Le conspirationnisme chez la République En Marche

Une habitude que l’on reconnaît chez certains marcheurs est de dénoncer les remarques et théories conspirationnistes dans les discours de leurs adversaires. Leurs cibles privilégiées, parfois à juste titre, sont les cadres du Rassemblement national, de la France insoumise, de Debout la France, ou plus fréquemment les gilets jaunes (en laissant de temps à autre le risque à l’auditeur d’amalgamer certains individus au mouvement entier).
Cependant, l’on rappelle moins souvent que le parti présidentiel est lui aussi à l’origine de théories conspirationnistes, parfois assez cocasses. Retour sur certaines d’entre elles.

 

Le complot du Sénat, selon Christophe Castaner

Non, ce n’est pas une blague, l’ancien député des Alpes de Haute-Provence a vraiment défendu son idée, selon laquelle la commission sénatoriale d’enquête sur l’affaire Benalla aurait pour objectif s’en prendre au président Macron.

«Une commission d’enquête qui aurait des ambitions politiques pour faire de la politique et qui penserait qu’elle peut jouer de ses fonctions de contrôle du gouvernement pour faire tomber le président de la République commettrait une faute constitutionnelle», va-t-il affirmer.

D’abord cette phrase relève d’un procès d’intention qui est la source de la nature conspirationnisme du propos, et ensuite, elle n’est pas exacte.

La seule procédure permettant au Sénat de destituer le Président de la République est l’Article 68 de la Constitution en vigueur, et celui-ci nécessite l’initiative, puis le vote, des deux chambres à la fois.

Pour croire à un tel complot, il faudrait donc que l’Assemblée nationale soit aussi dans le coup… alors qu’elle est majoritairement favorable à La République  En Marche.

D’autres théories conspirationnistes ont été partagées par certains députés, notamment Aurore Bergé, sur la volonté de « l’opposition » de saboter les travaux parlementaires.

Même s’il est vrai que les rappels au règlement s’étaient faits nombreux durant cette période (émanant de la majorité comme de l’opposition d’ailleurs), le procès d’intention véhiculé par la députée est de nature conspirationniste.

 

La théorie de l’influence étrangère sur les gilets jaunes

Dénoncée par le secrétaire d’Etat Mounir Mahjoubi, cette théorie évoque des puissances et groupes étrangers qui auraient influé sur le mouvement initié le 17 novembre dernier.

Une enquête de la DGSI a été ouverte et la Russie est dans le viseur. Cependant, l’enquête piétine et l’ingérence ne peut être prouvée ; un article de BFMTV pointe des posts sur les réseaux sociaux datant de plusieurs années, ayant permis à certains de relayer de fausses informations sur le mouvement populaire spontané.

The Times avait même conclu « que le Kremlin s’était immiscé dans le débat numérique autour des gilets jaunes »… en passant par l’analyse de 200 comptes Twitter, soit un procédé aussi douteux que celui qui avait amené l’ONG EU DisinfoLab à croire à une ingérence russophile dans l’affaire Benalla. Le Parisien évoque même que du côté français, « on se montre cependant prudent ».

En revanche, M. Mahjoubi cite également une ingérence venue de l’extrême-droite, qui elle s’est confirmée, avec la consultation du CESE qui s’est vue souillée par un sondage sur l’abrogation ou non du mariage pour tous.

Le piratage de la campagne de M. Macron : vrai ou faux?

Ce qui est sûr, c’est que la société de sécurité internet Trend Micro avait soupçonné des cyberattaques russes, au point que le pays de Vladimir Poutine soit le plus cité dans cette affaire.

Mais en réalité, rien n’est prouvé aujourd’hui encore. Ces piratages, en partie à l’origine des fameuses MacronLeaks, auraient dépendu selon certains des milieux ultraconservateurs américains, premiers à avoir publié certains messages et informations piratées.

Plusieurs mois après l’élection, WikiLeaks publie 71 000 emails issus du piratage de la campagne d’En Marche, mais ne peut confirmer l’authenticité que pour 21 000 d’entre eux. Là aussi, tant qu’aucune preuve solide n’existe, il s’agit bel et bien d’une théorie du complot.

 

Aloïs Lang-Rousseau

 

Sources :