Joël-Pierre Chevreux, nouveau président du Mouvement Hommes Animaux Nature (MHAN)

Depuis 1996, ce parti œuvre, notamment, pour la condition animale et le principe de la participation dans l’entreprise. Joël Pierre Cheveux, son nouveau président, souhaite lui adjoindre de nouvelles thématiques économiques et sociétales.

Interview : Cédric Fichet
Cédric Fichet :
Joël-Pierre Chevreux, le Conseil d’Administration du MHAN vous a désigné pour présider aux destinées du MHAN, le Mouvement Hommes Animaux Nature. A quels changements faut-il s’attendre ?

Joël-Pierre Chevreux : Les profondes réformes que je souhaite apporter à ce mouvement sont d’ordre structurels et plus particulièrement dirigés vers la communication. Ce parti à été privé, depuis sa création, de la présence des media. Tourné pratiquement sur la cause animale et l’écologie, ces thématiques ne préoccupent pas les supports de la communication. Je vais donc m’employer à ouvrir un dialogue plus durable avec eux, mais pas exclusivement centré sur ce thème. Nous ne sommes pas un parti monothématique, de nombreux dossiers d’ordre économiques et sociaux nous préoccupent autant que les Français.

Comment définissez-vous la position politique du MHAN ?

Les vieux clivages du XX° siècle, c’est-à-dire du principe « droite », « gauche », « centre » n’ont plus de légitimité aujourd’hui, notamment depuis l’avènement de l’Union Européenne. Désormais, ces divisions se sont converties en modèles européistes ou eurosceptiques. Nous concernant, nous mettons en avant le principe européiste, « euroconscient », car dans le principe européiste, il faut voir, chez nous, la volonté d’un changement profond de paradigme. L’homme, l’animal et la planète seraient au centre des débats, prioritaires, supplantant, sans idéologie utopiste, le concept économique étudié pour les marchés financiers, au profit des banques, mais éludant le vivant.

En sommes, vous voulez donner une nouvelle lisibilité à ce parti ?

Il la mérite bien. Nous avons la conviction de pouvoir apporter un sentiment positif, et un appui confortable, à tous ceux qui veulent un changement profond de notre société. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes ouverts aux thématiques telles que l’immigration, la sécurité du territoire, le pouvoir d’achat, les retraites, sans oublier l’écologie qui doit, aujourd’hui, prendre une direction prioritaire dans nos combats…

Si j’ai bien compris, vous privilégiez toujours le combat animal et écologique, mais vous restez penché sur les mêmes sujets que les autres partis politiques. Quelle est la position du MHAN, par exemple, par rapport à l’immigration ?

Nous pensons que l’immigration est une belle chance pour un État. Elle permet l’hétérogénéité des cultures, l’échange des savoirs. Toutefois, elle doit s’accompagner de garanties suffisantes pour filtrer la personnalité des rentrants et nous éviter de désagréables surprises, notamment en matière de sécurité. Plus de la moitié des détenus en France, d’après une source parlementaire, sont étrangers ou descendants d’étrangers. Cela signifie que nous devons être très vigilants sur l’état d’esprit des bénéficiaires, sans, pour autant tomber dans le piège de la généralisation, fond de commerce de l’extrême droite. Nous devons rester attentifs devant l’attitude islamiste, dont nous avait averti le général de Gaulle dans  son opposition à la civilisation européenne, c’est-à-dire la soumission et non la liberté. En France, lorsque l’on est étranger, l’on se doit de respecter le non asservissement de la femme, l’étourdissement des animaux abattus pour la consommation, délier la confusion du politique et du religieux, refuser la « chariatisation » de l’Europe qui semble nous envahir aujourd’hui.

Je vois, en effet, que votre parti s’ouvre, effectivement, sur les dossiers brûlants  de la société. Ils dépassent ceux qu’il a mis en avant jusqu’à présent avec la condition animale.  Comment vous positionnez-vous sur le plan économique ?

Le MHAN, à, depuis ses débuts, soutenu le dossier de la participation dans l’entreprise. Vous le trouverez largement explicité sur notre site mhan.fr. C’est un point capital, sans jeu de mot, sur la plan économique. Une lourde charge de plomb l’a empêché, jusqu’à ce jour, d’évoluer depuis les années soixante. A ce jour, il nʼa jamais véritablement été réalisé. Porté par de Gaulle, d’après l’initiative de Marcel Loichot, la gauche et la droite liées à leur conservatisme et à leurs intérêts, ont tout fait pour saboter ce fantastique projet.

Pensez-vous qu’aujourd’hui, il soit vraiment plus nécessaire que jamais de le mettre en pratique ?

Certes, des adaptations sont à apporter à certains aspects du programme. Son principe, sa structure et la substance des propositions doivent servir de base aux économistes. Lʼenjeu est simple : permettre aux salariés dʼêtre associés, au sein de leur entreprise, au bénéfice, au capital et aux responsabilités.

Aujourd’hui, un salarié perçoit un salaire, l’État lʼimpôt sur les sociétés, et les actionnaires des dividendes. Mais, lorsqu’il reste des fonds sur les bénéfices réalisés attribués aux actionnaires ?

En réalité, ces bénéfices résultent des apports des actionnaires et du travail des salariés, une richesse ajoutée qui doit être affectée aux deux parties : actionnaires, et travailleurs, au prorata, pour les premiers, du poids de leur portefeuille, et pour les seconds, en proportion de leur salaire. Ainsi naissent  des « travailleurs actionnaires ».

En somme, les salariés comme les actionnaires, ont le droit de participer à la gestion de leur société ?

Bien entendu ! Ainsi, les premiers non lésés et les nouveaux apportent leurs compétences, lʼentreprise progresse plus vite sur le plan financier. Les anciens actionnaires ont tout à gagner !

Vous nous dites que cette mesure serait la fin de la lutte des classes, la perspective dʼun monde neuf, l’aurore du pancapitalisme (capitalisme pour tous !).

De plus, elle nʼenvisage pas une limite aux seules sociétés par actions. Toutes les entreprises sont concernées. Dans cette idée, révolutionnaire, issue de tous les conflits, de lʼaffrontement capital travail opposant hommes, séparation des pays, création d’injustices et de haine. De ces comportements qui perdurent et dégénèrent font pâtir les plus aisés, mais aussi les plus pauvres.

Le capitalisme doit donc se réformer ?

Il doit permettre aux salariés dʼaccéder au capital créé et à lʼexercice des responsabilités. Ainsi, l’on garantira paix sociale, absence de grèves, meilleure rentabilité, en conservant la propriété privée transmissible par héritage, la liberté dʼentreprendre et lʼéconomie de marché. Il suffit de partager chaque année les résultats de lʼentreprise investie, grâce au bénéfice de lʼannée précédente.

Vous dites que ce partage de lʼautofinancement, de ce « plus » réinjecté dans lʼentreprise pour financer de nouveaux moyens de production et de nouveaux emplois, était la volonté De Gaulle. Mais, n’est-ce pas une utopie?

Il faut voir, aussi, au delà de l’Hexagone, le bien-fondé de ce principe, notamment dans le Tiers-Monde. Lʼaliénation, là-bas aussi disparaîtrait. Les usines étrangères qui sʼy installeraient, implantant le nouveau système, apparaîtraient ipso facto comme exemplaires par le jeu du partage de lʼautofinancement. Les hommes y travailleraient comblés, pancapitalistes, solidaires de leur entreprise, conscients de sʼenrichir avec elle. Ils continueraient de travailler au sein de leur pays, sans besoin dʼémigration. Le tout dans un climat rasséréné puisquʼil produirait davantage de pancapitalistes, étrangers et autochtones confondus, adieu les penchants néocolonialistes.

Vous voyez le fossé séparateur du monde, c’est-à-dire pays riches, pays pauvres, peu à peu, par un comblement grâce à ce modèle ?

Au MHAN, nous espérons l’égalité en dignité des peuples égaux avec des ressources et des talents rassemblant et sʼappréciant. Lorsque l’on nʼa plus de raisons de se mésestimer, lorsque le mépris perd son assise, l’on acquiert une chance de sʼaimer.

Difficile à imaginer au temps de la mondialisation, où les hommes, pions utiles, où les capitaux tendent à se concentrer ?

Nous sommes nombreux à porter ce projet à des titres divers. J’appelle les journalistes, les hommes politiques et les économistes à s’y pencher. je vous invite à lire « La Mutation » ou « lʼAurore du Pancapitalisme » de Marcel Loichot, paru aux Editions Tchou. Nous pourrons nous retrouver pour en parler.

Je voudrais terminer cet entretien avec des causes qui vous sont chères : la condition animale et l’écologie. Quels sont les reflets de votre programme sur ces thématiques ?

Il s’agit de deux sujets distincts, bien qu’à un certain niveau ils se montrent interdépendants ! Tout d’abord, l’espèce humaine, depuis la nuit des temps, à commis une erreur répressible : celle de ne pas considérer que nous sommes des animaux humains, des mammifères. Elle s‘est maintenue dans une vision spéciste injuste qui lui confère une attitude discriminatoire envers l’animal déterminant sa souffrance moins importante que celle des humains.

Comment voyez-vous ces catégorisations ?

Au titre de ce spécisme, l’espèce humaine s’est livrée aux plus cruelles, aux plus ignobles, aux plus injustes exactions envers le monde animal. Cela commence avec l’élevage industriel des ovins, bovins, volailles, leurs transports, leurs abattages, le plus souvent dans les conditions inacceptables jusqu’au loisirs sadiques de la tauromachie. Mais ce spécisme, qui puise ses racines dans l’ignorance et la brutalité se prolonge, par analogie, jusque dans le sexisme et le racisme.

Vous faites un parallèle entre la maltraitance humaine et animale…

Le combat en faveur de l’animal est pleinement celui de l’humain. L’on classe nos semblables dans des catégories indignes, liées à la couleur de la peau, à une sexualité différente, à des femmes privées de droits identiques à celui des hommes. Il en est de même envers les animaux avec ces séparations dites : de compagnie, sauvages, nuisibles, à protéger, à éradiquer. Cela ouvre la voie à des comportements inadmissibles qui partent des abandons de chiens et de chats jusqu’aux chasses-à-courre…

Quelles sont les positions du MHAN sur le plan de l’écologie ?

Parmi nos priorités, il faut retenir l’abandon des méthodes de pêche non sélectives. Filets dérivants et chaluts pélagiques appauvrissent les fonds marins, et causent des ravages incommensurables chez les cétacés et ruinent la pêche artisanale. Mais dans un même temps, nous devons nous pencher sur la préservation du phytoplancton qui joue un rôle capital en transformant mers et océans en une immense source d’oxygène indispensable à la vie.

Qu’advient t’il de la réglementation du Sanctuaire International pour la protection des cétacés en Méditerranée ? L’inscription de cette réforme dans la convention de Barcelone ?

Nous y sommes, bien évidemment, attentifs, car ce dossier relève de la lus haute importance pour la cause animale. Mais nous serons aussi bienveillants au contrôle annuel des cargos et super tankers sur le modèle du bilan technique automobile obligatoire et application du principe pollueur-réparateur, au renforcement des patrouilles de police maritime destinées à éviter les dégazages illicites.

Lors d’une de vos interventions, vous avez appuyé, aussi, sur l’entretien des cours d’eau afin de limiter les désastres causés par les crues et les tempêtes.

Cela nous paraît indispensable. C’est le bon sens. Malheureusement, cet aspect est négligé, tout comme le débroussaillage des forêts, la surveillance accrue, le renforcement de la prévention des incendies et les sévères condamnations des pyromanes. Mais nous devons aller plus loin avec le développement de l’utilisation des énergies renouvelables (solaire, bois, éoliennes etc… ).

Prévoyez-vous l’investissement dans la recherche de nouvelles techniques de traitement des déchets afin d’éviter les usines d’incinération polluantes et les décharges sauvages?

Ici aussi, nous sommes sur un dossier sensible. Il faudra le régler d’urgence avec les industriels. Mais, je voudrais aussi revenir sur un point essentiel de notre programme : la promotion du ferroutage pour l’acheminement des marchandises. Seul celui-ci permet d’apporter un gain de temps, une amélioration de la sécurité et une réduction de la pollution.

 

 

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