Le Bhoutan, le petit dragon qui veut rugir.

13/09/2025

Par : Alain Villat

Le Bhoutan, le petit dragon qui veut rugir. Il a à peine dix ans, le Bhoutan pointait à la dernière place du classement FIFA. Pour les amateurs de football, les « Red Dragons » n'était qu'une curiosité exotique, synonyme de défaites fleuves. Mais l'histoire a changé : les joueurs du Royaume du Dragon du Tonnerre n'ont jamais été aussi compétitifs, portés par une ferveur nouvelle et une progression régulière.

Le match fondateur : "L'Autre Finale"

Le 30 juin 2002, le Bhoutan a disputé un match historique contre Montserrat, alors les deux dernières équipes du classement mondial de la FIFA. Ce match, surnommé "L'Autre Finale", s'est joué le même jour que la finale de la Coupe du Monde entre le Brésil et l'Allemagne. Devant 15 000 spectateurs au stade Changlimithang de Thimphou, le Bhoutan a remporté la rencontre 4-0, marquant ainsi sa première victoire internationale officielle et sa première feuille blanche. Wangyel Dorji, capitaine emblématique, a inscrit un triplé, inscrivant son nom dans l'histoire du football bhoutanais. Ce match a été immortalisé dans le documentaire "The Other Final" de Johan Kramer, qui a attiré l'attention internationale sur cette équipe modeste mais ambitieuse.

Du cancre au symbole de résilience

Depuis ce match fondateur, le Bhoutan a connu des hauts et des bas. Cependant, des progrès notables ont été réalisés. Le pays a enregistré des victoires significatives, notamment une victoire 6-0 contre Guam en 2004, son plus large succès à ce jour. En 2015, le Bhoutan a marqué les esprits en remportant son tout premier match de qualification pour la Coupe du monde, face au Sri Lanka. Depuis, l'équipe a connu des revers sévères, mais elle a aussi appris à rivaliser avec ses voisins d'Asie du Sud. Symbole de cette progression : la 171ᵉ place actuelle (aout 2025) au classement FIFA, loin de la 209ᵉ atteinte en décembre 2012, son plus bas historique.

Une équipe qui vit par ses héros locaux

Contrairement à d'autres petites nations, le Bhoutan ne bénéficie pas encore de joueurs évoluant dans de grands championnats. Ses meilleurs éléments sont issus de son championnat domestique, la Bhutan Premier League. Des joueurs comme Wangyel Dorji, Chencho Gyeltshen et Tshering Dorji ont été des figures importantes pour l'équipe. Chencho Gyeltshen, meilleur buteur de l'histoire de la sélection avec 10 buts et surnommé « le Ronaldo Bhoutanais », qui a ouvert la voie en jouant en Inde et au Népal, a joué un rôle crucial dans l'attaque de l'équipe, contribuant à plusieurs victoires importantes et devenant le visage d'une sélection courageuse.

Une identité de jeu en construction

Le renouveau du football bhoutanais s'explique aussi par l'influence de ses entraîneurs. Khare Basnet (2003 à 2008) a été le premier à impulser une dynamique moderne : malgré des moyens limités, il a posé les bases d'un collectif plus structuré, obtenant environ 17 % de victoires, un progrès notable pour une équipe longtemps habituée aux lourdes défaites. Entre 2015 et 2023, Pema Dorji, dernier sélectionneur bhoutanais à ce jour, a poursuivi cette logique avec une approche plus pragmatique. Sous sa direction, l'équipe a atteint un taux de victoire de 25 %, ce qui reste l'un des meilleurs bilans de l'histoire de la sélection. Depuis août 2024, le Japonais Atsushi Nakamura a pris les rênes de l'équipe nationale. S'appuyant sur la discipline et les transitions rapides, il cherche à donner une véritable identité tactique aux Dragons rouges. Ses choix privilégient souvent un 4-4-2 compact ou un 4-2-3-1, exploitant la vitesse des attaquants et l'avantage de l'altitude de Thimphou (2 300 m) où nombre d'adversaires s'essoufflent. En coulisse, le directeur technique Chencho Dorji, figure historique du football bhoutanais, assure la continuité et la formation des jeunes, tandis que l'assistant Ngawang Jampel, formé localement, relie l'académie au haut niveau.

Un championnat national qui murit

En parallèle, la Bhutan Premier League nourrit cette dynamique. Des clubs comme Thimphu City FC ou Transport United servent de viviers, où émergent de jeunes défenseurs solides et des milieux plus à l'aise techniquement, capables de rivaliser à l'échelle régionale. Mais la progression ne tient pas qu'aux joueurs : elle passe aussi par les entraîneurs. À Transport United, Yeshi Wangchuk (titulaire de la licence AFC Pro) mise sur la formation et l'ancrage local, tandis qu'à Thimphu City, le Britannique Shadab Iftikhar apporte une approche plus analytique et une vision européenne du jeu. Ensemble, ces profils contrastés structurent un football bhoutanais plus ambitieux et mieux préparé pour le haut niveau.

Des échéances décisives pour l'avenir

Le Bhoutan s'apprête à disputer des matchs cruciaux dans le cadre des qualifications pour la Coupe d'Asie 2027. Le 10 juin 2025, les Dragons du Tonnerre ont affronté Brunei à l'extérieur, un match qui a vu le Bhoutan s'incliner 2-1. Ce revers, bien que décevant, reste une occasion d'apprentissage pour une équipe en pleine reconstruction. Le calendrier des matchs à venir est encore en cours de planification, mais ces rencontres seront déterminantes pour évaluer la progression de l'équipe et son potentiel à rivaliser avec des adversaires plus expérimentés. Aujourd'hui, cette petite nation himalayenne défie les attentes et s'efforce de se faire une place sur la scène asiatique.

Le défi de l'infrastructure

Le Bhoutan reste un pays de 800 000 habitants, où le football doit cohabiter avec le sport national, le tir à l'arc. Mais les infrastructures progressent : le stade national de Thimphou, perché à 2 300 mètres d'altitude, devient une forteresse redoutée, et la fédération mise sur la formation pour élever le niveau. Un avenir à écrire ? Bien sûr ! Les Dragons du Tonnerre n'ont jamais participé à une phase finale continentale, mais leur objectif est clair : exister réellement en Coupe d'Asie du Sud et, à terme, rêver d'une première qualification à l'Asian Cup. Dans un continent où le football se développe à vitesse grand V, le Bhoutan veut montrer qu'il a sa place. Ils étaient les derniers, ils sont désormais en marche. La sélection bhoutanaise ne rugit peut-être pas encore fort, mais ils apprennent à se faire entendre.

A voir aussi :

L'histoire de "L'autre Finale" | Bhoutan - Montserrat

BHOUTAN - MONTSERRAT : L'Autre Finale

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