'identifier, l'examiner, le soigner, le nourrir, parfois le rééduquer et surtout comprendre son comportement. Certains animaux arrivent après des années de négligence. D'autres ont connu la captivité, les mauvais traitements, l'exploitation ou l'abandon. Certains ne connaissent même plus les comportements élémentaires permettant une relation normale avec l'être humain. Le refuge devient alors bien davantage qu'un lieu d'hébergement. Il devient un lieu de reconstruction. Et cette reconstruction demande du temps, des compétences et de l'argent.
DES ANIMAUX QUI NE RENTRENT PAS DANS LES CASES
La particularité de La Tanière réside notamment dans l'accueil d'animaux provenant de situations très diverses. Animaux domestiques abandonnés, animaux sauvages victimes du trafic, animaux provenant de laboratoires, animaux issus de spectacles ou de situations de captivité : les parcours diffèrent, mais une même réalité demeure. L'animal ne choisit pas son histoire. Il subit les décisions humaines. Cette diversité complique considérablement le travail des équipes. Les besoins d'un animal domestique ne correspondent évidemment pas nécessairement à ceux d'un animal sauvage. Les installations, l'alimentation, les soins et les conditions de détention doivent être adaptés à chaque espèce et parfois à chaque individu. Un refuge accueillant des animaux aussi différents doit donc fonctionner comme une véritable organisation spécialisée.
LE COÛT INVISIBLE DU SAUVETAGE
Le public imagine parfois qu'un animal sauvé représente essentiellement une dépense au moment de son arrivée. La réalité s'avère beaucoup plus longue. Il faut financer son alimentation quotidiennement. Assurer les soins vétérinaires. Entretenir les installations. Chauffer ou sécuriser certains espaces. Acheter du matériel. Employer ou former des soigneurs. Assurer la surveillance et parfois financer des opérations médicales lourdes. Un animal sauvé aujourd'hui peut nécessiter une prise en charge pendant des années. Et contrairement à un refuge classique, certains animaux accueillis dans des structures spécialisées ne pourront jamais retrouver leur milieu naturel. Le refuge devient alors leur lieu de vie définitif. Cela signifie que le coût du sauvetage ne s'arrête jamais véritablement.
QUAND LES ABANDONS AUGMENTENT
Cette situation intervient dans un contexte plus large : celui de la crise de la protection animale. Chaque année, des associations et refuges doivent faire face à des animaux abandonnés, trouvés errants ou confiés par des propriétaires qui ne peuvent plus assumer leur prise en charge. Derrière chaque abandon se cache une situation différente. Parfois, l'animal a été acheté sur un coup de cœur. Puis le propriétaire découvre les contraintes réelles : alimentation, soins, vacances, logement, comportement, dépenses vétérinaires. Parfois, les difficultés financières rendent impossible la poursuite de la prise en charge. Parfois encore, l'animal devient âgé ou malade. Et parfois, il s'agit simplement d'un abandon sans justification acceptable. Dans tous les cas, le refuge récupère les conséquences d'une décision humaine.
UNE SOCIÉTÉ QUI DOIT REGARDER SES ANIMAUX EN FACE
La question dépasse donc largement le fonctionnement d'un refuge. Elle concerne notre rapport collectif à l'animal. Pourquoi achète-t-on encore certains animaux comme des objets ? Pourquoi certaines espèces sont-elles détenues sans que leurs besoins réels soient connus ? Pourquoi des animaux sont-ils abandonnés après quelques mois ou quelques années ? Pourquoi la prévention et l'information restent-elles insuffisantes ? Adopter un animal devrait pourtant représenter un engagement. Pas quelques semaines. Pas quelques mois. Toute la durée de sa vie.
LA TANIÈRE, UN REFUGE MAIS AUSSI UN MESSAGE
Le rôle d'une structure comme La Tanière ne consiste donc pas uniquement à recueillir. Elle peut également contribuer à sensibiliser le public. Car voir un animal sauvé permet parfois de comprendre ce que les statistiques ne montrent pas. Un animal maltraité n'est pas une donnée. Un animal abandonné n'est pas un chiffre. C'est un être vivant qui ressent la douleur, la peur, le stress et, selon les espèces, possède des capacités sociales et cognitives parfois considérables. Le regard porté sur lui peut alors changer.
QUI SAUVERA LES SAUVETEURS ?
Une question demeure toutefois : qui protège ceux qui protègent les animaux ?
Les équipes de refuge affrontent quotidiennement des situations difficiles. Elles doivent gérer les urgences, les soins, les contraintes financières, les installations, les relations avec le public et parfois la détresse liée aux animaux qu'elles ne peuvent pas sauver. Le bénévolat et la générosité constituent des forces extraordinaires. Mais ils ne peuvent pas tout résoudre. La protection animale nécessite également des moyens durables, une politique publique cohérente, une meilleure prévention des abandons et une véritable réflexion sur les conditions de détention et de prise en charge des animaux.
UN CRI QUI NOUS CONCERNE TOUS
Lorsque La Tanière appelle à l'aide, ce n'est finalement pas seulement un refuge qui demande du soutien. C'est toute une conception de notre rapport au vivant qui se trouve interrogée. Sauver un animal représente un acte concret. Mais empêcher qu'il soit abandonné, maltraité ou exploité constitue une ambition beaucoup plus grande. La véritable réussite ne se mesurera peut-être pas au nombre toujours croissant d'animaux accueillis. Elle se mesurera aussi au nombre de ceux qui n'auront jamais besoin d'être sauvés. Car derrière les portes d'un refuge, chaque animal raconte une histoire. Et parfois, cette histoire commence par une erreur humaine. Mais elle peut aussi se poursuivre par une seconde chance. La Tanière crie au secours. À nous de décider si nous voulons entendre ce cri.
Nogent-le-Phaye (Eure-et-Loir) Ils s'appellent Cannelle, Léo, Hanoï… Des centaines d'animaux sauvés du braconnage, des cirques, des laboratoires ou de l'abandon, qui ont trouvé refuge ici à La Tanière. Mais aujourd'hui, ce havre de paix est menacé.



