Les décisions d'Elisabeth Born seront-elles suffisantes ?

Par : Joël Pierre Chevreux
Les décisions d'Elisabeth Born seront-elles suffisantes ? Collège, violence et société , résultat de la mutation d'une génération. Il n'y a pas si longtemps, le collège apparaissait, dans l'imaginaire collectif, comme un lieu initiatique. L'on y découvrait l'indépendance, la vie sociale, et parfois même l'usage d'un canif, objet d'artisanat, familial, il ne suscitait ni crainte ni suspicion. Se rappeler cette époque, c'est revisiter une société où l'outil servait à bricoler, à tailler un crayon, ou à partager un fruit durant la pause méridienne. Loin était l'idée d'en faire une arme ou de voir dans chaque élève un risque potentiel.
Le collège, creuset de la société française
La France a viré à d'autres extrêmes. L'accumulation de faits divers, la multiplication des agressions ou des actes de violence gratuite n'épargnent plus l'école. La mutation semble s'être accomplie en quelques décennies, accélérée par l'influence des images, des modèles véhiculés par certains films, certaines séries, les réseaux sociaux et l'émergence du cyberharcèlement. Tout concourt à rendre la violence omniprésente, parfois banalisée dans le discours ou les attitudes. Dans ce contexte, l'arrivée d'une immigration mal régulée est souvent citée comme un facteur aggravant cette mutation sociale, en renforçant le sentiment d'insécurité et les tensions identitaires au sein de l'école. Loin d'être épargné, le collège, creuset de la société française, en devient le révélateur
Le virage sécuritaire d'Élisabeth Borne
Face à cette situation préoccupante, le gouvernement, par la voix d'Élisabeth Borne, va multiplier les mesures pour tenter de restaurer la confiance. C'est heureux ! Lors de cette rentrée 2025, la Première ministre a confirmé l'interdiction totale et généralisée des téléphones portables en collège, pour lutter non seulement contre la distraction mais aussi contre le cyberharcèlement et la diffusion d'images violentes. Mais encore, le renforcement des contrôles d'accès aux établissements, avec la présence accrue de personnels et la mise en œuvre de portiques de sécurité ou de badges personnalisés. La ministre propose aussi l'augmentation du nombre d'assistants d'éducation et de médiateurs dans les collèges des quartiers sensibles assorti d'un plan national de lutte contre le harcèlement scolaire, développé via le programme "pHARe", généralisé à l'ensemble des établissements. Mais Elisabeth Born va plus loin dans ses résolutions avec la vigilance accrue autour des regroupements à l'extérieur des établissements, avec la mobilisation conjointe des forces de l'ordre dans les zones les plus exposées. Enfin, la mise en place de cellules d'écoute psychologique pour les élèves victimes ou témoins d'actes de violence ou d'intimidation est inscrite à cette liste décisions. Mais si ces dispositifs témoignent d'une volonté de reprendre la main, ils révèlent, aussi, le degré d'inquiétude d'une société qui ne reconnaît plus son école telle qu'elle l'a connue.
Violence ordinaire et banalisation : l'effet "contagion"
Les sociologues évoquent aujourd'hui une banalisation qui touche même des collégiens issus de milieux réputés paisibles. Au fil d'années marquées par l'émergence de nouveaux référentiels culturels et par l'arrivée progressive de familles aux codes parfois éloignés des normes scolaires françaises, la violence, jadis perçue comme une transgression majeure, finit par entrer dans le quotidien. Les jeux vidéo, certains réseaux sociaux ou séries diffusées à toute heure, affichent des scènes où l'usage de l'agressivité devient la règle, et non plus l'exception. Ce contexte crée un effet de "contagion sociale". Ce qui était tabou devient, pour certains, un moyen d'affirmation, parfois même de survie symbolique dans la jungle scolaire.
Harcèlement et cyberharcèlement : nouvelles frontières du risque
Au-delà des agressions physiques, l'école affronte désormais le fléau du harcèlement et du cyberharcèlement, formes insidieuses de violence "invisible". Les chiffres du ministère révèlent une hausse constante des signalements. Insultes, moqueries, rumeurs, exclusions se poursuivent dans la cour mais aussi, et surtout, sur Internet, bien après la sonnerie de fin de cours. La généralisation du téléphone mobile et des messageries instantanées a démultiplié, en dehors du regard adulte, les occasions pour la violence de s'infiltrer et d'atteindre la sphère la plus intime : la chambre d'un enfant ou d'un adolescent.
Accompagner, former, prévenir tous les enjeux colossaux du climat scolaire
Certes, conscients de la complexité du problème, équipes éducatives et pouvoirs publics mettent l'accent sur la prévention par formations renforcées des enseignants, intervention d'ambassadeurs élèves, campagnes d'affichage, journées nationales de mobilisation, concours "Non au harcèlement" dont les productions sont désormais partagées dans chaque établissement. Pour le ministère, la prévention dépasse la seule sanction. En effet, il s'agit de retisser du lien, de restaurer la confiance et le vivre-ensemble là où la loi du plus fort menace de s'imposer. Mais la tâche est immense, dans une société parfois désemparée.
" Il a fallu que ma fille tombe malade pour que je comprenne"
Sophie, mère d'une collégienne en région parisienne, raconte : « Ma fille était une élève sans histoire, sérieuse, assez réservée. Depuis l'an dernier, elle rentrait de plus en plus souvent triste, ne voulait plus parler, mangeait à peine. Je mettais cela sur le compte de l'adolescence. Je ne savais pas qu'elle subissait chaque jour des insultes, des moqueries, des menaces sur les réseaux. C'étaient parfois de nouveaux élèves que je ne connaissais pas, des groupes qui se formaient sur WhatsApp. Il a fallu que sa professeur principale nous prévienne. Elle a trouvé des dessins inquiétants dans ses cahiers. Nous avons alors découvert l'envers du décor, c'est-à-dire les insultes racistes, les intimidations... Elle a dû changer temporairement d'établissement. J'ai compris que le collège que j'avais connu n'existait plus. » Sophie milite désormais dans une association de parents, et son collège a mis en place une équipe anti-harcèlement encadrée par le dispositif "pHARe". Ce mère constate une amélioration, mais dit redouter que le problème "change simplement de visage, sans vraiment disparaître".
Immigration, intégration, et modèle républicain en débat
Si la question de l'immigration fait débat, c'est qu'elle s'entremêle à celle de l'intégration. Certains observateurs évoquent une "explosion des populations" dans des quartiers déjà fragilisés, rendant le maintien de la discipline et la transmission de repères de plus en plus difficiles. Pour d'autres, la stigmatisation des élèves nouvellement arrivés ou simplement perçus comme étrangers alimente le malaise et nourrit l'entre-soi. Les politiques publiques oscillent entre discours d'accueil et politiques sécuritaires, révélant un malaise profond dans la capacité à gérer pacifiquement l'hétérogénéité croissante.
Où va le collège ? Quels défis pour demain ?
Face à cet état des lieux, plusieurs scénarios émergent. Faut-il renforcer le principe de toujours plus la sécurité, au risque d'un collège "bunkerisé" Réhabiliter la prévention et l'accompagnement, quitte à accepter que la résolution des conflits exige du temps et de la patience ? Engager un débat national sur l'école, son rôle, ses moyens, et son modèle d'intégration ? Toutes ces pistes restent ouvertes, alors que la société française s'interroge ! Dès lors, comment maintenir l'idéal républicain d'une école qui protège, instruit, et intègre ? Bref, l'école, et en particulier le collège, est aujourd'hui traversée par des tensions inédites telles que l'évolution des mentalités, l'influence des modèles violents, l'enjeux d'intégration sociale et culturelle, le défi d'une prévention efficace. Les récentes mesures sécuritaires témoignent d'une réaction institutionnelle forte, mais la solution ne viendra sans doute pas que des dispositifs, aussi volontaristes soient-ils. Elle passera obligatoirement par une mobilisation collective celle des familles, élèves, équipes éducatives et société civile. Plus que jamais, préserver l'école comme espace de respect et de transmission relève d'un défi qui, loin de concerner les seuls collégiens, englobe toute la société française.
