Le retour du franc-parler grâce aux réseaux ?

13/09/2025

Par : James Régent

Liberté d'expression dans l'humour, le retour du franc-parler grâce aux réseaux ? Longtemps cantonné aux scènes ou aux plateaux télé, l'humour a trouvé un nouveau terrain de jeu (et de liberté) : les réseaux sociaux. Entre YouTube, Instagram, Facebook, Threads ou encore TikTok, une génération d'humoristes s'y exprime sans filtre ni censure éditoriale. Alexis Tramoni, Franjo, Edgar-Yves, Haroun ou encore Yann Guillarme incarnent ce mouvement : un humour qui peut être frontal, grinçant ou feutré mais toujours indépendant, et souvent incompatible avec les formats traditionnels. Alors, assiste-t-on à une reconquête de la liberté d'expression dans l'humour, portée par l'indépendance numérique ?

Un humour trop libre pour les ondes ?

Alexis Tramoni, ancien élève des cours Florent, s'est fait remarquer sur les réseaux par son humour acide, souvent borderline. Il aborde sans détour des sujets sensibles (racisme, wokisme, communautarisme) avec une ironie dérangeante. Même approche chez Franjo, au style plus direct mais tout aussi tranchant, qui commente l'actualité avec un débit implacable et un goût assumé pour la provocation. Leurs sketchs prennent souvent le contre-pied du politiquement correct. Dans les media traditionnels, ces formats seraient sans doute retoqués, voire censurés. Mais sur Internet, leur parole circule librement virale, clivante, vivante. Comme le dit souvent Franjo en interview, Internet lui offre une liberté qu'il n'aurait jamais eue ailleurs. Ce succès en ligne se confirme en salle, où ces artistes remplissent régulièrement des salles de théâtres entiers. Le lien direct qu'ils cultivent avec leur public ne s'arrête pas à l'écran : il se prolonge sur scène, où l'humour mordant fait salle comble.

Les réseaux sociaux, espace de contournement

Ce que permet le numérique, c'est une indépendance éditoriale totale. Plus besoin de faire valider chaque punchline par un producteur. Un smartphone, une idée, et l'humoriste est en ligne. Cette autonomie séduit une nouvelle vague qui refuse l'autocensure et préfère s'adresser directement à son public. Edgar-Yves, juriste de formation, en est un exemple frappant. Il mêle verve juridique, analyse sociale et humour frontal. Ses spectacles, très écrits, jouent avec les tabous et les lignes rouges, sans jamais tomber dans le cynisme gratuit. Comme aime le rappeler Edgar-Yves dans ses spectacles : "Ce n'est pas à l'humour de se conformer au monde, c'est au monde d'apprendre à se faire chatouiller".

Yann Guillarme fait le pont entre les médias classiques et la scène libre

À l'opposé du ton frontal d'Edgar-Yves, Haroun, o.v.n.i. du stand-up français, incarne un humour tout aussi libre, mais sous une forme plus feutrée. Très écrit, ciselé, engagé sans être vindicatif, il aborde des sujets sensibles (religion, racisme, politique, liberté d'expression, écologie) avec une neutralité apparente qui renforce l'impact de son propos. Il ne hurle jamais, mais ce calme lui permet de faire passer des messages tranchants. Refusant la télévision, il a créé sa propre plateforme, haroun.fr, où il publie ses spectacles en toute indépendance. Chez Haroun, la liberté d'expression se construit avec précision, hors des formats imposés, dans une logique d'autonomie intellectuelle autant qu'éditoriale. Yann Guillarme, quant à lui, fait le pont entre les media classiques et la scène libre. Révélé sur "Rire & Chansons" mais aussi sur scène, il pratique un humour sans filtre, souvent acide, parfois provocateur.

« On n'demande qu'à en rire »

Il démontre qu'on peut encore, dans certains cas, faire vivre une parole libre sur les canaux traditionnels à condition d'en accepter les limites. Et puis, il y a l'exemple de Jérémy Ferrari. Révélé au grand public dans l'émission « On n'demande qu'à en rire » de Laurent Ruquier, il s'est imposé avec un humour noir, incisif, sans concession. Aujourd'hui, il remplit des Zénith, passe en télévision, et reste fidèle à son ton sans jamais se diluer. Peut-on imaginer qu'un tel humour passe encore la barrière des chaînes publiques en 2025 ? La question mérite d'être posée. Un « On n'demande qu'à en rire » version 2025 pourrait-il encore exister ? Où serait-il cantonné à un humour consensuel, politiquement, voire ultra politiquement, correct ? Alexis Tramoni, Franjo, Edgar-Yves ou Yann Guillarme y seraient-ils accueillis ?

Liberté ou impunité ? Une frontière mouvante

Bien sûr, cette liberté numérique suscite des tensions. À force de repousser les limites, certains frôlent l'outrance, d'autres tombent dans la polémique facile. Mais, c'est aussi la nature même de l'humour d'explorer les marges, de déranger, de provoquer la réflexion ou le rire nerveux. Alexis Tramoni résume souvent sa vision ainsi : " Un humour qui ne dérange plus devient décoratif. Et donc inutile." La viralité des contenus montre que le public, lui, est encore en demande de cette parole non formatée, même quand elle divise. Ce n'est plus l'humour qui s'adapte aux plateformes, mais les plateformes qui s'adaptent à une parole plus directe.

Une scène en recomposition

Loin des formats télévisés calibrés, Tramoni, Franjo, Edgar-Yves, Haroun, Guillarme, Ferrari et d'autres tracent une nouvelle voie. Ils se passent des validations hiérarchiques, assument leurs mots, leurs angles, leur ton. Ils acceptent la critique, la contradiction, parfois même la censure, mais ils restent libres. Et c'est peut-être ça, le vrai retour de la liberté d'expression dans l'humour : une scène qui n'attend plus la permission pour exister. Qu'il soit acide ou feutré, frontal ou ironique, l'humour libre retrouve une légitimité hors des circuits classiques. Le stand-up 3.0 ne demande plus la permission : il improvise, il bouscule, et surtout, il existe sans filtre. La liberté d'expression s'y exerce… tant qu'elle reste cliquée.

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Haroun

Franjo

Edgar-Yves

Yann Guillarme

Alexis Tramoni

Jérémy Ferrari

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