Mid-term élections : Donald Trump, vainqueur dans l'ombre ?

Alors que les dépouillements ne sont pas encore tout à fait achevés, l’élection continue de faire parler d’elle. S’il en est ainsi, c’est parce que le Président Trump est certainement, jusqu’alors, la personne dont l’élection a le plus fait réagir à l’échelle mondiale, au XXIème siècle. L’enjeu des mid-term elections est de savoir s’il parviendra à poursuivre l’élaboration de son programme, très redouté lui aussi.

Traditionnellement, les élections de mi-mandat orchestrent la remontée de l’opposition, par rapport à l’élection présidentielle précédente. Il y a quatre ans, le parti de Barack Obama avait perdu le contrôle des deux chambres parlementaires, en perdant treize représentants, neuf sénateurs et deux gouverneurs. Et au milieu de son premier mandat, le camp démocrate s’était vu prendre soixante-trois représentants et six gouverneurs et sénateurs. Cepandant, il avait conservé le contrôle du Sénat.

Ainsi, pour novembre 2018, le Parti Démocrate nous avait vendu une grande vague de leur couleur (bleue)… Nous n’y avons vu qu’une vaguelette. Le visage de la Chambre des Représentants a plus changé que sous Obama, avec trente-trois sièges passant des Républicains aux Démocrates. Ces derniers obtiennent, par la même occasion, la majorité dans cette chambre. Huit gouverneurs sont également conquis par les opposants de Donald Trump, qui en perdent sept (Guam, Illinois, Kansas, Maine, Michigan, Nevada, Nouveau-Mexique et Wisconsin). Mais le parti présidentiel conserve sa majorité au sénat, et gagne même deux sénateurs. La perte des élus du Nevada et d’Arizona est compensée par l’arrivée de ceux de Floride, de l’Indiana, du Mississippi et du Dakota du Nord. Une évolution rare pour des mid-term élections, qui permet à Donald Trump de poursuivre son action, les deux Chambres n’ayant pas un grand rapport de supériorité-infériorité comme en France.

Côté pourcentages, le parti bleu domine son adversaire rouge de quatre points à l’échelle nationale (50,9% contre 46,9%). Sur les trente-cinq Etats concernés par les élections sénatoriales, ce sont presque douze points qui séparent les deux partis (52,8% contre 40,9%, toujours en faveur des démocrates), et un seul sur les trente-neuf Etats concernés par les élections gouvernementales (49,3% contre 48,2%). Ces écarts demeurent classiques pour des élections de mi-mandat, exception faite des douze points pour les sénatoriales. L’on notera également le comportement habituel de ces élections, lors desquelles les écarts de voix sont amplifiés par rapport à la présidentielle ; il n’est pas rarissime de voir des élections de représentants par 90% contre 10%. À contratio, lorsqu’un représentant républicain est élu dans un Etat à domination démocrate (et inversément), il bénéficie en général d’une avance moins importante. Et c’est là que se jouent les changements de couleur politique de siège.

Cela étant dit, l’on ne peut se contenter de chiffres pour cette élection ; le plus intéressant, ce sont les élus eux-mêmes. Donald Trump, bien plus que son prédécesseur, fait preuve d’un mécontentement important au sein de son propre parti. Ces élections ont été, pour lui, l’occasion d’obtenir des élus qui lui sont favorables. Des primaires étant souvent organisées (même lorsqu’un élu sortant se représente), il pouvait soutenir publiquement un candidat pour augmenter ses chances d’investiture. Et cela ne lui a pas raté ; la Chambre est ainsi passée de 186 représentants pro-Trump sur 238, à 177 sur 205 après les élections (passant de 78% à 86% de Trump-compatibles). Par la même occasion, le Sénat a évolué de 23 sénateurs sur 51 favorables au président, à 28 d’entre eux sur 53. Quant aux gouverneurs, même si le Parti Républicain en perd sept, Trump en gagne deux le soutenant.

Ce « nettoyage » du parti à l’éléphant est conçu de façon assez organisée : des représentants pro-Trump ne remettent pas leur mandat en jeu pour se lancer dans une élection sénatoriale ou gouvernementale. Par ailleurs, certains républicains opposés à Trump, pour les plus âgés, choisissent d’arrêter la vie parlementaire. Il arrive aussi que d’autres opposants soient battus, lors de primaires, par un fervent défenseur du président. Ces nouveaux soutiens sont très souvent formés à la politique, mais sans avoir déjà écoulé de mandat national (comme ce fut le cas pour de nombreux députés macronistes). De cette façon, le parti présidentiel renouvelle plus ses élus que son concurrent démocrate, qui lui, agissait ainsi pour promouvoir des candidatures symboliques (plus de femmes, d’hispanophones, de musulmans). Ce choix du parti démocrate, autour de la communication sur la proximité et la multicultularité, a porté ses fruits, d’autant plus que ces candidats bien choisis ont parfois gagné un siège face aux soutiens novices de Trump.

Voilà donc qui peut expliquer l’échec de Donald Trump à la Chambre des Représentants et aux élections gouvernementales, et son succès au Sénat. Et surtout, dans tous les cas de figure, le courant idéologique autour de Donald Trump s’ancre plus solidement aux deux parlements et à la tête des Etats. Un recul pour le Parti Républicain, mais un progrès pour le président.

 

Olivier ROUSSEAU